Comics patrimoniaux chez Le Coffre à BD

Cette année marque les dix années d’existence de la structure éditoriale Le Coffre à BD. Surtout connue pour ses rééditions de bandes dessinées franco-belges devenues introuvables, cette maison d’édition propose aussi des séries de comics patrimoniaux qui étaient devenus absents de notre paysage culturel en France, soit parce qu’ils n’ont pas été réédités depuis longtemps, soit parce qu’ils étaient restés inédits dans notre pays. Cet automne, Le Coffre à BD fait une belle percée avec deux séries historiques : « Jungle Jim » et « Brick Bradford ». Bravo !

Voilà donc 10 ans que la petite structure éditoriale Le Coffre à BD s’est investie dans la réédition de trésors oubliés ou/et inédits en albums, certaines œuvres n’étant parues que dans des périodiques ou n’ayant pas trouvé les faveurs d’éditeurs importants leur offrant une pérennité pourtant légitime par des rééditions sérieuses (toujours la même histoire des « petits » qui font souvent le travail des « grands », prenant des risques par passion). Le Coffre à BD, ce fut d’abord le site web www.bdoubliees.com qui – dès 1998 ! – proposa la lecture en ligne de mini-récits parus dans Le Journal de Spirou, mais aussi un recensement assez pointu des sommaires d’un grand nombres de périodiques, base de données d’une incroyable richesse pour qui recherche des informations de parutions en kiosque. En 2004, en coédition avec les éditions du Taupinambour, Le Coffre à BD propose des éditions de plusieurs mini-récits, puis se lance l’année suivante dans la microédition. En 10 ans, Le Coffre à BD a édité pas moins de 301 albums, chiffre qui témoigne de la passion et de la pugnacité de son maître d’œuvre, Bernard Coulange. Une patiente passion qui – après une décennie de labeur – a fini par payer, Le Coffre à BD sortant peu à peu de la microédition pour instaurer des tirages certes limités, mais proposés à la vente sur leur site ainsi que par le biais d’un réseau de librairies de plus en plus nombreuses. On ne peut donc que souhaiter longue vie à cette structure éditoriale à vocation patrimoniale, et espérer que son essor soit exponentiel ! Encore bravo, et un très bon anniversaire à cette maison d’édition que je vous incite vivement à mieux connaître en allant sur son site Internet (www.coffre-a-bd.com), vous y trouverez des merveilles et pourrez y commander ses albums…

« Brick Bradford (planches hebdomadaires) T9 : La Voix intemporelle » et « Brick Bradford (strips quotidiens) T10 : Le Trône de Titania, 2ème partie » par Clarence Gray et William Ritt

Moins connu que « Buck Rogers » ou « Flash Gordon », « Brick Bradford » est un peu le parent pauvre de la mémoire des récits de SF en bande dessinée des années 30. C’est pourtant pour concurrencer ces deux premières séries apparues en 1929 et 1933 que « Flash Gordon » fut créé début 1934. Le fait que cette création de William Ritt et Clarence Gray soit plus oubliée et moins estimée que ses deux célèbres concurrents est néanmoins injuste, car « Brick Bradford » fut une série assez extraordinaire pour l’époque en terme de science-fiction, dans un esprit débridé et ne se refusant aucune fantaisie. Certes, le style de Gray est moins voluptueux et subtil que celui de Raymond, souffrant d’une certaine raideur, mais il offre néanmoins de beaux spectacles visuels via une puissance de trait non négligeable, parfois capable de nuances et de contrastes très appréciables. Au départ ancrée dans des aventures exotiques ou policières, la série bascula vite dans la science-fiction, mélange improbable de futurisme et de mythologie archaïque fantasmée. Cette série ne manquait ni d’humour ni d’inventivité, et fut la première du genre à utiliser aussi ostensiblement le thème du voyage dans le temps. À bord de sa chronosphère, le valeureux Brick Bradford – souvent accompagné de sa fiancée June – va donc vivre d’incroyables aventures dans le temps, mais aussi au centre de la Terre ou dans le monde de l’infiniment petit avec ce qui reste comme son aventure la plus emblématique, le fameux « Voyage à l’intérieure d’une pièce de monnaie ». La série fut reprise dans les années 50 par Paul Norris.

