« Great Pacific T2 : Fondation » par Martín Morazzo et Joe Harris

Comme je l’avais fait remarquer à ce moment-là, la sortie du premier tome de cette série au postulat ultra-écologiste coïncida avec l’explosion médiatique de l’annonce de la COP 21. Dans ce deuxième tome paru il y a peu, il est question d’attentats et de géopolitique où l’alliance avec un gouvernement totalitaire en vue de combattre un péril mondial engendre des tensions… Bon, bah… on attend fébrilement le troisième et dernier tome qui sortira en janvier 2016, pour savoir ce qu’on va vivre l’année prochaine…

Pour ceux qui auraient loupé le premier tome paru fin août, cliquer sur ce lien pour lire la chronique que je lui avais consacré : http://bdzoom.com/?p=90577. Les premiers épisodes de « Great Pacific » furent donc résolument écolo-activistes avec la présentation de ce postulat intéressant où un jeune milliardaire rebelle nommé Chas Worthington s’autoproclame souverain du « vortex », ce continent de plastique constitué de l’agglomération de nos déchets industriels s’accumulant dans l’océan, rebaptisé Nouveau Texas. Worthington junior a comme projet une révolution écologique possible grâce à une invention permettant de se débarrasser de la pollution plastique, mais pour ce faire il emploie des méthodes peu orthodoxes. Alliant science-fiction, récit d’aventure, politique-fiction et fable utopiste, « Great Pacific » est une œuvre pleine et cohérente malgré sa nature un peu hybride, ce qui fait que les nuances et évolutions contextuelles qui s’y opèrent complètent savamment le propos plutôt qu’elles ne le diluent. C’est l’une des belles qualités de la série, dosant ses différentes composantes avec justesse et efficacité. Ainsi, avec ce deuxième tome, nous glissons de l’écologie fantastique aux rouages et aux affres de l’éthique en géopolitique, explorant une facette primordiale et très éclairante sur le contexte général de ce futur pas si lointain… mais aussi sur la personnalité trouble du « héros ».

Dès le départ, nous nous étions rendu compte que Chas Worthington n’était pas le héros type, lisse et transparent. Certes, son combat pour la dépollution est noble, mais les moyens qu’il utilise pour imposer son point de vue, eux, sont plus sujets à caution, et commencent à faire réagir son entourage… Partir avec la caisse de l’empire pétrolier dont il est l’héritier afin de bâtir son propre empire utopiste n’était déjà peut-être pas la meilleure chose à faire, engendrant de graves répercussions sur quantité d’actionnaires ruinés… Mais après avoir commencé à titiller le droit international, Worthington a maintenant décidé de s’allier avec un chef d’État plutôt tortionnaire envers son peuple afin d’être introduit aux Nations Unies et d’entériner la légitimité politique, juridique et géographique de son « royaume ». Tout au long de cet opus, nous suivons le protagoniste ambigu poursuivre son chemin, déterminé au point de s’allier avec le diable pour obtenir ce qu’il veut… Même si l’on peut supputer que cela ne soit qu’un procédé cachant un plan d’une autre nature, tout ceci donne au héros une dimension qui pose forcément question et met en exergue le danger d’alliances politiques contre-nature au sein d’un échiquier mondial où pouvoir et argent font loi à la place de l’éthique et de la morale. Toute cette phase politique de la série reste passionnante, ne s’enfonçant pas dans le verbiage assommant et distillant avec science ses insertions de surnaturel et d’aventure. Quant aux dessins latins de Morazzo, ils accompagnent toujours aussi bien le récit d’Harris. « Great Pacific » est décidément une chouette série, ce que confirment ces nouveaux épisodes. Vivement la suite et fin !

Cecil McKINLEY

« Great Pacific T2 : Fondation » par Martín Morazzo et Joe Harris

Éditions Les Humanoïdes Associés (14,99€) – ISBN : 978-2-7316-6467-6

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