INTERVIEW DE PATRICK SOBRAL (1ère partie)

Alors que le treizième tome de la série « Les Légendaires » vient de sortir aux éditions Delcourt, la série vient de fêter, début novembre, le million d’albums vendus sur les douze premiers volumes. C’est l’occasion de rencontrer Patrick Sobral, directement à son domicile, à Limoges, et retracer, avec lui, sa brillante carrière.

Gwenaël Jacquet : Bonjour Patrick. Merci de te présenter à nos lecteurs.

Patrick Sobral : Je suis Patrick Sobral auteur, entre autres, de la bande dessinée «  Les Légendaires « , publiée chez Delcourt depuis 2004. Je suis en train de travailler sur le quatorzième tome. Voilà pour le principal !

G. J. : Avant de dessiner  » Les Légendaires « , as-tu publié d’autres bandes dessinées ?

P. S. : Professionnellement, j’ai fait très peu de choses avant «  Les Légendaires « . Ma toute première réalisation publiée date de 2000, avec une nouvelle de trente-deux pages en noir et blanc, sur le thème imposé des anges. C’était dans le cadre d’un concours visant à éditer de jeunes auteurs, proposé par les éditions Tonkam. J’ai fait partie des onze retenus avec une bande dessinée qui s’appelait  » Dynaméis « , et qui se trouve donc dans le collectif «  Les Anges  » chez Tonkam. Ce fut ma première expérience vraiment professionnelle, dans le cadre d’une  » vraie  » maison d’édition.

Avant, j’avais pourtant réalisé des tas et des tas de bandes dessinées, depuis l’âge de cinq ans. J’ai commencé par des personnages en bâtonnets, un peu comme dans le générique de la série «  Le Saint « . Très rapidement, j’ai réalisé ce que l’on appelle des fan-fictions. Durant mon enfance, c’était surtout axé sur les super-héros : «  Spider-Man « , «  Superman « , etc. J’inventais des histoires à partir de mes genres favoris.


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

Puis est venu l’âge d’or des animés japonais au travers des émissions du style du  » Club Dorothée « . C’est là que j’ai vraiment pris goût au dessin typé manga et que j’ai commencé à dessiner des aventures de  » DragonBall « , puis principalement de «  Saint Seiya  » ( » Les Chevaliers du Zodiaque « ). C’est réellement ma série culte dans le sens ou c’est elle qui est à l’origine de 90% de mon trait d’aujourd’hui. Le dessin de Shingo Araki, le character designer de la série animée de  » Saint Seiya « , est vraiment mon maître étalon. À tel point que, pendant de nombreuses années, je n’ai plus dessiné que du «  Saint Seiya « . J’ai d’ailleurs fait une fan-fiction d’une centaine de pages sur cette série. Il m’a fallu deux bonnes années pour ça. En fait, mon premier vrai manga est peut-être cette bande dessinée fan-fiction qui avait été publiée, à l’époque, dans le cadre d’une convention.


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

G. J. : Pendant la réalisation de cette fan-fiction, tu avais un autre travail ?

P. S. : Lorsque j’ai réalisé cette fameuse histoire de  » Saint Seiya « , j’effectuais mon service militaire. C’était une époque à cheval avec celle de mon futur travail.
À l’école, je n’étais pas un élève très assidu : j’avais d’assez mauvaises notes dans à peu près toutes les matières, sauf en dessin, bizarrement… Du coup, mes parents m’ont orienté vers un lycée d’apprentissage professionnel où j’ai appris le métier de décorateur sur porcelaine. C’était très en rapport avec le dessin ! Cela a été mon tout premier boulot et je l’ai exercé pendant douze ans, de mes dix-sept ans jusqu’à la fin de 2002.


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

La bande dessinée, que je continuais à côté, a toujours été une passion, plus qu’une vocation. Je dessinais en rentrant des cours. Je faisais de la BD le soir pendant mon service militaire, je faisais de la BD le soir en rentrant du boulot. La BD a toujours été mon premier passe-temps, une vraie passion.

Jamais je ne m’étais dit que cela deviendrait mon métier. L’envie m’est venue vraiment tardivement. C’est la raison qui m’a poussé à plaquer mon job de décorateur sur porcelaine, courant 2002, pour me lancer, à  » corps et à cris « , et sans aucune préparation, dans le milieu de la bande dessinée professionnelle. C’est là que j’ai commencé à contacter et démarcher les éditeurs !