 

Le parcours éditorial français de « Brick Bradford » (renommée « Luc Bradefer ») fut assez chaotique, ne trouvant jamais une réelle continuité. Elle fut publiée dès 1935 dans Hurrah ! puis – entre autres – dans Robinson, Le Journal de Mickey, Le Journal de Spirou, ou encore Les Héros du mystère où on la charcuta et l’estropia sans vergogne. Comme d’autres bandes dessinées de cette époque, certaines cases furent régulièrement retouchées, notamment pour rhabiller des héroïnes assez court vêtues… Les premiers albums de « Brick Bradford » apparurent en France au début des années 60, au temps de la naissance des premiers clubs de bande dessinées qui explorèrent les comics qui avaient bercé leur enfance. Ainsi parurent quelques albums au Celeg, puis ANAF, Serg, et plus récemment chez Futuropolis et Soleil, mais s’attachant plus aux strips quotidiens qu’aux planches du dimanche. La série n’eut donc jamais la chance d’être éditée en intégralité et chronologiquement chez un éditeur… jusqu’à récemment, car en 2011 le Coffre à BD a amorcé une édition intégrale du « Brick Bradford » de Ritt et Gray en ce qui concerne les planches du dimanche (6 albums en microédition qui seront réédités en fonction des demandes), et entamé l’année dernière l’édition de la suite des strips quotidiens parus antérieurement (2 albums correspondant aux tomes 9 et 20). Aujourd’hui, ce sont le tomes 9 des planches du dimanche (les tomes 7 et 8 paraîtront en janvier 2015) et le tome 10 des strips quotidiens qui sont publiés. Petit à petit, donc, le Coffre à BD va reconstituer l’intégralité de cette série, et on espère que le succès sera grandissant car alors on pourrait rêver d’une réédition des premiers strips quotidiens devenus introuvables car épuisés depuis longtemps chez les différents éditeurs s’étant penchés partiellement sur cette œuvre… Cette édition de « Brick Bradford » chez le Coffre à BD va se poursuivre jusqu’au printemps 2016, donc si vous êtes des fans de cette série je vous conseille de suivre attentivement le programme des sorties de ces albums. Une intention éditoriale et patrimoniale qu’il convient de saluer chaleureusement !

Le tome 9 des planches hebdomadaires est intitulé « La Voix intemporelle » et s’avère particulièrement savoureux. La case choisie pour orner la couverture annonce la couleur, digne des plus belles images de la SF des années 40-50, avec cette mante religieuse géante qui capture un vaisseau spatial entre ses pattes crochues. La guerre des hommes contre les insectes géants est donc le sujet principal de ce récit accumulant les rebondissements et pétri d’un humour… de l’époque ! (Sourire) On savourera avec gourmandise ces péripéties où courses-poursuites spatio-temporelles, combats contre les insectes géants, scènes de glamour avec l’imposante Rota et autres cocasseries s’enchaînent sans complexe jusqu’au dénouement final où nos héros vont être faits prisonniers dans un lointain futur par d’ineffables petits hommes à grosses têtes. De la pure SF dynamique et débridée, typique de cette époque, liée aussi aux archétypes du cinéma de SF qui fera les beaux jours des années 50… et qu’on lit avec un plaisir immense !

 

Le tome 10 des strips quotidiens, lui, nous propose la suite du récit « Le Trône de Titania » (débuté dans le tome précédent et dont nous connaîtrons la fin dans le tome 11). Nous sommes donc au beau milieu de cette aventure où Brick Bradford et June Salisbury sont partis à la recherche de leur ami Sandy, célèbre pilote d’aviation. En partance pour l’Antarctique, le couple a découvert un plateau appelé le Trône de Titania, lieu étrange où les combats font rage entre hommes de Titania et les Laroons… Brick et June vont se retrouver au sein de la cité légendaire de Karkar où le pouvoir est mis à mal par diverses machinations machiavéliques. On rencontrera une galerie de méchants pas beaux, dont l’énigmatique Spectre qui peut prendre le visage de n’importe qui pour arriver à ses fins. Les images où les personnages parcourent les divers paysages du Trône de Titania sur le dos de dinosaures au long cou sont formidables, créant des visions étranges d’une grande beauté, et certains décors architecturaux de la cité de Karkar préfigurent étonnamment des environnements à la Druillet. Bref, ne boudons pas notre plaisir et plongeons avec délice dans cet univers où tout semble possible.

