« XIII T1 : Le Jour du soleil noir » par William Vance et Jean Van Hamme

Il y a 30 ans, précisément le 07 juin 1984, apparaissait dans les pages de l’hebdo Spirou une nouvelle saga de bande dessinée aujourd’hui devenue culte : « XIII ». C’est peu dire que Jean Van Hamme et William Vance auront tiré le bon numéro avec ce thriller se déroulant aux États-Unis (ou du moins, un pays y ressemblant), mettant en scène un mystérieux amnésique pourchassé et en quête de son identité. Parue à l’époque de manière relativement discrète (13 000 exemplaires écoulés au final pour le 1er tome), la série « XIII » s’est depuis vendue à plus de 14 millions d’exemplaires : elle est riche de 23 titres (avec « La Flèche Wampanoag » d’Yves Sente et Youri Jigounov, album prévu en novembre prochain), auxquels s’adjoignent les 7 volumes déjà parus dans la série dérivée « XIII Mystery » et deux séries télévisées franco-canadiennes produites en 2008 et 2011. Dans le premier volume de la saga, « Le Jour du soleil noir », les lecteurs peuvent découvrir un héros inconnu, plongé dans un suspense infernal et une succession d’énigmes : et c’est à la planche 15 que seront délivrés les différents ingrédients qui débutent véritablement le long voyage initiatique et aventureux du personnage…

Visuel pour le 1er volume de l'intégrale (Dargaud 2014)

Couverture de XIII Mystery, tome 7 (par Joël Callède et Sylvain Vallée ; Dargaud 2014)

Introduisons cette analyse en reprécisant que 2014, marquant l’anniversaire de la série pour son éditeur Dargaud, est l’occasion de promouvoir « XIII » tout au long de l’année : ainsi de la publication de cinq tomes d’une « Intégrale XIII » à tirage limité depuis mars, de « XIII Mystery » T.7 consacré à Betty Barnowksy en juin (album par Joël Callède et Sylvain Vallée), puis de « XIII T23 » ainsi que d’un documentaire inédit de 52 minutes en novembre.

Dans les quelques pages initiant le « Jour du soleil noir », les lecteurs avaient pu assister au sauvetage miraculeux d’un homme rejeté par la mer, recueilli par un paisible couple de retraités (Abe et Sally Smith) et soigné par Martha Shoebridge, une ancienne gynécologue aux penchants alcoolisés. Baptisé du prénom d’Alan (prénom ayant appartenu au fils disparu à la guerre d’Abe et Sally), notre héros amnésique ne manque alors pas de s’interroger sur son tatouage (XIII), sa blessure par balle à la tempe (à l’origine de sa mèche blanche) et un physique de vétéran, qui lui permettra de mettre en déroute deux tueurs surgis de nulle part… Comme on le sait, ce scénario fut inspiré à Van Hamme notamment par le roman « La Mémoire dans la peau » (Robert Ludlum, éd. Robert Laffont, 1980), adapté au cinéma en 2002 par Doug Liman. On pourra aussi citer comme références de ce premier album l’assassinat de Kennedy à Dallas en novembre 1963 et la machination décrite dans le film « I comme Icare » (Henri Verneuil, 1979) dont les situations (dont l’emploi d’une contrée fictive apparentée aux USA) et personnages sont très similaires. Van Hamme et Vance s’étaient rencontrés dès 1978, le second (avec « Bruno Brazil » « Bob Morane » ou « Bruce J. Hawker ») étant alors plus connu que le premier, cependant déjà initiateur de « Thorgal » (avec Rosinski en 1979) et d’ « Histoire sans héros » (avec Dany en 1977). Il s’agissait à l’époque d’une volonté de transfert par Greg de l’écriture de « Bruno Brazil » ; mais cette offre ne déboucha sur aucune réalité avant 1981, date où le duo Van Hamme/Vance se constitua concrètement pour initier le futur « XIII ».

Une ambiance réflexive... Ex-libris par William Vance pour Espace BD.

