Kamb : du cartoon à la BD !

Décidément, c’est une hécatombe, nous venons aussi d’apprendre que Jacques Kambouchner alias Jacques Kamb vient de nous quitter, dans la nuit du 5 au 6 févier 2015 à son domicile parisien.

Né le 2 mars 1933 à Paris, il voit sa famille juive déportée : son père n’en reviendra pas. Lui, il se réfugie dans le Tarn avec sa sœur et sa mère. Il se spécialise dans les dessins d’humour économiques, syndicaux, sociaux, travaillant pour la plupart des journaux publiés après-guerre par le Parti Communiste Français, lequel avait, à l’époque, le vent en poupe. En 1951, il signe « Pok et Bimbolet » : ses premiers strips dans Droit et Liberté, organe du MRAP animée par Albert Lévy. Il collabore de 1952 à 1991 à La Vie ouvrière, dessine pour L‘Humanité, L‘Humanité dimanche, France nouvelle, La Vie du rail, Plein Phare, Avant-Garde, Vaillant… Il publie ses premières véritables bandes dessinées en 1958 dans le supplément jeunesse de L‘Humanité dimanche, où il crée le personnage de Pardaran (un mousquetaire qui deviendra voyageur dans le temps), puis « Crick et le mystère de la D 175 » et enfin « Miko ». Pour Heures claires, magazine féminin communiste, il anime les aventures de Badinet, à partir de 1962. C’est dans Vaillant, puis dans Pif gadget qu’il amplifie son activité dans le domaine de la BD. Il crée plusieurs personnages aux destins assez brefs : Monsieur Alcide, Santim le petit franc, Zou le martien, Buch et Ron… Il écrit des scénarios réalistes :

- « Les Compagnons de la section noire » pourJeanCézard,

- quelques épisodes de « Jean et Jeannette » pourJacquesSouriau,

- « Le Fils du Cormoran » pourLucienNortier… et les premiers « Teddy Ted » pourFranciscoHidalgo(1963).

En 1965, il dessine les aventures de Zor et Mlouf sur scénario de Jean Sanitas alias Jean Sani, puis crée en 1969 « Couik » l’oiseau préhistorique dans le premier numéro de Pif gadget.Il sera suivi en 1973 par « Dicentim » le petit franc qui possédera sa version poche : Dicentim Poche (1). Sa dernière création pour Vaillant sera « Zup », en 1988. Il se retire en 1991, mais revient en 2004 pour dessiner « Dicentim » dans la version mensuelle de Pif gadget. Alors retraité, il illustre quelques ouvrages aux éditions de l’Harmattan (« Le Petit Clown à l’étoile » ou « Le Jeu de Chékémate » en 2001). Le dessin de Kamb est simple, compréhensible au premier regard, dynamique, tout comme ses personnages sympathiques et drôles. Ses histoires seront hélas peu publiées en albums. Il crée ses propres éditions (avec un album de « Zup et Videozip » en 2009), mais ce sont les éditions du Taupinambour qui proposent des albums de « Zor et Mlouf », de « Couik » ou de « Dicentim » depuis 2007 : ce qui lui a permis de fréquenter avec une belle régularité et un plaisir évident les salons de BD où sa silhouette ronde et joviale faisait merveille.

Henri FILIPPINI

mise en pages et note : Gilles RATIER

(1) À la fin de l’année 2014, Jean-Luc Muller, l’un de ses inconditionnels amateurs (avec aussi le Kambologue Frédéric Maye) – voir Film documentaire « Pif, Vaillant et quelques camarades » : le public est invité à y participer !, avait eu la bonne idée de renouer avec cette publication en poche pour un numéro exceptionnel : ce sera sa dernière publication.

Merci aussi au site http://dicentim.over-blog.com où nous avons pu trouver cette histoire inédite avec Dicentim, réalisée par Jacques Kamb en 2013.

Louis Marticorena nous a envoyé les dernières dédicaces que lui avait fait Jacques Kamb au festival de Plan de Cuquesprés de Marseille et en décembre 2014 à Paris. Merci à lui…

 

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11 réponses à Kamb : du cartoon à la BD !

  1. Richard Medioni dit :

    Très bel article pour un ami d’une drôlerie et d’une gentille extrêmes. Tous les anciens de « Vaillant » et de « Pif Gadget », se souviennent de Jacques avec une grande tendresse. Et il a enchanté des générations de lecteurs. Lorsqu’il participait à un salon, les files qui se formaient à son stand montraient à quel point il était populaire.

  2. Mario dit :

    Ouaip. Au-delà de son talent et de sa productivité, ce qui nous manquera le plus est cette jovialité et cette bonté qu’il nous offrait lorsque nous étions en sa présence.
    Putain de camion.
    :o (

  3. Nasdine dit :

    Ce soir je repense à un repas passé à bavarder gaiement entre les deux Jacques – Kamb et Nicolaou – avec tous les amis de Période Rouge et mon cœur est lourd.

