« Le Projet Marvels » par Epting et Brubaker

Revenons aux origines des super-héros made in Marvel avec cet album signé Brubaker et Epting qui a clôturé la célébration des 70 ans de la fameuse Maison des Idées. Un hommage passionné qui rafraîchira la mémoire des fans les plus anciens et permettra aux jeunes générations de se familiariser avec les racines du mythe…

Après avoir travaillé ensemble sur la nouvelle ère du Captain America post-Civil War, Ed Brubaker et Steve Epting se sont donc lancés en 2009 sur ce fameux « Projet Marvels » entendant rendre un vibrant hommage aux premiers super-héros créés à l’aube de la seconde guerre mondiale au sein de la future Marvel – alors nommée Timely. Dans un esprit naviguant entre « Embedded » et « Marvels », Brubaker signe ici un récit dont il a le secret, à la fois intimiste et flamboyant, sombre et prenant, évitant les effets trop prononcés. Cette œuvre de près de 200 pages pourrait sembler assez consistante, mais les 200 pages passent vite, trop vite: tout ceci est passionnant et bien rendu, mais on aurait aimé que Brubaker creuse encore plus ce qu’il installe, les ramifications dévoilées ayant un potentiel des plus riches. Et l’on se prend à rêver du même sujet traité sur le double de pages, un format que cet hommage aurait amplement mérité. Mais ne boudons pas notre plaisir, la lecture de l’ouvrage est très agréable et cette objection tient plus du péché de gourmandise qu’autre chose… Brubaker a mené son projet à bien, sachant explorer les racines du mythe sans figer les choses, leur donnant une dimension humaine appréciable notamment grâce à la présence d’un personnage tel que l’Ange, justicier masqué sans super-pouvoirs accompagnant les surhumains dans leur combat contre le mal. Brubaker rend un bel hommage à ce héros qui disparut totalement de la circulation après avoir pourtant vécu de nombreuses aventures durant l’Âge d’Or, permettant aussi de faire le lien entre super-héros et justiciers du quotidien dans un esprit polar parfois proche de « Gotham Central ». Mais le gros de l’aventure tourne entre la réalité historique de la guerre et l’avènement des surhommes.

Il y a un petit syndrome Busiek/Ross assumé dans cette œuvre, dont la plus évidente manifestation réside dans le traitement graphique de la première Torche humaine – en couleurs pures et sans cernés –, mais aussi dans le ton de proximité très avancé de l’œuvre et ses renvois à notre histoire. À bien y réfléchir, ce scénario pourrait donner lieu à une magnifique adaptation cinématographique, et l’on se prend à espérer qu’un bon réalisateur s’empare un jour du projet. Ce serait peut-être moins incongru que l’adaptation de « Thor » qui sortira bientôt sur les écrans, ne trouvez-vous pas? (Entre parenthèses, je me demande ce que ça va donner, ça, encore… Non mais vous imaginez, « Thor » en film? Il faudrait être un cinéaste poète ou kirbyen, pour s’en sortir, sinon, bonjour l’effet peplum high tech avec les marteaux qui volent, les tuniques-jupettes et les petites ailes, le regard bleu du beau gosse baraqué et la sublime Sif parce qu’elle le vaut bien… Improbable, quand tu nous tiens! Je crains vraiment le pire, mais ça peut être drôle, finalement.) Mais revenons à nos moutons. Les dessins d’Epting, rugueux et sombres sans se dépareiller d’une certaine classe, sont assez plaisants, efficaces, et les couleurs de Dave Stewart remplissent parfaitement leur rôle en donnant un petit côté vieillot à l’ensemble. Si cet album n’est pas l’immense chef-d’œuvre qu’on aurait été en droit d’attendre, il n’en reste pas moins que tout ceci est plus qu’honnêtement réalisé et qu’on passe un très bon moment. Et comme je le disais en ouverture, ce peut être une magnifique occasion pour les fans les plus jeunes d’avoir les clés de la genèse de l’univers qu’ils aiment tant, un peu plus respectueux de l’historique éditorial que les tentatives menées récemment pour remettre des héros de l’Âge d’Or sur le devant de la scène en les intégrant par quelques truchements temporels aux exploits de nos héros contemporains. Il semblerait que nous soyons donc bien dans une ère de revival assumé où l’aura des anciens reprend du poil de la bête dans une certaine fascination générale. Signe des temps, d’une nostalgie galopante, ou au contraire conséquence d’une crise d’identité assez floue? Sûrement un peu tout cela à la fois…

Cecil McKINLEY

« Le Projet Marvels : la naissance des super-héros » par Steve Epting et Ed Brubaker.
Éditions Panini Comics (16,00€)

Galerie

Les commentaires sont fermés.