« Boule à zéro T4 : Madame la Mort » par Serge Ernst et Zidrou

Zita profite de la vie, espiègle et toujours souriante, elle remonte le moral de ses amis en cas de besoin, sans jamais se plaindre. Et pourtant ! À treize ans, cela fait neuf longues années qu’elle réside à l’hôpital Le Goff — qu’elle surnommé La Gaufre — pour soigner une coriace leucémie. Elle a de la bonne humeur à revendre — au moins pour deux —, car elle apporte un soutien sans faille à sa voisine de chambre, son amie Évelyne qui doit se faire opérer d’une tumeur au cerveau.

 

 

Déjà le quatrième volume de « Boule à zéro », une série d’une très grande justesse dont nous avons déjà évoqué les qualités des tomes 1 (« Petit cœur chômeur ») et 3 (« Docteur Zita »).

Avec tact et humour, les auteurs narrent le quotidien de Zita Sayyah, adolescente d’origine marocaine de 13 ans, soignée depuis ses quatre ans dans un grand hôpital pour une grave leucémie.

Surnommée Boule à zéro par son entourage, parce qu’elle a perdu tous ses cheveux, Zita ne fait pas son âge, petite de taille, elle traîne toute la journée dans son pyjama rouge d’une chambre à l’autre, véritable mascotte d’un établissement où elle n’a que des amis, d’un cuisinier bougon au grand cœur — il appelle Zita la « directrice » — au docteur Semoun, un spécialiste jovial un peu enrobé avec lequel elle a passé un marché : « Je guéris, tu maigris ! »

Zita dédramatise par son énergie et son humour le monde inquiétant de l’hôpital et de la maladie. Quand elle est seule, elle monologue sur son ordinateur avec celle qui l’accompagne depuis si longtemps, celle qu’elle appelle « Madame la Mort » et qui se rappelle soudainement à ses mauvais souvenirs. Évelyne, sa voisine de chambre et meilleure amie, voit sa tumeur au cerveau, derrière le fornix, grossir depuis quelque temps. Zita se donne pour mission de la réconforter, surtout quand elle apprend qu’Évelyne doit être opérée en urgence.

Sur un sujet pour le moins délicat, Zidrou a trouvé le ton juste, passant de l’humour bon enfant à la tension liée à la maladie, sans jamais tomber dans le pathos. Toutes les situations, ainsi que les dialogues, sont traitées avec tendresse, ce qui évite tout effet racoleur. On retrouve ce tact, cette élégance dans le dessin de Serge Ernst, rond, très lisible, sans recherche de l’effet larmoyant facile.

« Boule à zéro » est l’une des meilleures séries jeunesse du moment. Il ne faut pas hésiter à la faire découvrir à de jeunes lecteurs, car ils sont éminemment respectés par les auteurs. Ce peut être, pour eux, une occasion de découvrir la maladie, et ses conséquences y compris les plus terribles, mais aussi l’hôpital lui-même et toutes les catégories de personnel soignant.

Nous avons déjà souligné  sur le site que la série a été le point de départ d’une belle aventure humaine. Serge Ernst et les éditions Bamboo ont initié la création de l’association « 2000 BD ». Ils ont eu l’idée de distribuer « Boule à zéro » et d’autres bandes dessinées à des enfants, atteints du cancer ou de leucémie, hospitalisés en France, en Belgique et en Suisse.

L’association « 2000 BD » a pour but de promouvoir la culture dans les hôpitaux, particulièrement auprès des enfants malades, des services oncologie, en proposant des BD, des rencontres avec des auteurs, des ateliers « découverte » et « initiation ». Si vous voulez en savoir davantage ou si vous souhaitez participer à cette opération, rendez-vous sur le site de l’association 2000 BD.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Boule à zéro T4 : Madame la Mort » par Serge Ernst et Zidrou

Éditions Bamboo (10,90 €) – ISBN : 978-2-81893-238-4

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