LA DERNIÈRE TRAVERSÉE DE CHRISTIAN CAILLEAUX ET BERNARD GIRAUDEAU

Alors que paraît « Les Longues traversées », l’ultime récit de Bernard Giraudeau, dessiné par Christian Caillaux, ce dernier revient sur la relation qui le liait avec l’artiste décédé le 17 juillet 2010.

« La sortie de l’album était programmée pour octobre 2010 et il était à trois quart bouclé lors du décès de Bernard, dont j’ai eu du mal à me remettre, nous dit Christian Cailleaux. Nous avons donc décidé, avec les responsables éditoriaux de Dupuis, de prendre le temps de terminer cet ouvrage, d’autant plus que nous ne voulions pas donner l’image d’opportunistes. » L’album sort pourtant avec un bandeau mentionnant en caractère gras la présence de Bernard Giraudeau : « Bernard nous avait dit « Servez-vous de moi. La relation avec Christian est formidable. » Il n’avait évidemment pas besoin de publier cette bande dessinée pour gagner sa vie, mais il souhaitait lui donner la plus grande visibilité possible et il savait que son nom était porteur. Nous respectons son désir», souligne le dessinateur qui précise à quel point le travail sur « Les Longues traversées « était un vrai travail commun. »

Si « R97 » était clairement une adaptation en images de la jeunesse de Bernard Giraudeau, « Les Longues traversées » empruntent beaucoup plus au domaine de la fiction. « Après « R97 », raconte Christian Cailleaux, nous avions envie de poursuivre notre collaboration, ce qui était apparu comme une évidence non dite lors de ce premier travail. Notre envie de continuer était principalement lié à notre désir d’être ensemble. Car Bernard, malade, ne voulait faire aucun projet. » Et de poursuivre : « 2/3 choses ont déclenché la base du récit auquel nous souhaitions donner une importante dimension romanesque, la première étant la nouvelle écrite par Bernard : « Diego l’angolais », qui mettait en scène un vieux marin africain coincé dans le port de Lisbonne. Nous aimions beaucoup la capitale portugaise, au point que nous y avons passé une semaine ensemble. À partir de cette idée, nous avons tricoté le scénario de « Les Longues traversées ». »

Dans « Les Longues traversées», on retrouve Théo, le personnage principal de « R97 », dix ans après : « Ca m’allait bien, poursuit l’auteur des « Imposteurs », car même si Bernard s’en est défendu, cet homme est « sa voix ». Je voulais garder son écriture. Le propos de l’album est sincère tout en étant emprunt de la douleur humaine. Je voulais vraiment q u ?entre les cases et les bulles transparaisse l’émotion. Je dois avouer, qu’après la disparition de Bernard, cette histoire autour de rencontres, de femmes et du temps qui passe m’a, à sa relecture, profondément touché. »

Comme les histoires de marins, « Les Longues traversées » mêle les chroniques humaines pimentées, souvent inventées. Et si Diégo et Théo se retrouvent liés, c’est à cause de la mer et de ces femmes, qui ne sont qu’une et toutes à la fois. Et si la mort parsèment leurs histoires, eux restent malgré tout bien vivants mais dans un état à l’image de ce cargo en ruine amarré dans le port de Lisbonne.

Alors, avec la disparition de Bernard Giraudeau, les aventures de Théo se poursuivront-elles, au long cours ? : « Théo est la voix de Bernard et j’ai envie de continuer de la porter, nous explique Christian Cailleaux ; Nous avons travaillé ensemble, Bernard et moi, un style narratif dans un genre assez original. Mais sa disparition m’a totalement décontenancé. Si je continue,cela ne pourra se faire que dans le ton et l’exigence qui nous caractérisent. J’ai compris, en rencontrant Bernard, qu’un jour, je ferai mon propore récit maritime. Peut-être celui-ci passera-t-il par un passage de témoin entre Théo, voix de Bernard, et un nouveau personnage, qui sera ma propre voix ? »

Laurent TURPIN

« Les Longues traversées » par Bernard Giraudeau et Christian Cailleaux
Éditions Dupuis – collection « Aire Libre » (15,95€)

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