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

G. J. : À ce moment-là, tu avais déjà fait le concours de Tonkam ?

P. S. : Le concours de Tonkam s’était déroulé en l’an 2000. Mais cela ne m’a pas forcément fait tilt ! Je veux dire par là que je n’ai pas pris cela comme un premier pas vers le métier d’auteur de bande dessinée : juste une expérience intéressante. C’était, notamment, la première fois que des gens extérieurs à ma famille et à mes amis jugeaient mon travail et affirmaient qu’il était  » publiable « . Cela me donnait une certaine reconnaissance. Je voyais un peu plus ce que je valais en terme de dessin. Mais je n’ai vraiment pris la décision de tenter l’aventure qu’environ deux ans plus tard.


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

Je ne saurais plus tellement dire quelle a été la partie du concours qui m’a le plus motivé pour que j’y participe ! J’avais déjà fait quelques concours dans le cadre scolaire. J’ai participé aussi, pendant de nombreuses années, à celui du festival d’Angoulême. Du coup, tout cela ne m’était pas inconnu. Par contre, je ne sais même plus comment j’ai eu connaissance de ce qu’organisaient les éditions Tonkam. J’avais déjà fini la fameuse fan-fiction de  » Saint Seiya  » et je n’avais pas réellement de nouveaux projets. C’est tombé à pic ! En plus, cela m’obligeait à réaliser une BD de seize ou trente-deux pages : ce qui n’était pas, non plus, une lourde implication. Donc, je me suis dit,  » pourquoi ne pas y participer ? « . Le thème des anges ne m’a pas tous de suite parlé, mais j’étais encore dans ma période  » Saint Seiya  » et j’ai pensé intégrer ce type de graphisme et d’histoire dans le milieu des anges. Le reste est très vite venu tout seul.


 » Abraxas  » © Patrick Sobral 2000

G. J. : C’est donc en 2002 que tu plaques définitivement ton boulot de dessinateur sur porcelaine pour te lancer dans la BD ?

P. S. : Oui, c’est ça. Cette année a vraiment été une année charnière. Je me remettais beaucoup en question par rapport à mon avenir. Les conditions de travail dans ma boîte, à cette époque, n’étaient pas mirobolantes. Je déprimais un peu et j’avais envie de vivre des choses nouvelles. Lorsque notre patron nous a appris qu’il y allait y avoir des licenciements dans l’atelier ou je travaillais, je me suis dit que c’était peut être cela le  » coup de pied au cul  » dont j’avais besoin pour tenter l’aventure et me faire publier. Cela me trottait dans la tête depuis quelques mois, mais je n’avais pas de réel projet. J’ai donc demandé à être licencié. Cela m’a permis, durant les mois ou j’ai touché l’allocation chômage, de démarcher auprès des éditeurs et d’aller à leur rencontre, avec mon dossier, lors du festival d’Angoulême : en essayant de frapper aux bonnes portes.


 » Démons  » © Patrick Sobral 2003

C’était quitte ou double ! Mais à l’époque, j’ai vraiment été naïf. Je ne le referais peut-être pas maintenant. Plein de gens autour de moi disaient que  » j’étais en train de faire une grosse connerie  » parce que je plaquais un boulot ou j’avais encore ma place, malgré les risques de licenciement, pour un métier que les gens voyaient d’un œil un peu curieux. Je me suis lancé dans cette aventure complètement naïvement. Sans rien connaître du milieu de la bande dessinée. J’ai commencé à démarcher en proposant à une bande dessinée d’horreur que j’étais en train de faire :  » Démons « .


 » Démons  » © Patrick Sobral 2003

 » Démons  » © Patrick Sobral 2003

Ceci dit, j’étais assez confiant dans mes possibilités. Après les réponses négatives des éditeurs, j’ai commencé a me poser quelques questions ; mais il était trop tard pour faire marche arrière. Donc, c’était le tout pour le tout, il fallait que je propose projet sur projet. En espérant que l’un d’eux trouve acquéreur…

G. J. : Comment es-tu arrivé à proposer  » Les Légendaires  » à un éditeur ?

P. S. :  » Les Légendaires « , en tant que projet, est un peu arrivé par dépit. Comme je le disais, le premier projet que j’ai proposé aux maisons d’édition était une BD d’horreur qui s’appelait «  Démons  » et que j’envisageais, d’abord, sous la forme d’une publication manga. C’était une histoire en noir et blanc que j’avais travaillée pour une édition en format de poche, comme pour les mangas. Et en montrant ce projet à différents éditeurs, lors du festival d’Angoulême de 2003, nombreux sont ceux qui m’ont dit que mon dessin n’était pas mal, mais que le genre que j’avais choisi était vraiment trop destiné à un public restreint, amateur de ce genre de récits d’horreur. J’ai donc décidé d’élargir un peu plus le public potentiel en réalisant une deuxième version de cette bande dessinée, mais cette fois-ci pour une publication franco-belge. Je l’ai donc travaillé en couleur avec une mise en page différente ; mais la réponse a de nouveau été la même. Les éditeurs reconnaissaient mon  » coup de patte  » mais ne trouvaient pas le sujet vendeur.


