« Petit-fils d’Algérie » par Joël Alessandra

De l’Algérie, on nous parle toujours d’Alger la blanche, rarement de Constantine, troisième ville du pays et, en 2015, « Capitale arabe de la culture ». En cela, le nouvel album de Joël Alessandra est déjà original, mais ce n’est pas le seul intérêt du parcours nostalgique et quasi initiatique que fait l’auteur sur les traces de sa famille originaire d’Italie et qui a quitté la Sicile pour tenter de mieux vivre de l’autre côté de la Méditerranée. Mais qui était-il ces colons ? Qu’avait-il dans le cœur ? De quel côté penchaient leurs certitudes ? Comment se sont-ils comportés ? Et que reste-t-il de leur présence ?

En se rendant en 2013 en Algérie, c’est à ces questions lourdes de sens, embarrassantes même, qu’Alessandra souhaite répondre avec la crainte de découvrir des grands-parents exploiteurs, des racistes, des esclavagistes, des gens proches de l’OAS ? Ce sont ses mots, ses terreurs ! Sa famille est venue s’installer en France en 1962, accords d’Évian obligent ! Avant, l’Algérie c’était aussi la France, mais en mars 1962, ça ne l’est plus. « La valise ou le cercueil » : alors cette famille de langue italienne qui a appris le français en Algérie choisit la valise et s’installe à Marseille où Joël est né, Marseille où on ne les attendait pas et on ne les souhaitait pas : « Les Pieds-noirs à la mer » disaient certains.Alessandra va donc faire le parcours inverse et, muni de photos et de quelques souvenirs, il va tâcher d’en savoir un peu plus sur cette famille dont finalement il ne sait quasiment rien. Découvrir Constantine n’est pas si simple mais l’Institut Français va l’y aider. Le hasard, surtout, y contribue avec la rencontre d’un vieil homme qui a bien connu les Alessandra et tout ce qu’ils ont construit, car la famille était bâtisseuse. Dès lors, le fil se déroule et les réalisations du grand-père (hôpital, cinéma, hôtel…) vont ponctuer sa découverte, tandis qu’un autre Constantinois revient sur l’histoire de l’Algérie, les années de plomb notamment. Bien qu’on s’attende (ou qu’on espère) à ce que sa famille ne soit pas du côté des salauds, on s’attache à ces révélations familiales, parcellaires, gérées comme dans une enquête, et qui reconstruisent petit à petit le passé d’une famille. À son tour, Alessandra est devenu un bâtisseur !

Surtout nous voyageons, et pas seulement dans le passé. Rues et ruelles de Constantine s’offrent à nous avec leur métissage architectural, leurs escaliers pittoresques, les sept ponts (car Constantine est une ville de ponts et de ravins), sans oublier la visite des ruines romaines de Djemila. Les dessins aquarellés d’Alessandra, comme toujours font merveille et participent au dépaysement, forçant le regard à s’arrêter ici et là, notamment dans le dédale du Souika, la « ville authentique », colorée, parfumée, intemporelle…

Alors, « bon voyage » !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Petit-fils d’Algérie » par Joël Alessandra

Éditions Casterman (19 €) – ISBN : 978-2-203-09399-7

 

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4 réponses à « Petit-fils d’Algérie » par Joël Alessandra

  1. mas marie rose dit :

    pourquoi ne pas se poser la question ?? les constantinois ne se manifestent ils pas ????
    comme pour les Algérois. ?????
    s’ils montraient un peu plus leur ville peut être que le Constantine avec des photos et docu, seraient les bienvenus. pour moi il n’y a pas d’apartheid. Nous sommes tous des pieds noirs, avec nos douleurs, notre vécu…..

  2. schiavo Surfaro dit :

    C est bien de ne pas oublier Constantine merci ❇

  3. djoudi dit :

    Bonjour Ma grand mère était femme de ménage chez Jean Claude et liliane ( ma mère qui allait parfois l aider me dit que son mari l appelait lili )alessandra dans les années 50
    s agit il de la même famille Alessandra

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