 

« Jungle Jim » 1940, 1941 et 1942 par Alex Raymond

Je vous parlais plus haut du « Flash Gordon » d’Alex Raymond, eh bien il me faut à nouveau le mentionner ici, naturellement, puisque le « Jungle Jim » du même Raymond fut une bande dessinée qui parut à l’époque au dessus des planches de « Flash Gordon » publiées dans la presse américaine. Ce « top » (tel qu’on désigne ces BD de haut de page) fut présent dès la première planche de « Flash Gordon » publiée le 7 janvier 1934. Courant 1944, engagé dans la US Navy, Alex Raymond passa le relais à Austin Briggs qui – par intermittence avec le frère de Raymond et le dessinateur John Mayo – dessinera « Jungle Jim » jusqu’en 1948, date à laquelle la série sera reprise par Paul Norris (eh oui, encore lui !). Si « Jungle Jim » a moins d’aura que « Flash Gordon », elle reste néanmoins une bande dessinée d’aventure de premier ordre qui a marqué les esprits, ayant eu droit à son propre sérial (film à épisodes) dès 1937. Jim Bradley est surnommé Jungle Jim car c’est un gentleman qui a parcouru de nombreuses forêts exotiques et tropicales, d’abord comme chasseur et organisant des safaris, puis en aventurier justicier traquant les fauves autant que les braconniers et les bandits de tout poil. Il voyage en Afrique, mais aussi en Asie, en Inde, dans le Pacifique ou en Amérique centrale, mais aussi en Malaisie, par exemple, où il va rencontrer celui qui va devenir son compagnon d’aventure récurrent : le valeureux Kolu. Il reste très attaché à Singapour, et son éternelle fiancée n’a d’autre surnom que Shangai Lil. Bref, « Jungle Jim » nous invite à l’exotisme sous toutes ses formes !

 

En France, sous le nom de « Jim la Jungle », cette série parut dès 1934 dans Le Journal de Mickey puis dans Robinson. Très peu d’albums parurent : d’abord confidentiellement chez RTP, puis dans les années 80 il y eut un volume chez Futuropolis, ainsi qu’un album chez Slatkine qui fut réédité par Inter-Livres. Ces deux derniers albums couvraient la période 1934-1939, et le Coffre à BD a donc décidé d’éditer les épisodes suivants. Un vide éditorial patrimonial est enfin en train de se combler. Encore une fois, félicitations au Coffre à BD pour cette belle intention, d’autant plus que les épisodes parus avant 1940 seront réédités en fonction des demandes…

L’album de 1940 contient les récits « Peter Stone, l’usurpateur » et la première partie de « Sabotage sur le canal ». Dès la première page, nous voici pleinement plongés dans une atmosphère de haute tenue, rappelant les très grandes heures du film hollywoodien des années 40-50. Ambiance feutrée du soir sur une terrasse d’un club de Singapour ; les hommes ont la chevelure impeccable des gentlemen subtilement gominés, la femme est en robe de soirée seyante, de soie verte semble-t-il, et affiche un regard entendu, mystérieux, discret mais bien présent malgré sa retenue face à ces hommes parlant de choses importantes. Au fil des pages, cette atmosphère de glamour perdure, et c’est là l’une des grandes qualités de cette série. Peut-être plus simple dans le style que « Flash Gordon » qui connut des phases graphiques plus ou moins fouillées, « Jungle Jim » exsude une classe folle à travers la simplicité du trait, beaucoup plus franc, comme si Alex Raymond avait eu comme prérogative d’aller à l’essentiel dans cette série. Et le résultat est somptueux. Évidemment, les figures féminines participent amplement à cette atmosphère doucereusement érotique, mais le protagoniste lui-même incarne cette idée du gentleman restant toujours tiré à quatre épingles même en pleine action. Dans « Peter Stone, l’usurpateur » apparaît aussi une autre figure féminine pleine de charme et de sensualité : Kitty St. John. Pendant blonde de l’éternelle Lil aux cheveux de jais, Kitty, par son caractère de petite fille gâtée qui s’amourache du héros, apporte une dimension double de l’image de la femme au sein de la série. Là où Lil incarne parfaitement la femme fatale un peu froide, Kitty est à l’image de la femme volcanique et effrontée enfermée dans son carcan social et moral qui ne demande qu’à exploser. Dans cette histoire, Jungle Jim doit mettre fin aux exactions d’un homme qui a pris la place d’un autre et qui entraîne la population d’une île dans sa soif de pouvoir.

