« Balles perdues » par Jef et Matz [d'après Walter Hill]

Initié par un scénario cinématographique signé Walter Hill, « Balles perdues » replonge ses lecteurs dans les affres de la Prohibition au début des années 1930, du soleil de l’Arizona et de la Californie aux ombres de Chicago. Exfiltré de la prison où il était condamné à perpétuité, l’inquiétant Roy Nash va devoir accomplir une double mission : régler les soldes des trois hommes qui ont choisi d’escroquer la mafia… et retrouver celle qu’il aime. Dans l’atmosphère sanglante et électrique soigneusement élaborée par Matz et Jef, rien ne se passera comme prévu…

Walter Hill et Matz

Étude pour la case 2 de la planche 2

Matz, scénariste de la série « Le Tueur » (13 albums dessinés par Luc Jacamon chez Casterman de 1998 à 2014), est aussi l’auteur de « Du plomb dans la tête » (avec Colin Wilson, de 2004 à 2006) et d’une adaptation du célèbre « Dalhia noir » de James Ellroy (dessin de Miles Hyman, 2013). Ses liens avec l’univers du 7ème art sont par ailleurs connus puisque David Fincher (également coscénariste du « Dahlia noir ») est en voie d’adapter « Le Tueur », tandis que « Du plomb dans la tête » a déjà été mis en scène en 2012 (budget de 55 millions de dollars ; avec Sylvester Stallone et Christian Slater) par… Walter Hill. Ce dernier, réalisateur (« les Guerriers de la nuit » en 1979, « 48 heures » en 1982) et scénariste (il coécrit les trois premiers volets de la saga « Alien ») réputé, avait donc encore une histoire de polar hard boiled non utilisée, susceptible d’être réadaptée par Matz.

1er essai de décor, destiné à convaincre Walter Hill...

Chicago années 1920 et Los Angeles années 1930

Projets de couverture et titre originel

Illustration finalisée pour la couverture

En couverture, Jef a imaginé un visuel renvoyant précisément aux codes du cinéma : au milieu de la rue principale longeant les immeubles d’époque, une silhouette menaçante se dresse, en imperméable, feutre mou et armée d’un pistolet-mitrailleur Thompson (surnommé Tommy Gun ou Chicago Piano). Soit la silhouette archétypale du gangster, érigé en maître des lieux dans une perspective architecturale digne de Downtown Los Angeles ou du canyon de LaSalle Street à Chicago, décor urbain des films successifs « Les Incorruptibles » (Brian de Palma, 1987) et « Les Sentiers de la Perdition » (Sam Mendès, 2002). Autre référence cinématographique avérée : le protagoniste central, Roy Nash, a les traits et le regard perçant d’Alain Delon dans « Borsalino » (Jacques Deray, 1970).

Deux références : Les Incorruptibles et Les Sentiers de la perdition

Recherche de personnage pour Roy

Plongé dans un bain chromatique jaunâtre, poussiéreux et presque cuivré, le visuel de couverture fait la jonction entre deux paysages aussi secs et arides l’un que l’autre (le désert et la ville), soit deux univers de perdition où s’agitent, hurlent (à la mort…) et persifflent les pires coyotes et reptiles de cet Ouest contemporain, tout aussi mortifère que son glorieux ancêtre (auquel l’introduction de cet album renverra également).

L'univers de la Prohibition (dessin de Jef)

Espace large et horizontal, rue longiligne et décors verticaux : tout suggère l’affrontement silencieux dans un cadre étrangement vide que l’homme – pressentant probablement l’imminence de la mort -, a visiblement choisi de quitter (précipitamment ou à bord de l’un des véhicules visibles à l‘arrière-plan…) les lieux. Le lecteur, quant à lui, choisira à l’inverse de se laisser embarquer et guider parmi les codes et lois du genre… sans se perdre entre les bulles et les balles !

Parmi les projets à venir, Jef a déjà annoncé pas moins de deux nouveaux one-shot avec Matz (dont un avec Walter Hill) et le tome 2 de « La Traque », aux côtés de Jean-Claude Bartoll chez Delcourt.

Philippe TOMBLAINE

« Balles perdues » par Jef et Matz [d'après Walter Hill]
Éditions Rue de Sèvres (18, 00 €) – ISBN : 978-2369810681

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