« Saru » par Daisuke Igarashi

Publié initialement en deux tomes lors de sa sortie japonaise, « Saru », le pavé ésotérique de Daisuke Igarashi, est ici rassemblé en un volume unique en français. Envoûtant comme « Les Enfants de la mer », mais bien moins contemplatif, « Saru » entraîne le lecteur dans une quête frénétique aux quatre coins du globe. Communion planétaire de toutes les croyances qui ont façonné la foi depuis des siècles, elles font aujourd’hui face à un ennemi commun qu’elles n’imaginaient sûrement pas comme celui qui nous est présenté par Igarashi : un parti pris surprenant qui se permet de chambouler les convictions actuelles.

« Saru », singe en japonais, reprend à son compte l’une des légendes chinoises les plus anciennes mettant en scène le fabuleux roi des singes. Elle y ajoute une dose de christianisme saupoudré de prédictions de Nostradamus. Le tout hanté par le spectre de Pizzaro et bien d’autres croyances mystiques. L’histoire débute par une succession d’événements violents et soudains. En 1626, à Pékin, en 1908 en Sibérie, en 1982 au-dessus des îles Malouines. Puis, nous arrivons de nos jours à Lima au Pérou, pour sauter à Paris où un accident de voiture vient de décimer une famille – sauf une jeune fille qui va s’avérer importante pour l’histoire. On continue par la Russie avec une découverte archéologique surprenante, en Inde avec la disparition inexpliquée de la dépouille de Saint François-Xavier, à Spoleto en Italie ou l’on rencontre un exorciste assermenté par Rome et, enfin, Angoulême où va se dérouler une biennale de la danse servant de prétexte à un rite religieux qui pourrait bien sauver le monde. C’est là que les lecteurs font enfin la connaissance d’Ana, une étudiante japonaise, et Nawang Namgyal, un moine venu du Bhoutan. Ils sont tous les deux les protagonistes principaux de cette aventure rocambolesque.

Le graphisme fin de Daisuke Igarashi est littéralement jeté sur le papier. Il met en valeur les différents lieux dans lesquels il nous entraîne. Les décors sont nombreux et il est amusant de croiser des représentations assez justes de la capitale de la bande dessinée qui est mise à l’honneur pour un festival tout autre que celui du 9e art. On se sent en terrain connu. Ce qui apporte une véracité à ce récit improbable ou chaque protagoniste joue un rôle important pour l’humanité.

Chronique apocalyptique, « Saru » est un pavé de prés de quatre-cent-cinquante pages qui se dévore avec passion. Un peu fourre-tout, cette aventure, qui démarre par une succession de saynètes rapides, prend rapidement un rythme de croisière où le lecteur se laisse embarquer par ces mythologies du monde entier passées au shaker. Finalement, toutes les croyances, toutes les religions, tous les mythes seraient intimement liés pour arriver au même but : la fin du monde. Un récit fascinant et pesant dans tous les sens du terme.

Gwenael JACQUET

« Saru » par Daisuke Igarashi
Éditions Sarbacane (17,90 €) – ISBN : 9782848657608

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