« Les Enfants de la Résistance T1 : Premières Actions » par Benoît Ers et Vincent Dugommier

La Résistance n’a pas été un jeu d’enfant, mais des enfants et de jeunes adolescents ont résisté contre l’occupation allemande en France, entre 1940 et 1944. C’est à travers leurs regards que Benoît Ers et Vincent Dugommier décryptent les comportements des adultes dans une France qui n’ignore pas qu’elle a perdu une bataille, mais dont peu pensent, en cet été 1940, qu’elle peut encore gagner la guerre. Et pourtant…

Printemps 1940, les habitants du village de Pontain l’Écluse, dans l’Est de la France, comprennent que la guerre est mal engagée quand ils voient passer les cohortes de civils en déroute de l’exode : civils qui fuient devant l’avancée de la Wehrmacht. Isolée, la Belge germanophone Lisa est ainsi recueillie par la famille de François. Le jeune garçon accepte difficilement la jeune fille qui parle la langue de l’ennemi, d’autant qu’un détachement de l’armée allemande occupe le village, dès le mois de juin.

 

Avec son ami Eusèbe, ils continuent de jouer aux billes quand défilent les soldats nazis, sans leur jeter un regard. C’est la première manifestation de leur refus de se résigner. Elle ne prête pas à conséquence, mais elle marque leur désaccord avec la pensée majoritaire du début de l’été 1940. Leurs parents semblent accepter la défaite et se soumettre à la tutelle du vainqueur de Verdun : le vieux maréchal Pétain.

 

 

Seulement, Lisa comprend la langue de Goethe et elle informe très vite ses camarades des intentions des troupes d’occupation. Eusèbe et François cherchent un moyen d’en informer les adultes. Ils impriment sur une presse enfantine des messages sur des restes de papier peint. Ces tracts marquent leur début de résistant. Les villageois sont interpellés, d’autant que plusieurs se posent des questions sur la politique de collaboration voulue par Pétain, après la poignée de main de Montoire entre le maréchal et Adolf Hitler.

Eusèbe, François et Lisa reprennent alors le slogan de Pétain à Verdun : « Courage, on les aura », mais contre lui et les troupes d’Occupation.

C’est dans un village inventé de toutes pièces, que Vincent Dugomier fait grandir ses héros attachants, pendant les heures les plus sombres de l’histoire de France. Leurs aventures fictives sont on ne peut plus crédibles, car elles sont inspirées de nombreux témoignages recueillis par les auteurs et par des exemples pris dans une vaste et sérieuse documentation.

La force de l’ouvrage provient de sa grande subtilité. Les auteurs évitent tout manichéisme : les personnages évoluent, il n’y a pas d’un côté les gentils résistants et de l’autre les méchants occupants. Les points de vue sont multiples et argumentés, la complexité de la période n’est pas éludée, le contexte historique est respecté, mois par mois.

C’est par le regard de trois enfants de 12-13 ans que nous vivons les premiers moments des heures noires de l’Occupation. Ce regard, d’abord naïf, se fait de plus en plus incisif au fur et à mesure que les jeunes héros comprennent les enjeux de leurs actions, de la diffusion de tracts aux premiers sabotages.

Fort bien documenté, sans jamais se départir d’un certain humour, le scénario de Vincent Dugomier est d’une grande subtilité : que ce soit dans son approche historique ou dans sa façon de détailler l’évolution de ses personnages adolescents ou adultes. S’éloignant de la ligne claire de ses débuts, Benoît Ers s’essaye ici, avec talent, à la couleur directe. Ses aquarelles aux belles nuances donnent un côté vintage à des aventures narrées sans temps morts, avec des alternances de plans très cinématographiques.

Cette excellente bande dessinée historique est complétée d’un fort intéressant dossier pédagogique rédigé par Vincent Dugomier lui-même, et d’un site ludo-interactif fort bien fait ; ainsi, comprendre l’histoire devient un jeu d’enfant avec des explications sur la propagande, le pillage des usines ou l’antisémitisme.

La Seconde Guerre mondiale s’est achevée en Europe le 8 mai 1945. Soixante-dix ans après, certaines cicatrices ne se sont pas refermées.

La plongée dans le quotidien d’enfants projetés dans la Résistance permet de mieux comprendre pourquoi la période de l’Occupation constitue, selon la formule d’Henry Rousso : « un passé qui ne passe pas ».

La lecture du premier volume des « Enfants de la résistance » est le meilleur moyen pour maintenir vivace la flamme de la Résistance auprès des plus jeunes lecteurs, à l’heure où quatre grandes figures qui évoquent l’esprit de résistance sont accueillies au Panthéon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay.

 

 

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Les Enfants de la Résistance T1 : Premières Actions » par Benoît Ers et Vincent Dugommier

Éditions Le Lombard (10,60 €) – ISBN : 978-2-8036-3558-0

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2 réponses à « Les Enfants de la Résistance T1 : Premières Actions » par Benoît Ers et Vincent Dugommier

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  2. Laurent Lessous dit :

    Le dixième prix des Collégiens du Poitou-Charentes vient d’être attribué à « Les Enfants de la Résistance T1 : Premières Actions » par un jury composé uniquement d’élèves de collèges de la région. Voilà un prix du quarante-troisième festival d’Angoulême amplement mérité.

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