« Ernest : souvenirs de Cilicie » par Antonin

Il y a les voyages que l’on choisit et ceux qu’on est obligés de faire, quelquefois même vers des contrées totalement inconnues. C’était le cas pour les soldats qu’on envoyait loin de chez eux, loin de la France, comme ce fut le cas de l’arrière-grand-père de l’auteur qui découvrit la Cilicie, un petit bout de l’empire ottoman contrôlé après la guerre de 14-18 par les Français qui ont la responsabilité d’autres territoires : la Syrie littorale, une partie du Kurdistan et l’Arménie…

La France a envoyé en Cilicie des troupes modestes et Ernest, 21 ans, est un de ces soldats du Corps expéditionnaire du Levant. Pendant ce séjour plus long et plus tourmenté que prévu, Ernest a décidé d’écrire son journal duquel s’inspire Antonin. Ernest note tout, ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’on décide pour lui et ce dont il rêverait…  On les installe dans une vieille caserne, à Tarsous, petite ville construite à l’oriental où le dépaysement est total. En août, la chaleur est accablante mais l’hiver est neigeux à souhait !

Comme les Turcs, sous l’impulsion de Mustapha Kemal ont décidé de reconquérir leur territoire, on fortifie, on creuse des tranchées, on protège les lignes de chemin de fer… car les menaces sont de plus en plus proches. À l’évidence la guerre n’est pas terminée ! Les soldats turcs ne lâchent rien alors que les forces françaises de Cilicie sont pour le moins sous-estimées au point qu’après de multiples échauffourées, de morts affreuses, il faut la fuir. Peine perdue, ils sont faits prisonniers et la captivité va durer longtemps. Comme oubliés de la France, les prisonniers tantôt bien traités, tantôt malmenés, désespèrent. On promet des échanges, mais rien ne vient si ce n’est des lettres, des colis, des promesses… Jour après jour, Ernest note les errements de la diplomatie, les espoirs déçus, le courage qu’il faut pour ne pas sombrer… À 22 ans, on serait tellement bien chez soi, à vivre la vie normale, se dit Ernest ! Et si la France avait redonné ce petit bout de France inutile, mais non, les négociations ont constamment échoué, ce qu’expliquent en détail un dossier final, et Ernest ne rentrera chez lui qu’en 1921.

L’album d’Antonin est davantage un long texte illustré qu’une bande dessinée, car la voix off du soldat Ernest domine d’un bout à l’autre. Pas une bulle et guère de vraies séquences narratives, mais des dessins d’un charme évident et d’une puissance tout à fait étonnante, en grande partie due au jeu de couleurs à dominante jaune – marron.

Rappelons qu’on doit déjà à Antonin et à Allain Glykos « Manolis » (chroniqué ici-même) : la Turquie, déjà, en 1922…

Alors, bon  voyage !

Didier QUELLA-GUYOT : L@BD->http://9990045v.esidoc.fr/ et sur Facebook.

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«  Ernest : souvenirs de Cilicie » par Antonin

Éditions Cambourakis (22 €) – ISBN : 978-2-3662-4159-4

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