Planche 15

La planche 15 s’ouvre sur une splendide case aérienne en plongée dans un cadre automnal : non loin de l’océan (Vance s’inspire alors des paysages côtiers de Santander et de sa Playa del Camello), surplombée par le vol de deux mouettes, la maison d’Abe et Sally (tués dans leur sommeil aux planches précédentes) est le lieu d’une ultime discussion entre Martha et Alan/XIII. Le jeu de l’intrigue est dès lors lancé dans un filage romanesque qui évoque tour à tour les thèmes du voyage (case 1), du récit policier (case 2), des indices potentiels (objets matériels dignes du MacGuffin cher à Hitchcock ; case 3), de la peur (case 4) et de l’hommage religieux aux victimes (case 5). Se trouvent ainsi réunis en une seule planche assez émouvante les adieux du héros, contraint malgré lui – et selon le schéma narratif traditionnel issu d’Homère – de suivre son destin en dehors des sentiers battus pour mener une quête existentielle. Au lieu de vie paisible initial (case 1) succèdera donc l’idée d’une course contre le temps (horloge de la case 2), marquée par la mort (armes et mention des tueurs dans la case 3), l’inconnu (le héros s’inquiète de sa propre personnalité ; case 4) et l’absence (départ dans la case 5). Tout, dans « XIII », étant histoires d’échos, de dédoublements ou de faux-semblants, l’on retournera vers la fin de l’album dans ces mêmes décors inchangés comme pour mieux s’en affranchir. Ainsi de la planche 42 où, sous une pluie battante, XIII retrouve la maison dans une vue plongeante quasi identique, un salon inchangé et Martha… mais aussi les tueurs et – pour la première fois – leur sinistre chef, surnommé la Mangouste !

Encrage original de Vance (planche 15) et planche 42 de l'album

Dans le même ordre d’idée et de récurrence, on ne s’étonnera pas du choix graphique adopté par le néozélandais Colin Wilson et le scénariste Frank Giroud pour orner les pages de gardes de leur propre prochain one shot consacré à Martha (titre à paraître probablement en 2015 en tant que « XIII Mystery » T8)…

Dessin de Colin Wilson

En se présentant d’office comme un mixte habile entre jeu de rôle, un récit policier, un film américain et un roman d’aventure, la bande dessinée « XIII » ne pouvait que captiver rapidement son lectorat. Immergé dans un univers trouble où les repères sont identifiables mais faussés, le lecteur – comme le héros – est contraint d’avancer dans le labyrinthe de ses souvenirs et de vérifier sans cesse leurs réalités. Allers et retours (« Là où va l’Indien… », tome 2 en 1985), causes et conséquences tragiques (« Toutes les larmes de l’enfer », tome 3 en 1986) ou encore jeu cruel entre histoire passée (« Trois Montres d’argent », tome 11 en 1995) et présente (« Le Jugement », tome 12 en 1997) amèneront peu à peu les bédéphiles vers un dénouement… nécessairement nostalgique et incertain (« Le Dernier Round », tome 19 paru en 2007, où le héros revient encore dans la maison d’autrefois…). À l’ombre d’un obsédant soleil noir, saurons-nous réellement un jour qui est vraiment XIII ?

Édition spéciale du tome 1 par Dargaud en 2008 - Tirage limité à 15 000 exemplaires. Le premier plat de couverture représente la couverture originale de l'édition américaine

Parfum d'antan... Extrait de XIII t.19, "Le Dernier round" par Van Hamme et Vance (planche 44, cases 7 et 8 ; Dargaud, 2007))

Philippe TOMBLAINE

« XIII T1 : Le Jour du soleil noir » par William Vance et Jean Van Hamme
Éditions Dargaud – 1ère édition en septembre 1984 (11,99 €) – ISBN : 2-87129-000-8

« Intégrale XIII T1 » – Dargaud 2014 (34, 90 €) – ISBN : 978-2505019824

En complément : relire l’analyse de couverture de « XIII Mystery T.5 : Steve Rowland » par Fabien Nury et Richard Guérineau :
http://bdzoom.com/54354/lart-de/%C2%AB-xiii-mystery-t5-%C2%BB-%C2%AB-steve-rowland-%C2%BB-par-richard-guerineau-et-fabien-nury/

Galerie

Une réponse à « XIII T1 : Le Jour du soleil noir » par William Vance et Jean Van Hamme

  1. Francois Pincemi dit :

    Il est de bon ton chez les mauvais coucheurs, aigris de nature et jaloux d’hiver et d’été de dénigrer cette excellente série d’aventures et d’action qui suscite l’enthousiasme d’un public nombreux, mais il fat reconnaitre qu’elle garantie une lecture palpitante à chaque fois. Et les XIII Mystery sont incontournables presque à chaque fois. Voila un univers méticuleusement élaboré et qui continue à s’épanouir sous l’ oeil bienvaillant de son créateur, Monsieur Jean Van Hamme

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