L’album de 1941 contient la suite et fin de « Sabotage sur le canal » et « Dans l’île de Thorson ». Dans le premier récit dont nous connaissons enfin le dénouement, le héros – suivi par l’impétueuse Kitty – doit intercepter un traître qui tente de saboter le canal de Panama. Grâce à son compagnon Kolu, la naïveté de Kitty n’empêchera pas Jim de contrecarrer les plans diaboliques du méchant, n’en doutez pas ! « Dans l’île de Thorson » nous entraîne à nouveau dans le contexte d’une île où sévit un homme se servant de ce territoire retranché en pleine mer près des États-Unis comme d’une base secrète pour des sous-marins et autres embarcations qui œuvreraient pour le compte d’une nation ennemie. En 1941, la seconde guerre mondiale continue principalement en Europe, mais les Américains sentent bien qu’elle pourrait toucher les USA… ce qui arrivera cette année-là avec Peal Harbour. Le spectre de la guerre hante donc de plus en plus la bande dessinée américaine, c’est particulièrement palpable ici… Cet épisode – au-delà de la guerre qui insuffle une dimension d’espionnage à celle de l’aventure – est aussi le moment où Lil et Kitty se retrouvent face à face, toutes deux amoureuses de Jim Bradley…

 

Changement de ton avec l’album de 1942 contenant un récit charnière intitulé « Destination Panama » ainsi que « Guérilla en Extrême-Orient ». Comme mentionné plus haut, la guerre enfle et finit par atteindre les États-Unis. Un an après l’entrée en guerre officielle des USA par l’attaque de Pearl Harbour, « Jungle Jim » bascule de l’aventure exotique à l’espionnage puis au récit de guerre pur et dur. Dans « Destination Panama », le contexte de base se transforme avec la promotion offerte à Jim Bradley : il est intégré dans l’armée au grade de capitaine. Le héros, qui a préféré ne pas choisir entre Lil et Kitty, s’extirpe de son statut d’aventurier séducteur pour embrasser celui de militaire, et l’on sent à travers le récit « Guérilla en Extrême-Orient » un changement de ton radical dans la série, versant tout à coup dans un certain patriotisme volontaire contre les ennemis des États-Unis. Personnellement, je préfère nettement les aventures exotiques de Jim Bradley, avant qu’il n’endosse son uniforme militaire, mais les dessins de Raymond ne sont pas exempts d’une belle efficacité… That’s all for today, folks !

 

Cecil McKINLEY

« Brick Bradford (planches hebdomadaires) T9 : La Voix intemporelle » par Clarence Gray et William Ritt

Éditions Le Coffre à BD (25,00€) – ISBN : 978-2-3500-7335-4

« Brick Bradford (strips quotidiens) T10 : Le Trône de Titania, 2ème partie » par Clarence Gray et William Ritt

Éditions Le Coffre à BD (25,00€) – ISBN : 978-2-3500-7330-9

« Jungle Jim » 1940 par Alex Raymond

Éditions Le Coffre à BD (25,00€) – ISBN : 978-2-3500-7332-3

« Jungle Jim » 1941 par Alex Raymond

Éditions Le Coffre à BD (25,00€) – ISBN : 978-2-3500-7333-0

« Jungle Jim » 1942 par Alex Raymond

Éditions Le Coffre à BD (25,00€) – ISBN : 978-2-3500-7334-7

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4 réponses à Comics patrimoniaux chez Le Coffre à BD

  1. Captiaine Kérosène dit :

    Bonjour Cécil,
    Comme toujours, merci pour cet article fouillé et enthousiaste qui fait en plus œuvre de soutien à un petit éditeur méritant.
    Cependant, je m’interroge toujours sur l’opportunité pour un petit éditeur aux tirages confidentiels de publier au mois de novembre, période où tous les éditeurs noient les librairies sous un raz de marée de nouveautés (vraies ou fausses, suivez mon regard du côté des Humanos par exemple).
    Quelle chance ces livres du Coffre à BD ont-ils de trouver leurs lecteurs ? Ils vont rester, disons, une semaine sur les tables puis disparaîtront dans les oubliettes, aussitôt remplacer par d’autres livres, toujours plus somptueux, toujours plus chers et auréolés du prestige de « cadeau idéal pour les fêtes ».
    Le problème n’est pas nouveau, mais il semble que les éditeurs s’en contrefichent.
    Il faudra pourtant bien qu’un jour, ils se posent sérieusement la question du calendrier proprement aberrant de leurs sorties. Parce que le lectorat ne se renouvelle pas, que sa capacité d’achat n’étant pas illimité, des choix doivent se faire au détriment des moins visibles. Les lecteurs se retrouvent le nez dans le guidon à courir après la nouveauté et ce qui est sorti le mois dernier est déjà oublié.
    Franchement, à quoi cela sert-il de grouper les sorties sur six mois dans l’année ?

