WILFRID LUPANO : L’HOMME QUI N’AIMAIT PAS LES SCENARIOS SANS FOND

Déjà dix ans que Wilfrid Lupano écrit pour la bande dessinée. Dix ans et un nombre limité d’albums. Mais les succès d’ « Alim le Tanneur » et du plus récent « Sarkozix », associés à la décision de ne plus se consacrer qu’à la bande dessinée ont aujourd’hui permis l’éclosion de nombreux projets qui avaient germé en lui depuis quelques temps déjà.

« J’ai, pendant quelques années, poursuivi une activité professionnelle en parallèle de mes travaux scénaristiques, nous explique-t-il, activité qui me laissait peu de disponibilité ». Une licence d’anglais en poche, sans prédisposition particulière à l’exercice professionnel de la langue de Shakespeare, Wilfrid Lupano tient un bar à Pau, dans lequel il organise de nombreux concerts : « La programmation des concerts me prenait beaucoup de temps, nous confie-t-il, il était donc compliqué d’écrire, ce que je ne faisais qu’à mes moments perdus et il était encore plus difficile de « vendre » mes projets. » Le premier d’entre eux se réalise pourtant par l’intermédiaire cet établissement musical , puisqu’il y rencontre Frédéric Campoy, le dessinateurs du futur « Little Big Joe », qui sera édité chez Delcourt.

Wilfrid Lupano essuie ensuite les plâtres des jeunes scénaristes de bande dessinée d’alors sans dessinateur : « les temps ont changé et les éditeurs proposent aujourd’hui des illustrateurs aux scénaristes dont les récits les intéressent, comme sur « L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu » , avec Paul Salomone, mais à l’époque ce n’était pas le cas et il n’y avait pas internet pour favoriser les échanges et rencontres entre auteurs ». De fait, de nombreuses idées, déjà élaborées sous forme de synopsis ou de scénario finissent enfouis au fond de ses tiroirs, comme « L’Assassin qu’elle mérite », paru en fin d’année dernière aux éditions Vents d’Ouest et dont la première mouture date de 2001. Mais aussi comme « Alim le Tanneur », qu’il finit par faire accepter aux éditions Delcourt , après deux ans et demi de démarches.

« Bien sur, après le succès d’ « Alim le tanneur », j’aurai pu me contenter d’enchaîner les séries de fantasy orientales, nous explique le scénariste du « Droit chemin », mais j’ai choisi de partir dans des directions variées pour me perfectionner dans mon métier, plutôt que de m’installer dans un genre qu’il est difficile de renouveler ». De fait, les derniers ouvrages de Wilfrid Lupano s’ancrent de plus en plus dans l’Histoire et des personnages réels y font leur apparition : « La Bande dessinée historique a longtemps été cantonnée à un graphisme réaliste, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui ; ça me convient très bien. J’aime que ce genre se modernise car la bande dessinée a cette qualité d’être un média populaire et divertissant qui n’interdit pas d’avoir un propos. »

Et Wilfrid Lupano entend bien exploiter cette qualité au mieux : « je n’ai pas pour ambition d’écrire un livre de plus, qui viendra encombrer une étagère d’un libraire ou d’un lecteur ». Ainsi, « L’homme qui n’aimait pas les armes à feu » entend évoquer et dénoncer le 2ème amendement de la constitution américaine permettant à tout citoyen d’être armé et d’expliquer le pourquoi de la prolifération des armes à feu. Et ceci par l’intermédiaire d’une histoire enlevée et très humoristique, située dans le far west sauvage : « Une bande dessinée n’est pas une thèse de fac, souligne Wilfrid Lupano ». Et de citer les « Tuniques bleues », dont la grande force est que « bien que ce soit une série pour enfants, ancrée dans la tradition de la BD franco belge, la réalité de la guerre et de ses morts n’y est jamais occultée. » Et de citer également, dans le registre cinématographique, les frères Coen, « qui nous ont fait aimer les caves, les imbéciles », en référence à ces anti-héros qui peuplent ses scénarios : « c’est bizarre, car j’ai lu des comics tout mon enfance, je connais les X-Men par cœur, nous dévoile-t-il. Et pourtant, ce type de héros stéréotypé à l’américaine ne m’inspire aucunement. Dans mes histoires, il n’y a ni bon, ni brute, ni truand : tous les personnages sont un peu de tout ça en même temps. Je considère d’ailleurs les justiciers comme de grands malades : ces types ont besoin d’aide ! »

Il faut effectivement constater qu’il n’y a pas « un » personnage principal dans les histoires de Wilfrid Lupano, plus intéressé par les interactions humaines, à l’image du « Droit chemin ». Ce diptyque dont le premier volume vient de paraître, suit la destinée de quatre orphelins sur plusieurs décennies, de la petite délinquance adolescente, à la fin des années 20, jusqu’à leur comportement pendant la guerre, entre collaboration et résistance : « je veux montrer à quel point la notion de « droit chemin » évolue selon l’époque et la mentalité de la société. Des truands d’avant guerre ont été de grands résistants, amis de policiers avant de redevenir leur ennemi après le conflit. »
Du fond, on vous dit !

Laurent TURPIN

- « L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu » T1 (« Chili con carnage ») de Wilfrid Lupano et Paul Salomone
Éditions Delcourt (13,50€)

Le site, avec interview de Lupano et planches à feuilleter : http://www.editions-delcourt.fr/special/l_homme_qui_n_aimait_pas_les_armes_a_feu/

- « Le Droit chemin » T1 (« Les Enfants terribles » de Wilfrid Lupano et Tanco
Éditions Delcourt (13,95€)

Le site, avec notamment la bande annonce (ci-dessous), des planches à feuilleter (dont du tome 2 en avant première) : http://www.editions-delcourt.fr/special/le_droit_chemin/

Tous les visuels sont © Guy Delcourt Productions – 2011, sauf « Alim le tanneur tome 2 » © Guy Delcourt Productions – 2006. Photo de Wilfrid Lupano © Roller

Galerie

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