Hop ! n° 142 : le mystère Coelho

Le dessinateur portugais Eduardo Teixeira Coelho est l’invité vedette du numéro 142 de l’excellent magazine de Louis Cance. Né en 1919 aux Açores, décédé en 2005 à Florence, il est surtout connu en France pour sa longue collaboration à l’hebdomadaire Vaillant où il animera successivement « Ragnar le Viking », « Till Ulenspiegel », « Davy Crockett », « Wango », « Yves le loup », « Robin des bois », « Le Furet », « Ayak », « Érik le rouge »… Louis Cance évoque sa longue carrière du Portugal à l’Italie, propose une bibliographie impressionnante et un court entretien réalisé en 2001 par Gérard Thomassian.

Une page de « Ragnar le Viking » par Eduardo Teixeira Coelho dans Vaillant.

« Robin des bois » vu par Coelho.

Entretien qui laisse quand même un peu le lecteur sur sa faim, particulièrement en ce qui concerne les raisons de son très court séjour en France.

Ayant eu le privilège de consacrer un album de la collection Patrimoine des éditions Glénat à « Ragnar », j’ai eu la chance de parler longuement de Coelho (que j’avais par ailleurs rencontré à Lucca en Italie dans les années 1970) avec son scénariste et ami Jean Olliver. Il m’a confié que lorsque Coelho est venu rue Montmartre, au siège de l’hebdomadaire Vaillant, il étant traqué avec sa famille (une épouse et deux filles) par les barbouzes de Salazar et que le gouvernement français de l’époque n’était pas enclin à les protéger. Communiste, réfugié en Grande-Bretagne, il s’était tout naturellement rendu auprès des camarades communistes de l’hebdomadaire Vaillant qui lui ont permis de travailler. D’où cette étrange signature ETC, puis le pseudonyme Martin Sièvre… afin qu’il ne soit pas identifié par ceux qui le recherchaient. Les quelques mentions de son nom véritable évoquées dans Hop ! sont probablement dues à des collaborateurs gaffeurs (ou pas au courant) du journal.

« Le Furet » par Coelho alias Martin Sièvre dans Pif gadget.

L’ami Ollivier m’a raconté, avec gourmandise, comment il retrouvait plusieurs fois par an son dessinateur réfugié depuis 1958 en Italie, dans des lieux improbables afin de lui remettre en argent liquide, loin du regard de la police, le montant de ses prestations dans Vaillant. L’opération s’est poursuivie jusqu’à la chute du régime totalitaire portugais. Et je vous assure qu’au ton de ses confidences le scénariste vivait ces rencontres avec la trouille au ventre, craignant de voir surgir un barbouze… Une petite anecdote complémentaire qui j’espère vous donnera envie de mieux connaître ce créateur au trait réaliste et classique aujourd’hui oublié.

Ce numéro de Hop ! propose également la conclusion du dossier consacré à la revue française Capitaine Marvel et plus particulièrement aux divers dessinateurs de cette série américaine sans oublier les scoops, le coin du collectionneur qui recense les nombreuses nouveautés de la micro édition, les informations, la rubrique sur les fanzines… et, bien sûr, l’hélas toujours trop copieux « Remember ».

Un travail de dingue qui comblera tous ceux qui apprécient la bande dessinée sous toutes ses formes, qu’elle soit d’hier ou d’aujourd’hui…

Henri FILIPPINI

Hop ! n° 142, revue brochée, trimestrielle, 64 pages, 7,60 €

(adresse : 56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac)

Galerie

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