 » Démons  » © Patrick Sobral 2003

Au bout de deux refus concernant «  Démons « , BD qui me tenait beaucoup à cœur à l’époque, je me suis dit : «  bon, ça fait neuf mois que tu démarches. Il faudrait peut-être voir à te remettre en question et à proposer autre chose que de la BD d’horreur. Si personne ne veut de mes BD d’adulte, tentons le secteur jeunesse « , tout simplement et sans rien connaitre de ce secteur par ailleurs. Je n’avais jamais fait de BD humoristique, je n’avais jamais dessiné des personnages vraiment mignons… : c’était tout à fait un nouveau chalenge pour moi.

La première idée qui m’est passée par la tête, c’était une BD d’heroic-fantasy à mi-chemin entre «  DragonBall « , «  Saint Seiya  » et «  Les Chroniques de Lodoss « . Du coup, j’ai inventé cette histoire de groupe de super héros adultes qui redeviennent enfants par magie et qui essaient de trouver un moyen d’inverser le processus. Je ne croyais vraiment pas en ce projet. J’ai dessiné les premières idées qui me passaient par la tête. Sans aucune préparation, sans aucun travail de recherche ou de design préliminaire. J’ai envoyé ça aux maisons d’éditions, juste en me disant :  » en attendant de trouver mieux, je vais leur proposer ça « .


 » Démons  » © Patrick Sobral 2003

En fin de compte, j’ai eu la grande surprise de voir que moins de vingt heures après l’envoi de mes dossiers, j’avais un email des éditions Delcourt. Ces dernières me disaient de ne pas dire oui aux autres éditeurs avant de les recontacter. Je ne comprenais pas trop le sens de cet email. En général, les reçus, je les recevais par courrier. Donc, là, non seulement je recevais une réponse par mail, mais surtout je n’arrivais pas à saisir le côté positif ou négatif de ce message ; parce qu’il ne me disait pas qu’ils voulaient ma BD : ils me disaient juste de ne pas dire oui aux autres.

Donc, pendant deux jours, j’ai attendu fiévreusement devant mon téléphone qu’ils me recontactent. Ils m’ont rappelé pour fixer un rendez-vous à Paris auquel je suis allé la semaine d’après. Le but était de discuter de la série et, en fin de compte, mon contrat m’attendait déjà…

(à suivre)


Croquis préparatoire pour  » Démons  » © Patrick Sobral 2003

Gwenaël JACQUET

Interview réalisée le 10 novembre 2010 à Limoges.

La suite dans la seconde partie.

Galerie

25 réponses à INTERVIEW DE PATRICK SOBRAL (1ère partie)

  1. bob dit :

    SOBRAL c’est plus fort que tout ! Trop fort ses légendaires

  2. MO0N (sur le forum oficieml des légendaires) dit :

    Un graphisme épatant, des dialogue bien trouvé, un stylisme exeptionnelle, des images et une histoire qui fond rêver… Patrick Sobral !!!

    Vous ètes le plus grand écrivain déssinateur de BD que ej connais ! ViVE VOUS !!!!!!

  3. Anonyme dit :

    vive lui
    est ce que je peux acheter « démons »?

  4. Bakura Ryo dit :

    Magnifique bande dessinée, je suis a fond dessus. je vous di un GRAND BRAVO. Moi, je suis aussi une fan de Saint Seiya, depuis que je connais je passe mais journée dessus ( Bravo pour la bande dessinée,très réussi ). JE vous adore et j’aimerais que ls légendaires continu encore longtemps. VIVE LES LEGENDAIRES

  5. Man Ray dit :

    Personnellement, j’ai découvert la série Les légendaires quand quelqu’un a offert le 1er tome à un de mes neveux et, depuis, j’achète tous les doubles albums parus chez France Loisirs. Maintenant, j’attends le prochain double album 11 et 12 qui devrait sortir bientôt.
    J’ai lu aussi : La belle et la bête , une nouvelle version du film de Cocteau, paru chez Delcourt en 2008 et, on y retrouve le même dessin, unique en son genre.

