« Evil Eater » T1 par Issei Eifuku et Kojino

Dans un futur improbable, la peine de mort a été rétablie. Mais c’est pour une « bonne » cause. Pour chaque assassin pendu, sa première victime est automatiquement ressuscitée. Pour accomplir ce miracle, l’état fait appel à des agents très spéciaux, les sorciéristes. Ce manga, situé entre magie, science-fiction et étude du comportement humain, démarre très fort. Amateur de séries noires et haletantes, vous avez de quoi vous régaler.

La magie est au centre de cette série. Grâce à elle, les sorciéristes peuvent ressusciter les premières victimes des meurtriers condamnés à mort. Kento Nagumo est un de ceux-ci. Il fait équipe avec une nouvelle recrue fraîchement sortie de l’école : Yôko Amagi. Comme elle est débutante, de nombreuses questions/réponses vont être échangées entre les deux agents. Une manière, pour le lecteur, de se familiariser très rapidement et efficacement sur les tenants et aboutissants de ce travail hors normes.

Mais ramener à la vie des humains peut parfois poser quelques problèmes. La plupart des revenants ont des défauts qu’il faut corriger avant de pouvoir leur rendre leur liberté. Il faut notamment leur enlever le traumatisme lié à leur mort violente. Ce bug psychologique intensifie leurs sentiments négatifs et peut faire basculer la victime dans une folie meurtrière, ce qu’il vaut mieux éviter. Il arrive aussi que le ressuscité ne soit pas celui attendu. Si l’assassin a commis d’autres homicides, avant ceux pour lesquels il a été jugé, ce sera cette première victime qui reviendra d’entre les morts. Même si ces actes criminels ne sont pas connus ! C’est ce qui se passe lors de la première mission : le tueur de jeunes filles de Tokyo, Yôichi Katô, avait préalablement trucidé son père, ce que tout le monde ignorait. C’est donc lui qui, contre toute attente, revient à la vie. Alors que tout le monde pensait revoir une frêle jeune fille innocente.

Chaque chapitre est basé sur un schéma à peu près identique. En premier, la résurrection de la victime, puis le traitement de celle-ci. Période où l’on découvre les traumatismes profonds qu’elle a subis. La jalousie, la haine, la vengeance sont des sentiments qui peuvent être ancrés dans leur subconscient et qu’il faut effacer. Grâce à l’intervention des deux agents, on découvre le passé de ces humains qu’il faut avant tout réinsérer socialement. Cette partie est la plus intéressante, car finalement le travail de ces deux héros est assez banal. Mais attention, cela ne sera pas toujours le cas vu la tournure que l’histoire prend sur la fin du premier volume.

Le plus gros reproche que l’on peut faire à « Evil Eater », c’est son côté répétitif. Surtout dans les explications concernant les conditions de résurrection qui sont ressassées à chaque début de chapitre. Ce rappel est quasiment obligatoire, sous peine de perdre le lecteur qui n’aurait pas lu les précédents chapitres lors de la prépublication dans le magazine Sunday Gx. En volume relié, c’est tout de suite un peu barbant. Néanmoins, Issei Eifuku sait captiver son lectorat après cette inéluctable introduction. À noter que ce scénariste n’est pas un inconnu en France, puisqu’il a déjà scénarisé « Le Samouraï Bambou ». Ce manga dessiné par Taiyou Matsumoto, dont il a lui-même été l’assistant, est à cent mille lieux de ce qu’il produit ici. C’est un vrai auteur polyvalent et assez mystérieux. Il est officiellement moine bouddhiste diplômé de l’Institut Bouddhique des Beaux Arts de Tokyo. En 1991, sa première œuvre « Colored Blue » a été récompensée par le prix Tetsuya Chiba (1). Quant au dessinateur coréen, Kojino, il reste dans son domaine de prédilection, le fantastique, puisque nous avons déjà pu l’apercevoir dans « Jack Frost », série dont seulement deux volumes sont parus chez l’éditeur Kami en 2009.

En intégrant la magie et la sorcellerie dans un monde futuriste, « Evil Eater » renouvelle ce genre habituellement utilisé dans les récits de fantasy. Son format court, trois volumes seulement, et son action trépidante sont ses atouts principaux. Le graphisme sait habilement mêler le côté réaliste et adulte du héros avec l’attitude enfantine de l’héroïne. Ce mélange des genres, que ce soit scénaristique ou graphique, fait que ce manga à tout pour toucher un très large public.

Gwenaël JACQUET

« Evil Eater » T1 par Issei Eifuku et Kojino
Éditions Ki-oon (7,65 €) – ISBN : 978-2-35592-671-6

(1) Tetsuya Chiba est le créateur du célébre manga « Ashita No Joe ». Ce prix récompense une première oeuvre sélectionnée par l’éditeur Kodansha. En 2014, le 70e prix est déjà lancé et les résultats seront proclamés ce mois-ci dans le magazine Young. Pour concourir il faut présenter une histoire de 10 à 50 pages sur du papier Kent au format 27 x 18 cm, avoir entre 15 et 25 ans, et n’avoir jamais publié de mangas professionnellement.

EVIL EATER © 2012 Issei EIFUKU, KOJINO / SHOGAKUKAN.

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