« Thor » par Kenneth Branagh

Vous en avez l’habitude si vous êtes des fidèles de cette chronique, j’ai à c?ur d’aller voir les adaptations de comics au cinéma et de vous en dire quelques mots afin de suivre l’évolution du phénomène. Cette semaine, malgré ma myopie, j’ai enfourché mes lunettes 3D et suis allé voir « Thor ».

J’avoue ne jamais avoir été un grand fan de Thor, ce grand dadais blondinet à casque ailé… Mais, au-delà de la curiosité de voir comment serait adapté ce personnage à l’écran et de ma passion pour les super-héros, c’est surtout le fait que ce soit Kenneth Branagh qui ait réalisé ce film qui m’a poussé à tenter l’expérience. Car même si l’on se doutait que le résultat serait plus populaire que ce qu’aurait pu en tirer Patrice Chéreau (ce délire ! ou Captain America par Godard ! j’en rêve !), on pouvait espérer que l’acteur et réalisateur britannique fou de Shakespeare trouverait en ce personnage mythologique à souhait un terreau propice à des délires de haut vol. Certes, il ne faut pas être naïf, on n’imaginait pas Hollywood commander une tragédie shakespearienne à Branagh dans un contexte marvelien ! Il faut y voir un exercice de style, une récréation demandant beaucoup de travail. Le film de Branagh n’est ni une réussite ni un échec, c’est… un objet bizarre. Loin d’être désagréable, il n’est pas transcendant pour autant. En fait, le film passe assez vite malgré le peu de choses qu’on y trouve : lorsque le générique de fin arrive, on se dit : « déjà ! », comme si l’on attendait que le film commence… Étrange sensation que d’avoir assisté à une bande-annonce géante annonçant le véritable film, alors que la trame était tout de même là…

Paradoxalement, le film de Branagh ne semble pas bénéficier de la nature de son réalisateur, s’avérant manquer cruellement de substance. L’effet 3D, assez sympatoche, n’y fait rien : on ressort du film avec un goût d’inachevé, la forme ne faisant pas oublier le fond. L’œuvre ne manque pas de qualités, avec de magnifiques travellings, des décors asgardiens impressionnants et ciselés avec talent, une esthétique intéressante… mais les acteurs ne sont pas à la hauteur, parfois victimes de leur costume, comme Anthony Hopkins dans le rôle d’Odin. Un Odin un peu kitsch, dont on ne sent pas l’omniscience s’exprimer dans toute son absolue grandeur… Tom Hiddleston campe un Loki plus traître et manipulateur par faiblesse que sournois, cruel et à moitié fou, et c’est bien dommage… Natalie Portman joue une Jane Foster assez lisse, dont il n’y a rien à dire… Et Chris Hemston, dans le rôle de Thor, ressemble plus au dieu de la foudre vu par Coipel que par Kirby, ce qui me heurte personnellement, car je déteste le Thor de Coipel, avec sa tête de crétin bodybuildé empâté. La force pure et le charme quelque peu efféminé de ce héros semblent définitivement avoir fait leur temps, et nous avons désormais affaire à un look californien contemporain à double-tranchant. Un film un peu fade, donc, malgré une certaine magnificence.

Je refermerais cet article en parlant des ouvrages publiés à l’occasion de la sortie de ce film et qui rejoignent malheureusement ce que je déplorais plus haut. En effet, pourquoi Panini n’en a-t-il pas profité pour continuer l’Intégrale « Thor » (commencée il y a quelque temps avec les épisodes de Walter Simonson) en reprenant les épisodes initiaux de l’Âge d’Argent ? Certes, le « Thor » de Simonson méritait bien d’être édité dans cette collection (j’ai dit ici tout le bien que j’en pensais à l’époque), mais comment peut-on ne pas profiter du film pour amorcer la prime période kirbyenne ?!? « Thor » n’a véritablement été génial que lorsque c’était Kirby qui était aux pinceaux, The King explorant le décorum de la mythologie nordique pour en tirer des délires graphiques somptueux… Non, là, Panini préfère éditer un Marvel Deluxe reprenant le « Thor » de Straczynski et Coipel (que les lecteurs ont déjà lu il y a peu en kiosque), le « Thor » de Jurgens et Romita Jr (qui savait pourtant dessiner, avant…), et, mieux, le « Thor » de Len Wein et John Buscema (ça c’est classe). Mais quid du « Thor » de Kirby ? Eh bien cette œuvre primordiale n’aura droit qu’aux honneurs des kiosques, dans le n°2 de Marvel Classic en vente ce mois-ci ; quelques épisodes publiés dans Journey into Mystery dans les années 60 et qui n’engendreront que de la frustration. Décidément – et ce n’est vraiment pas pour être désagréable ou prendre Panini en grippe, car moi je ne demande que ça, de m’enthousiasmer et d’espérer voir des merveilles être éditées –, je comprends de moins en moins leur politique éditoriale… Si politique il y a, à part celle de l’argent. On attend toujours la suite et fin de l’édition intégrale de « Sandman », ou du « Daredevil » de Bendis et Maleev en Deluxe, par exemple ! Mais on me dira que c’est moi qui ait thor d’espérer ainsi…

Cecil McKINLEY

« Thor » par Kenneth Branagh Marvel Films

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