    Pour cette série et ce one shot, on voit beaucoup les influences des animés qui passaient au club Dorothée…

    Merci Patrick Sobral pour cette série jeunesse qui est aussi lue par des adultes.

  6. Poaro dit :

    J’adoooooooooore les légendaires, c’est ma bd de chevet. J’espère qu’il continura encore longtemps a faire rèver ses fans tels que moi !!!!!!!!

  7. Anonyme dit :

    J’admire beaucoup Patrick SOBRAL & les légendaires !!! ;D
    Je vous souhaite une excellente continuation !!!
    Je n’est qu’un mot a vous dire : BRAVO !!! ;D

  8. rorona zorro du 69 dit :

    j’adore vraiment les légendaires. et tout vos dessin alors pourriez-vous publier démon sur votre site s’il vous plait.

    A part ça vive les légendaires.

  9. Anonyme dit :

    Moi aussi j’adore Les Légendaires !!! L’histoire, les personnages … Et moi aussi j’espère que Patrick Sobral continuera pendant longtemps encore à nous faire voyager et rêver au coeur de ses BDs. ^_^

  10. Anonyme dit :

    Vive les légendaires !!!!!! Vive Partick Sobral !!!! c’est BD est vraiment trop géniale !!!!!!

  11. Strawberry du 37 dit :

    Grand respect à vous, natsumikan-sensei m(_ _)m en savoir plus sur vous et votre oeuvre ne peut qu’augmenter la fervente admiration , déjà énorme, de vos nombreux fans ^^
    C’était strawberry du 37 ! J’aime la choucroute au chocolat ! ><

  12. lilionne 64 dit :

    YEAH!!!Vive Alésia et ses Légendaires!Vivement le tome 14 avec,
    je l’espère, le retour de Danaël!!!
    Continuez, Légendaire Patrick Sobral, votre série est vraiment
    génial!!!

    • Anonyme dit :

      La fan-fiction « abraxas » que Patrick Sobral à créer sur saint seiya à l’air très intéressante.
      Quelqu’un saurait-il où je peux la trouver?
      Merci d’avance.

  13. Paul-Alexandre dit :

    Bonjour, je m’appelle Paul-Alexandre, j’ai toutes vos BDS les légendaires. Je suis votre plus grand fan* Je voulais savoir quansd sortira le tome 15?

  14. pierre sefsaf dit :

    bonjour je m’appelle pierre-tung sefsaf j’ai tout les legendaire y compris les legendaire origine je trouve parfaitement que ses des histoires belle et d’aventure et aussi beaucoup d’humours, au debut quand j’avais encore mes 14 ans et defois quand je passait dans la bibliotheque de mon college, je croyais que cette bande dessinee sera nul alors au bout de quelque jour je me suis laisser tenter et beaucoup aimer mon premier tome etait le numero9
    et pedant une annee j’ai lu du tome 1 jusqu’au tome 13. ha oui j’ai oublier de dire quelque chose :
    dès que le tome 17 est sortie je l’ai deja finit dès que je suis rentrer a la maison et j’atend avec passience le tome 18.
    JE SUIS TRES SASTISFAIT DE LIRE VOS LEGENDAIRES SE SONT DES HISTOIRES D’AVENTURE ET D’HUMOUR TOUTE MES FELICITATION JE VOUS ENCOURAGE TRES FORT

  15. pierre sefsaf dit :

    Si j’ai envoyer un comentaire et que vous croyer que je raconte n’importe quoi ses juste parce que j’arrivais pas a trouver un site ou une adress soit pour envoyer une letre ou un message ou comentaire (desoler pour le retard)
    19.9.7.14.5.18 = 16.9.5.18.18.5 – 20.21.14.7………19.5.6.19.1.6
    ——signer—– = —–pierre—– – —tung—–………. —sefsaf—–

    (pour moi j’adore tenebris car elle un caractere bien particulier)

  16. Laforet sIMONE dit :

    coucou Patrick une ancienne collègue des porcelaines A.
    Plus de nouvelles d’un bout de temps ,c’est maintenant mon petit fils
    qui lit des bandes dessinées.
    J’essaierai de venir avec lui au salon pour une dèdicasseil est allé à Panazol
    sans succés il était très déçu.
    Amicalement
    Simone

  17. Ariane dit :

    Quand j’ai découvert les légendaires j’etais encore au primaire et déjà on s’arrachait les copies pour pouvoir savoir la suite de l’histoire. Aujourd’hui je continue de croiser dans la rue des enfants avec des bandes-dessinée les légendaire et de lire les nouveaux tomes qui sortent. Vous inspirez des générations continuez!!(^ω^)

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