« Amazigh, itinéraires d’hommes libres » par Cédric Liano et Mohamed Arejdal

La très pédagogique exposition « Un siècle d’immigration dans la bande dessinée, 1913-2013 » à la Cité internationale de l’immigration a mis en valeur, jusqu’au mois d’avril dernier, des œuvres présentant différents aspects des mouvements migratoires. Parmi les plus récentes, « Amazigh », le récit autobiographique d’une émigration clandestine avortée et de la naissance concomitante d’une vocation d’artiste.

En 2002, Mohamed Arejdal est un Marocain de 18 ans, déscolarisé, en mal d’avenir à Guelmim, une petite ville du sud du pays. Il vole de l’argent à son père pour payer les passeurs qui doivent l’amener, lui et son ami Boufouss, en Europe. Et en partant de Guelmim les rives européennes les plus proches sont celles de l’archipel espagnol des Canaries. Cette expérience tourne mal. Après une périlleuse traversée, dans une barque instable et surpeuplée sur l’océan Atlantique, les deux adolescents marocains sont pourchassés par la police, jetés en prison puis renvoyés des Canaries au Maroc.

Dans le Nord du pays, les deux amis sont jugés sommairement, puis laissés dans la rue. Par hasard, Mohamed passe devant une école d’art. Il prend conscience qu’il peut poursuivre dans son pays, les études qui l’intéressent. Il revient dans sa famille jusque-là folle d’inquiétude. Il reprend sa scolarité et intégrera l’école aperçue lors de son périple initiatique. Il est aujourd’hui un artiste reconnu internationalement. À Tétouan, il rencontre Cédric Liano qui y enseigne la bande dessinée. Le bédéaste français enregistre son expérience puis la transcrit dans ce roman graphique concis et émouvant.

Dans un noir au blanc aux nombreux dégradés de gris, le style jeté, mais fin de Liano, sait se faire précis pour les décors au Maroc ou aux Canaries. La BD se concentre sur les quelques mois de la vie de Mohamed Arejdal pendant lesquels il a songé, puis essayé d’immigrer. Il se lie alors avec des clandestins qui l’impressionnent par leur fierté et leur sens moral. Le titre de l’album leur rend hommage, amazigh signifie « homme libre » en langue berbère.

Loin de tout misérabilisme, cette excellente bande dessinée montre une migration clandestine à hauteur d’homme. Sa lecture est à conseiller pour mettre fin à certains préjugés et lieux communs sur les migrants et pour appréhender différemment la question des « sans-papiers » dans l’Union européenne. 

Laurent LESSOUS (L@BD)

« Amazigh, itinéraires d’hommes libres » par Cédric Liano et Mohamed Arejdal

Éditions Steinkis (18 €) – ISBN : 979-10-90090-37-8

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