    • Cecil McKinley dit :

      Hello Captain,

      Merci de votre commentaire. Votre question est tout à fait légitime, et vous n’êtes bien sûr pas la seule personne à vous la poser, mais vous vous doutez bien que je ne peux vous répondre en détail, exhaustivement et exactement, n’étant pas dans les petits papiers internes des maisons d’édition…

      Tout cela (planning des sorties, mise en place des albums) est terriblement organisé par les éditeurs et leurs commerciaux, n’en doutez pas… mais malgré cela il semblerait que les éditeurs n’arrivent toujours pas à comprendre et gérer les effets secondaires de la surproduction qui sévit depuis des années. Tout le monde dit que cette surproduction est un problème, que ça va finir par péter, mais ça ne pète pas – en apparence, car l’effet pervers est malgré tout déjà présent. Certes, aujourd’hui il y a une richesse de choix qu’on n’avait jamais eue auparavant grâce à cette multitude d’albums et d’auteurs, mais en même temps cela laisse de moins en moins de place et de visibilité à cette multitude, devant être remplacée par la vague des sorties suivantes. La durée du turn over en tête de gondole ou sur les tables est devenue si courte qu’on risque de passer à côté de la BD de sa vie bien plus qu’avant… Mais vous savez tout ça.

      En ce qui concerne le Coffre à BD, cependant, il me semble que les choses sont un peu différentes, car ils impriment leurs albums principalement selon un processus de souscription, imprimant les exemplaires au fur et à mesure des demandes. Ils sortent donc aussi des albums en mars, avril, juin, août, septembre… Si ces albums étaient présents à la Fnac, bien sûr, votre question prendrait tout son sens, car ils se feraient laminés par des éditeurs aux tirages et à la force de frappe sans commune mesure avec leurs petits moyens de diffusion. Mais – et c’est intéressant car cela touche de plus en plus de strates de notre société actuelle qui trouve d’autres moyens plus « collaboratifs » pour faire face à la crise et aux géants dévorants – le Coffre à BD s’est constitué un réseau de libraires indépendants avec qui ils travaillent pour mettre en place leurs albums, ce qui leur assure un minimum de durée de visibilité et d’existence se rapprochant de la « normale ». En effet, même si on dit parfois tout et n’importe quoi sur les libraires (comme quoi ils ne feraient pas bien leur travail, etc.), ceux-ci font en majorité un travail remarquable et difficile par rapport à cette surproduction et face à la concurrence des « supermarchés de la culture », tout à fait capables de défendre justement un album d’un petit éditeur qu’ils mettront en avant bien plus longtemps qu’une grosse machine mainstream (je le sais, j’ai moi-même été libraire un moment, et c’est tout à fait possible de le faire si on le veut, malgré la montagne de nouveautés à gérer, et je connais bien des libraires indépendants qui réussissent à maintenir ce rôle nécessaire en faisant des choix éclairants). Bref, le Coffre à BD peut compter sur des libraires indépendants qui veulent bien jouer le jeu, et vu leurs petits tirages, c’est bien la condition sine qua non pour pouvoir exister un minimum…

      Je pourrais continuer comme ça un certain temps, mais je pense que j’ai dit le principal et… que vous avez autre chose à faire que de me lire pendant des plombes!

      Bien à vous,

      Cecil

  2. Capitaine Kérosène dit :

    Merci beaucoup pour ces explications détaillées et pour le temps que vous avez consacré à les écrire.
    Voilà une démarche éditoriale sympathique de la part du Coffre à BD dont je visite le site de temps en temps.
    J’ai lu Brick Bradford dans les Héros du Mystère et Jungle Jim je ne sais plus où étant enfant mais j’ai peur d’être terriblement déçu en me replongeant dedans.
    En tout cas, le Coffre à BD publie de bien belles choses.

    • Cecil McKinley dit :

      Re-hello Captain,
      Ah, oui, cette peur d’être déçu par rapport à des choses qui nous ont fait rêver en des temps maintenant lointains… C’est parfois difficile d’oser y revenir! Les temps et les cerveaux ont changé! Parfois, ce peut être tout simplement délicieux… ou terriblement décevant… Mais ça… ça n’appartient qu’à chacun d’entre nous, au cas par cas, selon notre parcours tout personnel…
      Bien à vous,

      Cecil

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