Glénat Comics : deuxième salve

Parmi les trois titres de la deuxième salve de sortie du nouveau label Glénat Comics, deux ont retenu mon attention, dans des genres hybrides très divers : science-fiction politique et western horrifique. Une bonne cuvée, donc !

« Pretty Deadly T1 : L’Écorcheuse » par Emma Rios et Kelly Sue DeConnick

« Pretty Deadly » est un comic mêlant western et horreur, mélange des genres connaissant un certain renouveau depuis quelque temps… mais celui-ci a quelque chose qui le singularise des autres, par son ton, sa nature, son ambiance. Cela est sûrement dû au fait qu’il soit l’œuvre de trois femmes (à la scénariste et à la dessinatrice, il faut indubitablement ajouter Jordie Bellaire, la coloriste, qui par son beau travail de mise en couleurs parachève avec beauté le travail des deux premières). Pour autant, « Pretty Deadly » n’est pas un western de filles fait pour les filles, loin de là, même si ce sont les figures féminines – au-delà de la protagoniste principale – qui donnent réellement corps à l’œuvre, insufflant nuance et mystère dans cet Ouest sauvage marqué par l’empreinte des mâles paumés ou assoiffés d’aventure. Ici, il y a de la finesse et de la subtilité, sur le fond comme sur la forme, ce qui engendre une atmosphère très particulière et très appréciable, extirpant le contexte western de ses archétypes difficilement contournables. Alors, certes, chevaux, flingues, désert et bourgades poussiéreuses sont là et bien là, mais l’angle abordé et ses ramifications avec le surnaturel nous emportent plus vers une mystique poétique que dans un cocktail prévisible…

 

Dès la première planche, l’originalité de « Pretty Deadly » s’impose à nous avec force, étrangeté, chaque chapitre débutant de la même manière inhabituelle : dans les herbes des prairies de l’Ouest américain, un gracieux papillon et un petit lapin conversent ensemble, et de cette discussion animale découle le récit qui nous est conté dans l’album. Chaque chapitre est également introduit par une magnifique double page où l’on retrouve les protagonistes de l’histoire au sein de l’environnement sauvage de la région, flore et faune les accueillant en un tableau qui exprime bien l’ancrage des êtres dans ces espaces naturels devenant quelque peu shamaniques. « Pretty Deadly » a pour héroïne Ginny Face-de-Mort, fille du dieu de la Mort lui-même, qui chevauche le vent pour venir frapper l’âme des pécheurs ; mais même si sa personnalité et son histoire sont prépondérants, elle ne focalise pas l’ensemble du récit qui se rapproche d’une histoire chorale traversée par de forts caractères féminins. Il y a la petite Sissy, la maléfique Alice, mais aussi Sarah, Lily, et même Molly, corbeau de sexe féminin… Seuls deux hommes tirent leur épingle du jeu, Johnny et Fox, à la fois centraux et instruments d’un destin qui les dépasse… C’est une histoire de vie et de mort, d’équilibre et de quête, de nature sauvage et de nature humaine, dont il est question dans cette légende sombre où l’on se perd parfois, fascinés par des visions et des atmosphères souvent très belles. Une jolie découverte.

« Letter 44 T1 : Vitesse de libération » par Alberto Jiménez Albuquerque et Charles Soule

Changement de décor avec une série oscillant entre science-fiction et politique. Ces deux noms accolés font tout de suite penser au chef-d’œuvre du genre, « Ex Machina », mais « Letter 44 » explore d’autres territoires de cet amalgame aussi improbable que passionnant, lorgnant vers « Rencontres du 3ème type », sauf qu’ici la prise de contact avec les extra-terrestres s’avère bien moins sympathique… L’idée de « Letter 44 » est finalement assez simple (comme toutes les bonnes idées), mais elle est traitée avec une redoutable efficacité, le scénario de Soule étant terriblement bien ficelé et haletant. On parcourt le récit avec appétit, impatients de savoir ce qui va se passer page après page. Un suspense, un rythme et un découpage qui remplissent totalement leur rôle, nous tenant en haleine tout en nous faisant nous intéresser réellement à chacun des personnages de l’histoire… Inutile donc de dire qu’on attend impatiemment la suite ! Mais parlons un peu de ce qui se passe dans ce feuilleton de politique-science-fiction…

Stephen Blades est le 44ème président des États-Unis. À peine rentre-t-il en fonction qu’il trouve une lettre sur son bureau, signée de son prédécesseur. Dans cette missive inattendue, l’ex-président des USA le met au courant d’une situation connue seulement par une poignée d’hommes et qui pourrait avoir des répercussions apocalyptiques pour l’humanité : la découverte d’une structure extraterrestre en construction dans une ceinture d’astéroïdes se trouvant entre Mars et Jupiter. Un vaisseau spatial a été dépêché sur place, avec à son bord des scientifiques ayant pour mission de découvrir la nature de cette structure – et surtout les intentions de « ceux » qui l’ont construite. Cette découverte constitue-t-elle une menace effroyable et inédite, ou au contraire un espoir pour la race humaine ? Et faut-il que cette découverte reste cachée de tous, ou bien doit-elle être dévoilée ? C’est tout l’enjeu de ce postulat machiavélique et inquiétant qui est exprimé ici. Alliant parfaitement les rouages compliqués de la vie politique (avec son lot de décisions, de trahisons et de complots) et la grande aventure spatiale menant à la rencontre avec une vie extraterrestre, Charles Soule réussit le mariage parfait entre spectacle et réflexion, nous plongeant dans une grande aventure qu’il rend crédible, réaliste, malgré le surnaturel de la situation. Bref, c’est de l’entertainment de très bonne qualité que l’on prend grand plaisir à lire !

Cecil McKINLEY

« Pretty Deadly T1 : L’Écorcheuse » par Emma Rios et Kelly Sue DeConnick

Éditions Glénat Comics (15,95€) – ISBN : 978-2-344-00863-8

« Letter 44 T1 : Vitesse de libération » par Alberto Jiménez Albuquerque et Charles Soule

Éditions Glénat Comics (16,95€) – ISBN : 978-2-344-00861-4

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