« Le Chef de Nobunaga » T1 & 2 par Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa

Le voyage dans le temps est un thème régulièrement employé en mangas. Une personne de notre époque revient généralement aux alentours de l’époque Edo afin d’utiliser son savoir-faire contemporain et enrichir le passé. Cette histoire se situe juste avant, à la période Sengoku (XVIe siècle de notre ère). Le Japon n’est pas encore unifié et le terrible Nobunaga va jouer un rôle capital pour la politique du pays. Sa rencontre avec un cuisinier venant du futur va changer le cours de l’histoire.

L’histoire débute alors que deux hommes en costume de cuisiniers, semblant sortir d’un grand hôtel contemporain, sont poursuivis par des soldats du moyen-âge japonais. L’un y perdra la vie alors que l’autre, plus jeune, réussira à se sauver en plongeant dans l’eau graliable d’une rivière. Recueilli par un jeune forgeron, il se rend compte qu’il a malheureusement perdu la mémoire. Les seuls souvenirs qui lui reviennent en tête sont liés à la cuisine. Ayant instinctivement attrapé une anguille lors de son bain forcé, il se met à la cuisiner. Il réussit à rendre ce met succulent en le travaillant selon une recette contemporaine, et donc novatrice pour l’époque. Ce don pour les techniques culinaires finit par s’ébruiter et Oda Nobunaga, seigneur de la région, décide de l’employer comme chef cuisinier en remplacement de sa propre équipe.

Bien que la trame de départ soit basée sur le voyage dans le temps de cet homme ordinaire, ce fait est rapidement occulté. Aucune explication n’est donnée. En effet, quoi de plus naturel que de se retrouver 500 ans en arrière. Ce préambule farfelu passé, l’histoire se concentre sur la cuisine et son évolution à travers les âges. Un peu comme comme le Lucius de « Thermae Romae » qui amène les bienfaits des bains modernes dans la Rome antique, Ken amène le savoir-faire de notre époque en matière de raffinement gastronomique à ces peuplades barbares qui sont ses ancêtres. En plus de parfaitement connaître de nombreuses techniques de cuisine, il a, semble-t-il, un attrait tout particulier pour l’histoire. Il peut même anticiper ce qu’il va se passer, puisque l’unification du Japon par Nobunaga est une période extrêmement importante pour ce pays.

Il est amusant de voir comment la cuisine peut avoir un rôle aussi primordial dans le moral des troupes et la diplomatie. Nobunaga, dans cette histoire, semble avoir compris que les hommes se manipulent également par le ventre. Il arrive ainsi à découvrir les intentions sincères de missionnaires portugais venus évangéliser le Japon. Il fera succomber le shogun grâce à ses mets délicats et, surtout, travaillés de manière novatrice avec le peu d’ingrédients disponibles à l’époque. Chaque combat, culinaire, auquel Ken participe est un moyen de mettre en avant une technique ou des ingrédients banals, transcendés par son savoir-faire.

En plus d’être un bon divertissement, ce manga regorge de faits historiques et de conseils culinaires. Chaque plat est détaillé dans ses ingrédients, sa technique, ses termes et surtout son évolution à travers le temps. On est cependant loin d’un livre de recettes, le propos n’est absolument pas de reproduire la cuisine de ce jeune chef. Très riche en informations, la traduction française apporte en plus de nombreux hors-textes permettant d’en savoir beaucoup plus sur les spécificités de la cuisine japonaise et sa culture culinaire atypique, pour nous occidentaux.

En plus de s’inspirer de faits historiques, Takurô Kajikawa a également apporté un soin tout particulier aux représentations de cette époque. Les protagonistes, souvent des figures historiques, sont fidèlement dessinées. Son dessin réaliste donne vie à ces héros du passé dont nous ne connaissons les traits que par le biais de gravures d’époque. Il en est de même pour les bâtiments, la campagne ou les vêtements. L’importante recherche historique des auteurs est à souligner.

Si on fait abstraction du côté surréaliste du déplacement temporel, ce manga se révèle être une histoire extrêmement prenante et riche. La construction dramatique du scénario sait tenir le lecteur en haleine avec, pourtant, un postulat de base assez commun : la préparation culinaire. Une œuvre à conseiller à tout amateur de culture japonaise, d’histoire et, bien évidemment, de cuisine.

Gwenaël JACQUET

« Le Chef de Nobunaga » T1 & 2 par Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa
Éditions Komikku (8,50 €) – ISBN : 1091610452

© 2011 Mitsuru Nishimura / Takuro Kajikawa / Houbunsha

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