Après avoir évoqué les vies de Léon et Sofia Tolstoï en 2020, également publiées chez Futuropolis, la scénariste et écrivaine de livres jeunesse belge Chantal van den Heuvel et le dessinateur danois — aux différents styles — Henrik Rehr se sont attelés à une étonnante et sensible biographie de John Ronald Reuel Tolkien : l’auteur des romans « Le Hobbit » et « Le Seigneur des anneaux », lesquels prennent place dans l’univers de la Terre du milieu ; dont Tolkien développa la géographie, les peuples, l’histoire et les langues durant la majeure partie de son existence. La découverte de ce réactionnaire professeur d’université, philologue et poète, qui allait à la messe tous les jours, est une réalité opposée à la vision que s’en font la plupart de ses lecteurs amateurs de fantasy et de liberté…
Lire la suite...« Ernest : souvenirs de Cilicie » par Antonin
Il y a les voyages que l’on choisit et ceux qu’on est obligés de faire, quelquefois même vers des contrées totalement inconnues. C’était le cas pour les soldats qu’on envoyait loin de chez eux, loin de la France, comme ce fut le cas de l’arrière-grand-père de l’auteur qui découvrit la Cilicie, un petit bout de l’empire ottoman contrôlé après la guerre de 14-18 par les Français qui ont la responsabilité d’autres territoires : la Syrie littorale, une partie du Kurdistan et l’Arménie…
La France a envoyé en Cilicie des troupes modestes et Ernest, 21 ans, est un de ces soldats du Corps expéditionnaire du Levant. Pendant ce séjour plus long et plus tourmenté que prévu, Ernest a décidé d’écrire son journal duquel s’inspire Antonin. Ernest note tout, ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’on décide pour lui et ce dont il rêverait… On les installe dans une vieille caserne, à Tarsous, petite ville construite à l’oriental où le dépaysement est total. En août, la chaleur est accablante mais l’hiver est neigeux à souhait !
Comme les Turcs, sous l’impulsion de Mustapha Kemal ont décidé de reconquérir leur territoire, on fortifie, on creuse des tranchées, on protège les lignes de chemin de fer… car les menaces sont de plus en plus proches. À l’évidence la guerre n’est pas terminée ! Les soldats turcs ne lâchent rien alors que les forces françaises de Cilicie sont pour le moins sous-estimées au point qu’après de multiples échauffourées, de morts affreuses, il faut la fuir. Peine perdue, ils sont faits prisonniers et la captivité va durer longtemps. Comme oubliés de la France, les prisonniers tantôt bien traités, tantôt malmenés, désespèrent. On promet des échanges, mais rien ne vient si ce n’est des lettres, des colis, des promesses… Jour après jour, Ernest note les errements de la diplomatie, les espoirs déçus, le courage qu’il faut pour ne pas sombrer… À 22 ans, on serait tellement bien chez soi, à vivre la vie normale, se dit Ernest ! Et si la France avait redonné ce petit bout de France inutile, mais non, les négociations ont constamment échoué, ce qu’expliquent en détail un dossier final, et Ernest ne rentrera chez lui qu’en 1921.
L’album d’Antonin est davantage un long texte illustré qu’une bande dessinée, car la voix off du soldat Ernest domine d’un bout à l’autre. Pas une bulle et guère de vraies séquences narratives, mais des dessins d’un charme évident et d’une puissance tout à fait étonnante, en grande partie due au jeu de couleurs à dominante jaune – marron.
Rappelons qu’on doit déjà à Antonin et à Allain Glykos « Manolis » (chroniqué ici-même) : la Turquie, déjà, en 1922…
Alors, bon voyage !
Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.
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« Ernest : souvenirs de Cilicie » par Antonin
Éditions Cambourakis (22 €) – ISBN : 978-2-3662-4159-4











