L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...« Haarman le boucher de Hanovre »
À Hanovre, en pleine République de Weimar, dans un pays au bord du chaos économique, la police retrouve des ossements humains par dizaines dans une petite rivière : elle a assurément affaire à un tueur de la pire espèce. L’enquête patine mais les soupçons vont finalement se porter sur un certain Fritz Haarmann, fripier qui était régulièrement dénoncé, mais en vain, par un voisin, pour ses agissements suspects. Il faut dire que le Haarmann en question est un précieux indic pour les forces de l’ordre qui lui ont même fourni une carte officielle afin qu’il puisse interpeller les « délinquants » dans la gare de la ville? Elle lui permet surtout d’attirer les jeunes vagabonds chez lui pour les violer, les tuer, puis les dépecer? N’hésitant pas, ensuite, à fournir tout le quartier en viande et en habits d’occasion?

L’horreur est vraiment humaine !!! Et ce véritable et ignoble fait-divers raconté sur un ton très sobre, mais avec force de détails qui nous semblent aujourd’hui inimaginables, par l’allemand Peer Meter (déjà scénariste d’une autre bande dessinée terrifiante : « L’Empoisonneuse », dessinée par Barabara Yelin et traduite chez Actes Sud/L’An 2, en 2010) est bien là pour nous le prouver, une fois de plus !
D’autant plus que le dessin expressionniste, en noir et blanc, de sa compatriote Isabel Kreitz renforce l’ambiance angoissante de ce portrait saisissant d’un sérial-killer homosexuel, l’un des plus célèbres de l’histoire criminelle allemande ! Cette dessinatrice hambourgeoise de 44 ans, très connue outre-Rhin car brillant par son éclectisme, nous avait déjà surpris, à bon escient, avec son « Die Sache mit Sorge : Stalins Spion in Tokio » traduit sous le titre approprié de « L’Espion de Staline », dans la même et indispensable collection « Écritures » ! Son style rappelle un peu celui des premiers romans graphiques sans parole, où les illustrations étaient gravées sur bois, et les personnages qu’elle met en scène sont très expressifs. Quant aux différentes scènes historiques, même les plus macabres, elles sont efficacement reproduites, avec une finesse et une froideur renversante, reconstituant parfaitement le contexte de cette époque qui subissait les retombées économiques de la fin de la Première Guerre mondiale.

Enfin, après la lecture de ses remarquables mais plutôt glaçantes cent soixante pages, l’éditeur a eu la bonne idée de proposer un petit dossier qui revient sur le vrai boucher de Hanovre, avec documents d’archives et extraits de ses interrogatoires à l’appui… : histoire d’en rajouter une couche au niveau de l’horreur, la vérité dépassant parfois même la fiction !!!
Gilles RATIER
« Haarman le boucher de Hanovre » par Isabel Kreitz et Peer Meter
Éditions Casterman (14 €)









