« X-Men : l’intégrale 1968″ par Stan Lee & co

Le dernier volume en date de l’intégrale des X-Men couvre l’année 1968, un cru important dans l’historique de cette super-équipe devenue mythique, à la fois charnière et annonciateur de la fin d’une époque.

Les fans le savent : « X-Men » s’interrompit début 1970, inaugurant une série de rééditions avant de renaître en 1975 sous l’égide de Christopher Claremont qui créa les nouveaux X-Men. Cet arrêt apparaît aujourd’hui comme inconcevable lorsqu’on sait que ce fut le grand Neal Adams qui dessina les derniers épisodes (l’ultime ayant été dessiné par Sal Buscema), faisant définitivement entrer la première équipe des X-Men dans l’ère de la modernité en 1969. Mais l’année 1968 ne fut pas moins importante dans l’historique de la série, puisque plusieurs événements de taille – sur le fond comme sur la forme – bouleversèrent les choses. Il y eut la mort présumée du Professeur X, l’apparition de Mesmero et de Polaris (deux personnages clés dans la mythologie de Magneto), mais aussi la venue de l’immense Jim Steranko sur la série. Autant d’éléments rendant ce volume indispensable à tout fan des X-Men, inutile de le préciser. Avec Steranko, on quittait enfin les dessins naïfs de Don Heck, Werner Roth ou George Tuska pour plonger dans une nouvelle ère graphique, bousculant les mises en pages figées et l’esthétique parfois malhabile de seconds couteaux apparentés à un certain esprit, une certaine époque. Même si les épisodes de Steranko sont inégaux d’une case à l’autre, un grand souffle et une esthétique plus noire, plus adulte, se mirent en place grâce à lui. Je ne peux donc que vous conseiller de lire ce volume 1968, mais malgré tout… encore une fois… Panini nous propose une édition déplorable, sans aucun travail éditorial digne de ce nom. Ne croyez pas que je devienne ronchon, que je m’acharne ou que je fasse preuve d’une mauvaise foi m’apportant quoi que ce soit dans mon rôle de chroniqueur, mais franchement, ce n’est pas du travail d’éditeur, juste celui d’un imprimeur de planches. C’est d’autant plus regrettable que les Intégrales de Panini ont un rôle primordial pour l’édition du patrimoine des comics, nous permettant de lire les épisodes des séries mythiques du Silver Age, véritables pierres angulaires de la bande dessinée américaine. Les débuts de l’ère Stan Lee méritaient un vrai travail de fond, une vraie préoccupation éditoriale. Au lieu de cela, on a droit à des volumes qui – au-delà du plaisir nécessaire de lire Stan Lee et d’admirer les dessins de Kirby, Ditko & co – font regretter leur achat, engendrant une jouissance polluée par du grand n’importe quoi. Le choix de Geneviève Coulomb pour la traduction des Intégrales pose réellement problème, non pas qu’elle traduise mal, mais bien parce que son vocabulaire inepte – entre Chrétien de Troyes et Frédéric Dard – gâche la lecture à tour de bras : « J’en suis plus marri que je ne saurais dire », « Oui, stupide ilote ! », « Silence, méprisable sycophante ! », « Mettre à ce démon l’infusion de phalangettes qu’il mérite ! », ou encore « Ce truc est plus manœuvrable qu’un solex ! » Un solex ? Les X-Men ? Le moindre mal aurait été de dire « scooter », au moins, non ? Quant à l’infusion de phalangettes pour dire qu’on va donner des coups de poing, j’en reste encore tout marri après avoir refermé le livre ! Ceci dit, si Coulomb est souvent critiquée, c’est aussi par des gens qui critiquent sans même savoir écrire et qui idolâtrent des Nikolavitch surestimés, faut pas déconner. Et il ne faut pas imputer aux traducteurs des écueils dont ils ne sont pas responsables, ce qui nous amène au gros problème : le travail éditorial. Y a-t-il un relecteur dans la salle ? Qui relit chez Panini ? Qui corrige ? Le ficus de la salle de réunion ? Un aveugle ? Un illettré ? Un cocker ? Fautes d’orthographe, bulles inversées ou répétées, négations gommées, sans parler des légendes non adaptées qu’on refourgue sans vergogne, les approximations, etc… Pourtant, ça crève les yeux : « Une affaire si important qu’elle affectera… », « J’ignore » au lieu de « Je l’ignore », etc… À vous dégoûter de lire…Je regarde avec tristesse les rayons de ma bibliothèque où s’amoncellent les Intégrales Panini, n’arrivant pas à penser autre chose que : « Quel gâchis ! » Restent les dessins…

Cecil McKINLEY

« X-Men : l’intégrale 1968 » par Stan Lee & co.
Éditions Panini Comics (28,00€)

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3 réponses à « X-Men : l’intégrale 1968″ par Stan Lee & co

  1. MOREAU Fabrice dit :

    Bonjour
    Entièrement d’accord avec vous pour la déplorable traduction de Panini.
    Les négations sans le « ne » (pour faire familier ou sms?) m’exaspèrent particulièrement.
    Les surnoms traduits mots à mots (comme « la rousse » pour la police ou « le grimpeur » pour l’araignée) sont aussi navrants.
    Cela fait regretter les éditions Lug (le « monte-en-l’air » pour l’araignée avait plus de style) qui faisaient un réel effort de traduction par un langage soigné et très français (et pourtant, les traducteurs avaient la modestie de ne pas se nommer aux côtés des scénaristes et dessinateurs)
    Les intégrales panini sont malgré tout indispensables et ont l’avantage de regrouper chronologiquement les séries.
    Mais je garde plus de plaisir à relire régulièrement les X-men de Chris Claremont période 1975-80 de Phénix à Phénix noir dans mes vieux « spécial strange » que j’ai la chance de posséder encore.
    Comme vous dites: c’est un manque de travail éditorial, du gâchis, pour une collection qui aurait pu être magnifique.
    Fabrice

  2. Cecil McKinley dit :

    Bonjour, et merci pour votre commentaire.
    Moi aussi, ces négations sans « ne » me rendent dingues. J’espère qu’ils vont arrêter ça, mais malheureusement j’ai l’impression que c’est devenu la norme établie, car on n’y coupe plus… c’est horrible. Effectivement, je pense comme vous qu’il y a là-dessous du jeunisme débile, pour mieux « coller » aux nouvelles générations sms: c’est ce qu’on appelle le nivellement des esprits par le bas.
    Je ne reviendrai pas sur les déplorables expressions et surnoms débiles, à s’arracher les cheveux et le reste.
    Certes, cela fait regretter Lug, mais sachez que ce ne sont pas les traducteurs qui décident d’apparaître ou non au générique (longtemps, dans les petits formats, le nom des auteurs n’apparaissait même pas).
    Tout ça est bien triste…
    Oui… Du gâchis…
    Bien à vous,
    Cecil McKinley

  3. Yannick dit :

    Je viens de lire l’Intégrale 19889 (II)… On touche le fond niveau traduction. Geneviève me manque. (Oui je sais, je remonte un vieux sujet)