« Sables noirs » par Troubs

Il y a des pays dont on ignore tout parce qu’ils font tout pour se faire oublier et faire oublier qui les dirige d’une main de fer. Pour vivre heureux, vivons cachés, disait Rousseau. Ce n’est pourtant pas ce que peuvent se dire les Turkmènes qui, parfaitement cachés aux yeux du monde, n’ont pas de quoi trouver le bonheur si on associe celui-ci à liberté ! C’est à l’évidence ce qui apparait dans « 20 semaines au Turkménistan » (sous-titre du reportage de Troubs)…

Un pays qui se cache est presque toujours un pays qui terre son peuple. C’était déjà le cas avec le dictateur Niazov, décédé d’une crise cardiaque en 2006; c’est toujours le cas avec son tyran désigné Gurbanguly Berdimuhamedow, ex-ministre de la santé certes « élu », et même réélu en 2012 avec 97 % des suffrages. C’est beau l’unanimité, mais c’est suspect ! A l’occasion de plusieurs séjours où il était invité comme auteur, Troubs brise un peu la carapace, un peu seulement car la chape de plomb reprend ses aises dès qu’il pose des questions supposant des jugements. Pas facile d’y nouer des conversations : le silence est la règle, alors on préfère ne pas comprendre les questions !

Pas facile en outre de s’échapper des rendez-vous officiels et d’une vie culturelle totalement dépolitisée (où les livres eux-mêmes sont « des denrées rares, chères, et exclusivement produites et contrôlées par le pouvoir ». De toute façon, à quoi bon lire puisque Niazov avait écrit  en 2001 « le second livre après le Coran » : sa Bible à lui ! Fait d’emprunts en tous genres et intitulé le « Ruhnama », c’est le livre culte, livre scolaire, livre de chevet, livre sacré… Propagande et désinformation ! Pourtant, un gouvernement qui offre quasiment gratuitement chauffage et électricité à ses habitants pourrait-il être mauvais ? Et son peuple peut-il être triste ? Certains habitants bien que reclus n’y sont pourtant pas vraiment malheureux – parce qu’ils n’y resteront pas ! -, ce sont les  employés du groupe Bouygues qui a tissé avec le régime une entente turkméno-française très fructueuse. La capitale, Achgabat a ainsi de beaux quartiers résidentiels et des monuments imposants.

 Alors, si vous voulez en savoir un peu plus sur ce pays, car Troubs a fait quelques échappées au-delà de la capitale découvrant par exemple ce désert de sables noirs qui s’étend au nord, aux portes de Karakoum et qui constitue 80% du territoire, faites le déplacement avec lui (et lisez la petite présentation du pays sur Wikipedia, ou ce « Best of Niazov » dans Libération, c’est édifiant !).

Et bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Sables noirs » par Troubs

Éditions Futuropolis (18 €) – ISBN : 978-2-7548-0873-6

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