« Freak Island » T1 par Masaya Hokazano

Durant tout octobre, mois d’Halloween, nous allons vous proposer une sélection de titres horrifiques, en commençant par ce seinen édité chez Delcourt. Dès les premières pages, « Freak Island » annonce les tueries qui vont suivre. Dans ce qui ressemble à une forêt tropicale perdue sur une île, une jeune femme en petite tenue vient de se faire prendre dans un piège à loups. À sa suite, surgit un homme en costume-cravate, affublé d’une tête de cochon… La terreur peut commencer.

Le lecteur n’a pas le temps d’en savoir plus sur cette fille. Elle se fera rapidement trancher les doigts en voulant se protéger. Puis, l’homme-cochon se délectera du sang coulant de ses moignons, avant de lui ouvrir le crâne avec une machette. La jeune fille est morte, mais le tueur se réjouit déjà du bateau qu’il aperçoit au loin. Ses passagers pourraient bien être ses prochaines victimes. À son bord, six adolescents, tous membres du cercle archéologique de leur université venus explorer cette île non répertoriée. Comme à chaque fois dans ce type d’histoire stéréotypée, on retrouve le même genre de personnages : le renfermé, le beau gosse sportif accompagné de l’excitée amoureuse, la pimbêche superficielle, le gros et la scientifique un peu barrée. Ils vont vite se retrouver à 5, le beau gosse, propriétaire du bateau, vient de plonger pour porter secours à un naufragé qu’il a aperçu à côté d’un feu sur la plage. Sauf qu’en fait de naufragé, c’est le fameux tueur psychopathe à tête de cochon qui va prendre un plaisir certain à massacrer le bellâtre à coup de marteau. Le tout devant les yeux hagards de ses camarades. Très vite on découvre que l’île est entourée de déchets radioactifs et de bateaux échoués. Prise au milieu de ces épaves, l’embarcation de ce groupe d’explorateurs en herbe coulera à son tour. Ils sont dorénavant prisonniers de cette île où sévit un tueur qui, bien sûr, va les exterminer lentement un par un.

« Freak Island » n’est assurément pas un titre très innovant. Le scénario est cousu de fil blanc et reprend les poncifs du genre. C’est un mélange entre « Vendredis 13 », « Massacre à la tronçonneuse » et « L’Île du docteur Moreau ». Au même titre que ces films, le lecteur n’attend pas de suspense insoutenable, il sait que tout le monde, ou presque, va y passer. Mais le tout est de savoir de quelle manière et éventuellement ce qui a amené le tueur à en devenir un.

Masaya Hokazano est déjà connu en France, trois de ses œuvres ayant été publiées avant « Freak Island ». Sa première série parue chez Delcourt, en 2002, a connu des débuts chaotiques ; « Le Réveil du Dieu chien » fut renommé « Inugami : le réveil du Dieu chien » au sixième volume. Une nouvelle maquette de couverture, moins figurative, va aider la série dont les quatorze tomes seront finalement publiés suite à ces changements. Ce manga raconte les aventures d’un chien à l’origine divine et de son ami lycéen. Mélange d’ésotérisme, de manipulations psychiques et financières, cette aventure met en avant les inquiétudes que nous pouvons avoir par rapport à la manipulation de la société par les sciences et les religions occultes.

Première édition en haut avec des couvertures flashy. Seconde édition en dessous avec des couvertures plus énigmatiques reflétant le caractère inquiétant du contenu.

L’éditeur Kurokawa reprendra le flambeau en 2006 avec « Emerging ». Une série en seulement deux volumes exploitant la peur des épidémies virales qui se propagent de plus en plus rapidement dans notre monde civilisé.

Alors que « Inugami : Le réveil du Dieu chien » se conclut, Delcourt publie « Girl Friend ». Masaya Hokazano n’étant cette fois-ci que scénariste, le dessin étant confié à Betten Court. Composé de tranches de vie sur les affres amoureuses de lycéennes, ces cinq volumes sont une succession d’histoires courtes plutôt chaudes. Une production en total décalage des autres titres, plutôt accès sur le fantastique ou l’ésotérisme.

Originaire de Kagoshima, une des villes la plus au sud de l’île principale composant le Japon, Masaya Hokazano sait parfaitement représenter la végétation tropicale. Mais sous ses airs paradisiaques, l’île sur laquelle il nous fait voyager avec « Freak Island » risque plutôt de vous glacer le sang. À réserver à un public averti, amateur de gore, de sang qui gicle et de tueurs sanguinaires incontrôlables.

Gwenaël JACQUET

« Freak Island » T1 par Masaya Hokazano
Éditions Delcourt (7,99 €) – ISBN : 9782756068671

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