HERGE AU CENTRE POMPIDOU

Le 19 décembre vernissage de l’exposition consacrée à Hergé au Centre Pompidou.Consécration pour l’un des plus grands dessinateurs de bandes dessinées européen.


 


Georges Remi naît à Etterbeek en 1907 dans une famille modeste, de père wallon et de mère flamande. En 1920, il entre au collège catholique Saint-Boniface de Bruxelles. Il s’y retrouve presque toujours premier, sauf en des­sin, où il ne parvient même pas à atteindre la moyenne. Aussi, lorsqu’il fait ses premiers pas dans le journalisme au quotidien Le XXe Siècle, en 1925, ce n’est pas comme dessinateur, mais comme employé au service des abonnements… Un an plus tard, sous le pseudonyme d’Hergé, il réalise pour Le Boy-scout une histoire en images, Totor, CP des Hannetons, de bien médiocre facture. Après son retour du service militaire, en 1927, il travaille à nouveau au XXe Siècle, à la fois comme photographe, aide photograveur, lettreur, illustrateur et dessina­teur de portraits et de cartes géographiques. Toutefois, comme son graphisme s’est amé­lioré, on le nomme en novembre 1928 directeur du Petit Vingtième, un supplément hebdoma­daire du XXe Siècle destiné à la jeunesse. Et le 10 janvier 1929, dans le n° 11, il commence Tintin au pays des Soviets, qui sera repris l’année suivante en France dans Cœurs Vail­lants.


Malgré un trait encore hésitant et un scénario lâche, sans réelle continuité entre les épisodes, l’histoire plaît aux lecteurs et les ventes du journal augmentent. Devant le succès, Hergé crée une autre série, Quick et Flupke, un an plus tard, le 23 janvier 1930. Le graphisme est nettement meilleur avec Tintin au Congo, qui débute le 5 juin


suivant, dans Le Petit Vingtième. Par la suite, Tintin reporter à Chicago (Tintin en Amérique), en 1931, et Les Cigares du pharaon, en 1932, confirment cette plus grande maîtrise du dessin et du scé­nario.


Et puis, soudain, avec Tintin en Extrême-Orient (Le Lotus bleu), en août 1934, c’est la consécration. Jusque-là, les scénarios de Tin­tin (que l’auteur ne prenait guère au sérieux) restaient faibles, les descriptions des pays étrangers bourrées de clichés, le dessin gauche et bâclé. Cette fois, Hergé, pris de scrupules quant aux opinions manichéennes des Euro­péens sur la Chine, décide de s’informer. Il rencontre un étudiant chinois de l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, peintre, dessina­teur et sculpteur, Tchang Tchong-Jen, qui va le renseigner sur les costumes, l’architecture, les moyens de locomotion, la flore et la faune de l’Empire céleste, ainsi que sur le conflit sino-japonais. Il lui prodiguera même quel­ques conseils graphiques. Pour Le Lotus bleu, Hergé soigne particulièrement la couleur (tech­nique de l’aplat, ton pastel uniforme), fait preuve d’un graphisme novateur avec un grand souci de lisibilité (rendu linéaire du trait de contour, schématisation des décors, refus des hachures, des ombres, des dégradés). Il va aussi traiter avec talent l’enchaînement des images, construire un scénario précis et équi­libré.


Le style Hergé, d’ailleurs, va faire école et influencer Jacobs, Martin, De Moor, Leloup et d’autres futurs grands du neuvième art. Il va être ainsi à


l’origine de tout un courant esthé­tique, dit de « l’Ecole de Bruxelles » ou de la « ligne claire ».


Hergé va encore publier trois albums parmi les meilleurs de sa production : L’Oreille cassée, L’Ile noire et Le Sceptre d’Ottokar, avant l’en­trée en guerre de la Belgique. Il est mobilisé en 1939, mais se retrouve très vite dans ses foyers pour raisons de santé. Le xxe Siècle ayant


disparu dans la tourmente, c’est au Soir qu’il va désormais travailler en dessinant Le Crabe aux pinces d’or (1940-1941), puis L’Etoile mystérieuse (1941-1942), Le Secret de la licorne (1942-1943) et Le Trésor de Rackham le Rouge (1943), quatre nouvelles aventures de Tintin qui confirment le talent exceptionnel de l’auteur.


A partir de 1942, les albums Tintin voient le nombre de leurs planches réduit de moitié. Par contre, l’édition est désormais en couleurs. Devant ce surcroît de travail, Hergé s’entoure d’adjoints prestigieux : Edgar P. Jacobs, Bob De Moor, Roger Leloup qui constituent le noyau d’un studio de dessin. A la Libération, Le Soir ayant flirté avec l’oc­cupant, la plupart de ses rédacteurs sont arrêtés. Hergé passe une nuit en prison. Mais, malgré quelques hurlements hystériques de gens en mal d’épuration, on ne le fait pas passer devant un tribunal, le procureur déclarant : « Je me serais couvert de ridicule si j’avais osé pour­suivre Tintin et Milou. » L’affaire en reste là, mais Hergé est condamné au silence et dispa­raît pendant deux ans. Certains même le croient mort.


vermeille de la ville d’Angoulême en 1977. Lors du cinquantième anniversaire de Tintin, célébré avec faste à Bruxelles en 1979, on apprend qu’un vingt-quatrième album, Tintin et l’Alph’Art, est en cours. Il paraîtra, inachevé, en 1986, trois ans après la mort de son auteur. En mars 1981, Hergé, déjà très affaibli par une leucémie, retrouve avec joie Tchang Tchong-Jen, le jeune Chinois conseiller occulte des années trente, âgé maintenant de 74 ans, per­sonnage récurrent du Lotus bleu et de Tintin au Tibet.


Puis, au soir du 3 mars 1983, Hergé s’éteint. Des millions de lecteurs de 7 à 77 ans, et même


au-delà, sont en deuil. La bande dessinée perd un de ses créateurs les plus prestigieux, un artiste exceptionnel capable de se renouveler et de se remettre en question à plus de 50 ans (ce qui n’est pas donné à tout le monde), initiateur, par ailleurs, d’un style profondément original qui n’a pas fini de nourrir les exégèses. MD



A paraître courant avril 2007 Le Guide Hergé par Jean-Marie Embs et Philippe Mellot aux éditions Moulinsart.


 

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