« Quatre soeurs » T1 (« Enid »)

En 2033, paraissait à L’École des loisirs, une tétralogie intitulée « Quatre s?urs » que Malika Ferdjoukh, auteure phare de la maison, avait mis dix ans à mijoter et à peaufiner.
Ces quatre s?urs sont, en réalité, cinq. Il y a Enid, la plus jeune, Hortense, 11 ans, Bettina, 14 ans, Geneviève, 16 ans. Et puis Charlie, 23 ans, la s?ur aînée, la grande s?ur qui est aussi le chef de la famille Verdelaine.

Elle a renoncé à ses études pour s’occuper de ses sœurs. Leurs parents sont morts tragiquement deux ans auparavant dans un accident de voiture. Les jeunes filles vivent donc seules dans la grande maison de bout de l’impasse de l’Atlantique. La vieille demeure familiale, la Vill’Hervé, se dresse sur la falaise, face à la mer. C’est un personnage à part entière, qui sait encore résister aux éléments, au vent et à la pluie. Elle a ses secrets, ses caprices, sa chaudière récalcitrante baptisée Madame Chaudière, son grand escalier central, que les filles appellent Le Macaroni, ses animaux, les deux chats, la chauve-souris, l’écureuil et Mycroft, le rat futé presque clandestin. Les sœurs ont une tante, Lucrèce, une véritable calamité selon elles, qui débarque une fois par mois, pour apporter le chèque mensuel. Mais elle les laisse tranquilles le reste du temps.

Malgré les parents disparus, la vie n’est pas triste à la Vill’Hervé. Elle continue, avec les petits bonheurs et les tracas du quotidien, avec l’amour que les filles se portent, les chicaneries, les cousins et les amis qui passent et qui forment une tribu hétéroclite et joyeuse. Les parents ne sont pas véritablement absents : chacune des sœurs, sans en parler aux autres, s’entretient avec l’un ou l’autre, lorsqu’il se manifeste à elle.
Chaque roman est centré sur une sœur, autour de laquelle gravitent les autres personnages.

Avec ses « Quatre sœurs », Malika Ferdjoukh compose une très jolie chronique familiale, au charme un peu désuet des comédies des années cinquante. Elle raconte les choses simples de la vie, les petits secrets que l’on ne veut pas partager, les premiers émois amoureux, la nostalgie de l’enfance, l’amitié, avec un regard très juste et très tendre. Son écriture est belle, fluide, inventive et les dialogues joliment ciselés. Et puis, elle sait à merveille créer des personnages, tissant une belle chaîne de vie. Elle les dote de noms singuliers : Gulliver Doniphon, l’ami d’Enid ; la fameuse tante Lucrèce ; Sidonie, la fermière généreuse ; Harry et Désirée, les cousins parisiens ; Tancrède, le locataire ; Merlin Gillepsie, le livreur de surgelés ; Denise et Behotéguy, les amies pimbêches de Bettina ; Basile, l’amoureux de Charlie …
Ces romans ont été rapidement plébiscités par le public et remarqués par la critique.

Et puis Cati Baur entre en scène.

Elle s’est fait connaître grâce à son blog, créé en 2006, dans lequel elle dessine et raconte le quotidien d’une certaine Princesse Capiton, sorte de double virtuel. Elle publie ensuite deux albums chez Delcourt, « J’arrête de fumer », en 2007, puis « Vacance », en 2009.
Dans le même temps, elle contacte Malika Ferdjoukh, lui proposant d’adapter « Quatre sœurs ».

Dans la postface de l’album, Malika donne ses « Quatre (ou cinq) raisons de dire « oui » à Cati ».
Elle y raconte leur première rencontre, leurs références communes, leurs visions des personnages.
De cette collaboration naît un roman graphique très intéressant, le premier d’une tétralogie dessinée.

Adapter, c’est prendre un risque. Le risque de décevoir les lecteurs qui, grâce aux mots, ont construit leurs propres images, ont visualisé les personnages.
Cati Baur assume ce risque et elle fait bien. Tout en restant très fidèle à l’histoire, en utilisant les mots de Malika, sa « manière de triturer la langue comme personne », elle fait œuvre de créatrice.

Chaque sœur a une personnalité graphique forte et singulière. (On peut lire à ce propos une note de Caty Baur à l’adresse suivante : http://catibaur.wordpress.com/2009/12/09/enid-et-moi.

La Vill’Hervé, dressée sur la falaise, est imposante et mystérieuse. Les scènes de tempête sont particulièrement réussies, notamment lorsque le vieux sycomore du jardin, vaincu par le vent s’extrait du sol. Elle sait passer de l’intime au spectaculaire, montrer une très large gamme de sentiments, mettre du mouvement et du son. Une vraie réussite, un plaisir de lecture renouvelé.

Pour ceux qui ne connaitraient pas les romans et qui auraient envie de s’y plonger, signalons que les quatre tomes ont fait l’objet d’une réédition en mai 2010, réunis en un seul gros volume.

Catherine GENTILE

« Quatre soeurs » T1 (« Enid ») par Malika Ferdjoukh et Cati Baur
Éditions Delcourt (14,95 €)

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Une réponse à « Quatre soeurs » T1 (« Enid »)

  1. Antoine dit :

    Vraiment de très beaux livres à lire et à relire

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