« A Silent Voice » T1 par Yoshitoki Ohima

Véritable phénomène au Japon, « A Silent Voice » n’était au départ qu’une série parmi tant d’autres, mais son sujet atypique – qui met en avant une jeune fille atteinte de surdité – a réussi à conquérir le cœur des lecteurs. Ces derniers l’ont d’ailleurs, à plusieurs reprises, plébiscité par leurs votes, devançant, à la surprise générale, d’autres blockbusters bien ancrés dans le paysage nippon. Ils ont manifestement apprécié l’ambiance très douce, laquelle contraste avec les brimades que subit l’héroïne. Il faut dire aussi que le handicap est un sujet peu abordé en bande dessinée…

Dans le premier tome de « A Silent Voice », le lecteur suit l’arrivée d’une nouvelle élève, Shoko Nishimiya, qui va déstabiliser ses nouveaux camarades avec ses problèmes auditifs. Même équipée d’appareil onéreux, elle n’arrive pas à s’exprimer à l’oral. Pour communiquer, elle n’a d’autre choix que d’utiliser un cahier dont elle noircit les pages à longueur de journée. Cette jeune fille, forte et douce à la fois, essaie courageusement de surmonter son handicap pour trouver sa place dans ce monde. Rejetée par la plupart de ses camarades, car elle met en difficulté le reste de la classe, elle subit avant tout les moqueries stupides de Shoya Ishida, la forte tête de l’école. Ce garçon est turbulent, bagarreur et surtout ne pense qu’à lui, sans se soucier des conséquences de ses actes. Dès le début de l’histoire, on le découvre en leader, imposant des paris stupides à ses amis. Si, petit à petit, ses camarades vont grandir et se désintéresser de ces gamineries qui les détournent de leurs études, Shoya va malheureusement rester identique à lui même. Il va amuser la galerie en s’en prenant directement à Shoko. Il va la tester afin de vérifier qu’elle n’entend vraiment rien, en lui criant dessus sournoisement. Profitant de cette petite notoriété, il ne va pas se rendre compte qu’il va trop loin. Les autres élèves ne sont pas vraiment tendres non plus, mais ils se contentent de s’émouvoir de cette handicapée et de rigoler aux sévices qui lui sont infligés. La mère de Shoko, exaspérée par les faiblesses de sa fille, mais également par la perte de nombreux appareils auditifs coûteux, alerte le directeur de l’école qui ne peut que réagir. Les élèves sont rassemblés afin de les sermonner et désigner le coupable de ce harcèlement. C’est là que le vent tourne, car Shoya passe du rôle d’élève turbulent et un peu niais à celui de bouc émissaire. Les professeurs, ainsi que toute la classe, se retournent contre lui et le désigne comme unique responsable. Il devient un paria aux yeux des autres élèves.

Ce manga ne s’apitoie pas sur le sort de cette jeune handicapée. C’est même son tortionnaire qui est le plus à plaindre. D’une part pour sa bêtise et son ignorance, mais aussi par le fait de s’être lui-même placé au ban de la société. Shoko, a toujours cherché à s’intégrer au mieux, pas forcément à surmonter son handicap, mais à vivre avec, sans que cela ne nuise aux autres. Elle préfère qu’on lui dise franchement les choses plutôt qu’on la prenne en pitié.

Avec un graphisme tout en rondeur et souplesse, Yoshitoki Ohima, arrive à créer une histoire prenante sur un sujet difficile. Le cheminement insidieux de cette violence ordinaire touche forcément le lecteur. Ce manga ne tombe pas dans le piège du misérabilisme. L’histoire avance assez vite et, à la fin du premier volume, les personnages ont déjà bien évolué :  le lecteur ne peut qu’être curieux du devenir de ces protagonistes.

L’auteur, Yoshitoki Ohima, maîtrise son propos de bout en bout et propose ici un brillant et original manga sur un sujet difficile à mettre en images. Voilà une belle histoire où la violence psychologique sous-jacente est gommée par la délicatesse et le sourire de cette jeune malentendante.

Gwenaël JACQUET

« A Silent Voice » T1 par Yoshitoki Ohima
Éditions Ki-oon (6,60€) – ISBN : 978-1632360564

KOE NO KATACHI © Yoshitoki Oima / Kodansha Ltd.

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