Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
Lire la suite...«Comédie sentimentale pornographique»
Figure de proue du récit intimiste en bande dessinée, et même d’une certaine édition alternative, au Québec, le Montréalais Jimmy Beaulieu a longtemps été directeur de collection pour la petite maison d’édition Mécanique Générale, libraire, chroniqueur pour Radio-Canada, commissaire d’exposition, conférencier, traducteur, animateur d’ateliers, éditeur (sa propre maison, Colosse, propose des tirages confidentiels) et est aussi, depuis le début des années 2000, un auteur parcimonieux représentatif de la nouvelle BD made in « Belle Province » !
Mais il lui arrive aussi de travailler sur des séries plus « grand public » en donnant, par exemple, un coup de main pour l’adaptation, en bon québécois, des dialogues du « Magasin général » de Tripp et Loisel.
Après quelques ouvrages remarqués comme « Ma voisine en maillot » (chez Mécanique Générale, en 2006) ou le récent et également très réussi « À la faveur de la nuit » (aux Impressions nouvelles, en septembre 2010), voici un nouveau roman graphique un peu plus ambitieux qui nous démontre que Jimmy a, enfin, décidé de privilégier sa pratique d’auteur.

Dans sa langue colorée et chaleureuse, il nous raconte les interrogations existentielles et les émois amoureux de quelques jeunes trentenaires Montréalais. Développant la légèreté et la sensualité de son trait (qui fait un peu penser au graphisme d’Étienne Davodeau), ainsi que la fluidité de sa narration, l’auteur propose une suite d’anecdotes assez oniriques qui séduisent immédiatement le lecteur : mettant en scène un couple dont le mâle, en pleine crise existentielle, accepte difficilement l’amour libre et bisexuel prôné par sa compagne, une ex de cette dernière qui drague dans les bars lesbiens de Québec et un écrivain qui soigne ses chagrins d’amour en se lançant dans l’écriture pornographique…
Même si l’auteur se défend de faire de l’autobiographie, toutes ses œuvrettes fictives sentent le vécu, et celle-là ne déroge pas à la règle ! On ne peut que vous conseiller ces ballades aussi joyeuses qu’inquiètes qui vont lui permettre de dessiner des chorégraphies à base de fantasmes, de musique et de sexe…, le tout avec un propos qui n’est absolument pas prétentieux mais, bien au contraire, rempli d’amour et de fraternité : voilà qui nous réconcilie avec une certaine forme de bande dessinée alternative un peu trop franco-française !
Gilles RATIER
«Comédie sentimentale pornographique» par Jimmy Beaulieu
Éditions Delcourt (22,50 €)







