« Madeleine, une femme libre » par Søren Mosdal, Rudy Ortiz et Pierre Colin-Thibert

La vie est en soi en voyage, mais il y a des vies plus voyageuses que d’autres, plus aventurières, des vies zigzag, chaotiques. C’est le cas pour Madeleine qui, de Paris à Lima, trace des années 20 aux années 70 un périple qui ignore tout de la ligne droite et du conformisme…

Madeleine, nous dit-on, est le « récit adapté de l’histoire vraie d’une femme, une femme insoumise et flamboyante, une femme libre et moderne ». La modernité est-elle dans cette liberté, dans cette absence totale de soumission ? Pour une femme, c’est plus qu’évident tant il lui faut se battre pour affirmer ses choix dans un monde machiste que la vie de Madeleine illustre de nombreuses fois.

Madeleine Garraud est bretonne, mais d’origine autrichienne ce qui déjà fait jaser les braves gens. Elle habite un manoir, où sa mère, veuve, réunit des artistes, ce qui n’arrange rien pour la réputation de la gamine. Qui plus est, Madeleine joue les garçons manqués (comme on dit pour les filles qui veulent vivre comme les garçons !). Après des études  à Paris (école alsacienne), Madeleine, déjà 17 ans, tombe amoureuse et ne comprend pas encore les libertés que s’offre sa mère, première femme libre de la famille. Elle finit donc par succomber à la demande de Georges Bozenec, un garçon sérieux qui lui fait oublier le beau Fernand parti au service sans jamais lui écrire. Principe de réalité ? Revanche ? Toujours est-il qu’elle l’épouse et découvre l’ennui… et la maternité ! La petite Jacqueline la distrait quelque temps. Puis la Seconde Guerre redistribue les cartes. Fernand et Georges sont mobilisés : deux hommes, mais un seul amour jusqu’à ce qu’un Allemand logeant au manoir réquisitionné par la Kommandantur, lui fasse commettre l’irréparable : une relation délicate en temps de guerre et plus encore au moment de la Libération, surtout avec un enfant de lui…

Autant dire que la vie de Madeleine multiplie les difficultés et ce n’est pas fini puisque, allant au bout de ses convictions et de ses sentiments, elle va tout entreprendre et même tout vendre pour extirper coûte que coûte le père de son enfant de prison… jusqu’à le suivre au Pérou ! Là encore, la vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Vie passionnée, vie passionnante, le destin de Madeleine ne manque pas de souffle et les dessins du Danois Søren Mosdal, secs et griffus, quelquefois cependant maladroits  et statiques, parviennent à nous tenir à ses côtés, par compassion et par empathie.

Alors, bon voyage !

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

 « Madeleine, une femme libre » par Søren Mosdal, Rudy Ortiz et Pierre Colin-Thibert

Éditions Sarbacane (23, 50 €) – ISBN : 978-2-8486-5739-4

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