« Save me Pythie » T1 par Elsa Brants

Le manga « made in France » se porte assez bien : la plupart des auteurs optant pour un dessin qui rappele les bandes dessinées japonaise réussissent à garder un format typiquement franco-belge. A contrario, pour « Save my Pythie », Elsa Brants a adopté une publication en poche et en noir et blanc, typique des bandes dessinées venues du Japon pour sa bien amusante tragédie grecque estivale où elle pratique un humour et un style de dessin à mi-chemin entre Gotlib et Rumiko Takahashi.

Pythie est une jeune femme au fort tempérament qui occupe ses journées en tant que prêtresse au temple d’Appolon. Un beau jour, un jeune homme lui fait des avances de manière très directe. Il n’hésite pas à se mettre littéralement à nu pour la séduire. Trouvant cette attitude déplacée, la demoiselle repousse violemment ce Don Juan. La malheureuse ne sait pas encore que son geste va avoir de lourdes conséquences. On ne refuse pas impunément les faveurs d’Apollon. Eh oui, ce séducteur n’est autre que le dieu que la jeune fille est censée glorifier. Celui-ci, vexé et un peu défiguré, se venge d’une bien étrange manière : il lui donne le pouvoir de prédire l’avenir. Mais pas n’importe quel avenir, pas question d’avoir le tirage du loto ou les résultats de ses examens. Elle ne peut voir que les tragédies, et si elles les évoquent, personne ne la prendra au sérieux. C’est finalement un pouvoir bien inutile et une vraie punition. Cependant, Pythie va croiser la route d’un jeune homme prénomme Xanthe, fils de Zeus et d’une mortelle. Maudit, il est condamné à l’exil et sa vie est semée d’embûches. Zeus, sous la forme d’un poulet doté de la parole, demande à Pythie de l’accompagner pour assurer sa protection en devinant les prochaines catastrophes qui vont se déclencher sur son passage.

Ce poulet, c'est bien Zeus. « LE dieu grec ultime » représenté sous la forme d'un simple gallinacé.

Clairement rocambolesque, cette aventure revisite les mythes grecs. À part Xanthe, le soi-disant Héros, tous les autres personnages ont leur propre existence mythologique. Elsa Brandt est clairement une érudite du sujet. Ce qui lui permet de jouer avec les particularités de chaque dieu ou héros. Tourner en dérision Zeus ou Aphrodite n’est pas donné à tout le monde. Même sans connaître parfaitement l’arbre généalogique des dieux grecs, le lecteur a forcément entendu parler de ces derniers. Du coup, il n’est pas forcément obligatoire de les présenter. Si le lecteur a un peu de mal avec toute cette mythologie, il peut consulter un glossaire tout en image en fin de volume. Également traité sur le ton de l’humour, il permet de se remettre à niveau, sans prendre tout ça trop au sérieux.

L’auteure se réclame de Gotlib (« La Rubrique-à-brac ») et de Rumiko Takahashi (« Ranma ½ »). Deux références dans le monde de la BD et du manga. Les gags, l’humour décalé, les faire-valoir omniprésents sont clairement empruntés au premier. Les vielles rabougries déformées, le poulet qui parle et l’action rocambolesque sont caractéristiques de la seconde. Un savant mélange fort bien réussi et plein de fraîcheur. Elsa Brants a su marier à merveille ces deux mondes pratiquement antagonistes. Déjà dessinatrice de la série « Lily », sur un scénario de Nykko, et coloriste de nombreux albums de son mari, Guillaume Lapeyre, « Save me Pythie » est sa première création complète publiée.

Avec un humour loufoque qui transcende la mythologie grecque, ce manga à la française est une vraie bouffée d’air frais pour passer l’été. L’histoire est construite autour de son héroïne pétillante, mais gaffeuse, de son héros lourdingue et attendrissant, accompagnés d’un florilège de personnages plus étranges les uns que les autres. Les chapitres s’enchaînent au fil des mythes grecs, telle l’« Odyssée » d’Homère. Elsa Brant à toute la matière nécessaire pour continuer à nous divertir, encore et encore. Le sujet semble inépuisable et propice à de nombreux fous rires.

Gwenaël JACQUET

« Save me Pythie » T1 par Elsa Brants
Éditions Kana (7,45 €) – ISBN : 978-2505061021

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