  4. C’est un grand ami qui nous a quittés.
    Un artisan de l’illustration comme il y en a eu très peu. Emule de Jean Effel, il aura trouvé sa voie, à la fois modeste et terriblement efficace, se fondant dans l’illustration enfantine ou le dessin de presse puis la BD, avec le souci constant de la clarté.
    Il aura constamment été sous-estimé (pourtant une couverture pour « La vie ouvrière » en 1973 lui avait valu le prix du dessin de presse).
    Heureusement que son personnage de Dicentim le petit Franc trouva son public dans les années 70 et 80, ce qui lui permit de dépasser en notoriété pas mal des « vedettes » du journal.
    Sa gentillesse et sa disponibilité étaient totales. Une fois qu’il vous avait accordé sa confiance et son amitié, C’était pour toujours. J’en ai souvent éprouvé la véracité, notamment dans son soutien inconditionnel à mon projet.
    Petit détail : « Le petit clown à l’étoile », c’était un récit romancé et adapté à la jeunesse, à partir de sa propre histoire d’enfance, puisqu’il fut l’un des seuls rescapés d’une rafle pendant l’Occupation, tandis que son frère et son père disparurent dans les camps allemands… Jusque dans cette pudeur, sa modestie fut à la hauteur de son talent.

  5. drouard dit :

    je l’avais rencontrer au Parc Brassens ou il m’avait dédicacée un album de Zor et Mlouf
    une bien triste disparition
    dommage qu’il faut de tel disparition pour se souvenir d’auteur qui nous ont fait rêver

  6. Bonjour,
    Oui Jacques était un grand Monsieur, petit par la taille , vif et intelligent…curieux de tout! Et j’ai eu la chance de faire partie des personnes qui ont pu le cotoyer ces dernières années et mois…en tant qu’ami et en tant que créateur d’un projet commun …
    Et comme le dit si bien « Mandrake le magicien », « le petit clown à l’étoile » est un merveilleux livre que j’ai eu la chance de découvrir grâce à un autre ami , dessinateur entre autres, Claude Turier.
    Superbe roman jeunesse, mais les adultes peuvent largement y trouver leur compte, tant le drame des rafles de 1942 est traité de façon intelligente et pudique, baignée d’émotion vraie.
    Je suis bouleversé par sa disparition.

  7. christophe Lazé dit :

    Comme le dit l’ami Filippini C’est une hécatombe .Encore un peu de mon enfance qui s’en va.Lors de mes années « Pifou » je l’avais rencontré et en garde un excellent souvenir.Le Breton que je suis se souviens d’un livre qu’il a illustré chez Serg « Racontons la Bretagne sur un texte de Alain Guel en 77;
    j’avais 9 ans ce livre n’est jamais bien loin de moi.

    • Gilles Ratier dit :

      Louis Marticorena nous a envoyé les dernières dédicaces que lui avait fait Jacques Kamb au festival de Plan de Cuques prés de Marseille et en décembre 2014 à Paris pour son Dicentim poche : je les ai rajouté à la fin de l’article. Merci à lui…
      Gilles Ratier

  8. J’ai fini par trouver le courage de produire un texte avec des illustrations sur le blog du projet, auquel Jacques Kamb croyait beaucoup et pour lequel il avait aussi accepté de sortir cet ultime « Dicentim poche »…
    http://vaillant-film.blogspot.fr/2015/02/adieu-jacques-kamb.html

  9. Douvry Jean-François dit :

    Un auteur qui venait de loin, du fond de ce siècle cruel, et qui avait gardé un goût pour l’humour bon enfant, qui se fait rare.
    Il m’avait envoyé fin décembre dernier son Dicentim poche dédicacé et une carte de sympathie avec son billet de Dicentim où il apparaît en filigrane : ces envois résument toute sa gentillesse attentive pour quelqu’un qu’il n’avait jamais rencontré mais qui correspondait avec lui depuis une dizaine d’année.
    J’ai trouvé récemment chez un bouquiniste une plaquette du PCF pour les législatives de 1962 qu’il avait illustré, notamment la page consacrée à l’armée de l’époque. Il avait dessiné un para assez sanguinaire, assez proche de ceux de Siné. Une facette moins connue de Kamb, bien révélatrice de son talent s’exerçant dans différents registres.
    Mais bien sûr, c’est aussi Dicentim que je pleure, son enfant le plus connu.

  10. Un grand ami vient de disparaître en nous laissant comme des orphelins pour la vie.
    Repose toi, Jacques……On t’aime.