« Tales from the Crypt » T3, collectif

Voilà comment j’aurais pu introduire cet article : « Héhéhé… Bienvenue mes petites goules, entrez donc ! Alors… prêts pour une nouvelle chronique horrible à souhait, toute suintante de comics putrides ? Cela ne m’étonne pas de vous ! Asseyez-vous confortablement à l’arrière de votre cercueil et ouvrez grand vos orbites, car nous revoilà repartis pour d’immondes histoires issues de la Crypte ! » Mais bon, je vous annonce plus simplement que le troisième tome de « Tales from the Crypt » vient de paraître chez Akileos, et que c’est toujours le même bonheur – la même excitation – qui nous étreint lorsqu’on replonge dans ces récits tout à fait patrimoniaux de l’histoire des comics…

La semaine dernière, je vous parlais de ce garnement d’Eric Powell qui est sûrement l’un des descendants les plus évidents de l’humour Mad et qui justement rendait hommage à Jack Davis dans un épisode du dernier album de « The Goon ». L’un des titres phares où sévit le grand Jack Davis est bien sûr « Tales from the Crypt », série EC mythique dont il fut l’un des piliers, y dessinant de nombreux récits et couvertures (il réalisa toutes les couvertures des numéros 29 à 46, par exemple) ou encore en étant en charge de la direction artistique du narrateur principal et emblématique du titre, le fameux Gardien de la Crypte. Le style de Davis, noir, gras, flirtant avec la caricature, était parfait pour mettre en image ce subtil mélange d’horreur et d’humour. Dans ce troisième tome, on retrouve Jack Davis dans un quart des 24 histoires proposées. Mais il n’y a pas que lui, évidemment, ses célèbres acolytes étant présents, s’alliant tous dans des arts du noir et blanc distinctifs mais complémentaires grâce à de belles nuances. Un même univers dont chaque facette se fait plus ou moins réaliste, sobre, fantaisiste ou exacerbée, participant pleinement au charme unique d’EC Comics : des histoires basées sur la même trame, dessinées par une petite troupe dont les styles deviennent des échos récurrents tout au long des numéros. Une sorte de famille jubilatoirement horrifique.

 

Je viens de parler du style de Davis, donc, qui était l’un des plus forts en termes de puissance graphique et d’exagération (on retiendra par exemple ici l’histoire « À plein gaz ! » où la faconde décomplexée de Davis transforme ce récit il est vrai fort cocasse en véritable show de causticité morbide, rien qu’avec les expressions des visages). Mais ce nouveau volume nous permet d’approfondir notre appréciation de dessinateurs tels que Joe Orlando (dont le glamour apporte une certaine classe à l’ensemble), Graham Ingels (dont le style aussi fin que prompt aux déformations inquiétantes nous embarque dans des ambiances très spéciales), Jack Kamen (que l’on pourrait opposer à Ingels par son trait plus gras, empâté, engendrant d’autres sensations non moins inquiétantes par le contraste qui s’exprime entre les « physiques de poupée » et la noirceur du trait). On retrouvera Al Williamson pour une histoire typique de certains films bis des fifties où l’horreur surgit de l’Amérique profonde, mais aussi George Evans et Fred Peters (ce dernier étant moins inspiré qu’Evans qui réalise là deux histoires au style épatant).

Pour ce qui est du fond, eh bien, chères goules, si vous en êtes je n’ai rien à vous apprendre… Par contre, si vous débarquez, frissonnant d’horreur et suant de questionnements, sachez qu’une nouvelle fois les Gardiens de la Crypte et du Caveau tout comme la Vieille Sorcière vont vous convier à une farandole d’histoires horrifiques-pour-de-rire plus chouettes les unes que les autres, pratiquant l’ironie avec un talent rare. Ici, pas de héros. Juste des protagonistes. Et pas des plus glorieux. Car au-delà du duo du rire et de l’effroi souhaité par ces auteurs et artistes, il y a bien une terrible critique du caractère humain dans ce qu’il a de plus pitoyable et violent qui s’exprime dans chacune de ces histoires. N’oublions jamais quelle critique sociale, morale et quasi anthropologique était présente dans ces comics « subversifs et dangereux pour la jeunesse ». C’est dire si la réédition des EC Comics par Akileos reste un événement patrimonial majeur, je le répète… On attend avec une grosse impatience la sortie du tome 1 de « The Haunt of Fear » qui devrait sortir chez cet éditeur avant l’été.

Cecil McKINLEY

« Tales from the Crypt » T3, collectif

Éditions Akileos (26,00€) – ISBN : 978-2-3557-4174-6

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2 réponses à « Tales from the Crypt » T3, collectif

  1. Thark B. dit :

    Me revoilou ! Je ressors enfin, tout moisi, poussiéreux et dégoulinant, après 2 mois passés au fond de ma crypte graphique hermétiquement fermée au Monde ! ^^
    Pour fêter ça, et passant outre les nombreux « bugs » de traduction/correction figurant dans mon malchanceux exemplaire du T1, j’ai enfin acheté les Tomes 2 et 3 des « Tales from the crypt »…
    Bien m’en a pris !!! Wahou, pur bonheur, cette fois ! :)
    Déjà, en ouvrant le 2, une mention m’a rassuré et même enchanté : cette fois, un poste « RELECTURE » est crédité noir sur blanc, il y a même deux personnes pour cela ! Yesss ! Et au début du T3 : « CORRECTION ». Ouf ! Et en effet, y’a pas photo, je peux enfin me laisser embarquer à 100% dans la narration et les dialogues savoureux signés du duo diabolique William Gaines/Al Feldstein. Tout est donc réuni, ce coup-ci, pour profiter intégralement de l’ « Expérience EC » dans des conditions optimales.

    Saperlipopette of damned ! ;) Je suis enfin en mesure de dire un vrai-grand-BRAVO à l’équipe d’Akileos !

    Dès les 4 premières histoires du T2 (issues du n°23 d’avril-mai 1951 – alias le n°7 depuis le passage de l’ancien titre « Crime Patrol » à celui de « The crypt of terror »), on sent que le style E.C. entrait déjà dans son âge d’or. Au dessin (rha’la’la, ce noir et blanc et ces jeux d’ombres, quel régal !!!!!), Feldstein, Ingels, Davis, Craig,Wood, Kamen, Orlando et qqs autres font des prouesses ; même après toutes ces années, leur intensité graphique est absolument admirable… Notre plaisir coupable à nous, immondes lecteurs-goules à la fois gourmets et voraces, est à la hauteur de la jubilation évidente de tous ces Artistes… pour l’Horreur et pour le Rire ! ;)

    Bref, plus aucune hésitation : après des années de ‘lecture puriste’ en VO, les autres EC Comics en french version « akileossienne » rejoindront ma collec’ les uns après les autres !

    • Eh bah alors, Thark, vous voyez ! Tout est bien qui finit bien, et vous comprenez mieux ma « mansuétude » ;) . Vous voilà rassuré, prêt à relire tout ça : tout va bien. À bientôt pour de nouvelles aventures !

      Bien à vous,

      Cecil