Il faut de tout pour faire un monde…

Ils sont nés à l’automne dernier. L’un est trimestriel, l’autre bimestriel et allez savoir pourquoi, ils publient leurs troisièmes numéros en ce mois de mars. Le premier, c’est La Revue dessinée, gros bébé de 228 pages sous une couverture de Lorenzo Mattotti.. L’autre, c’est Aaarg ! , solide gaillard de 200 pages, sous une enveloppe trash et colorée du sieur Julien Loïs. À l’instar de la revue XXI, lancée voici quelques années par les éditions des Arènes, qui a trouvé son créneau malgré un prix de vente que certains jugent trop élevé, ces deux arrivants dans le paysage BD marquent peut-être le début d’une nouvelle race de magazines de bandes dessinées, dans un paysage où la presse BD est moribonde.

 Créée par une équipe de dessinateurs et de scénaristes qui, pour la plupart, ont fait leur trou dans le roman graphique (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Kris, Virginie Ollagnier…), La Revue Dessinée puise son inspiration dans l’actualité avec une attirance pour la guerre, la politique, l’écologie, les combats des peuples opprimés… Sans négliger la musique, le sport ou encore l’économie. On sort de sa lecture, certes plus informé sur la vie du monde, mais il faut être blindé côté moral : se marrer n’étant pas le point fort de ce magazine. Notons dans ce numéro 3 un documentaire très bien documenté sur la guillotine dessiné par Rica et scénarisé par Marie Gloris, une enquête sur le FN illustrée par Julien Solé, un reportage sur la guerre des mouches dessiné par Jean-Paul Krassinsky, un autre sur la Syrie signé James et Thierry Martin, le vrai faux modèle allemand par Pochep… Pas grand chose pour se remonter le moral, mais idéal pour poser sur la table basse du salon entre Libé et Télérama.Aaarg ! sous-titré « bande dessinée & culture à la masse » joue, quant à elle, à fond la carte de l’impertinence, de l’humour trash, du popu (pas pour le prix de vente !), comme au bon vieux temps de feu Ferraille. Une solide équipe d’auteurs croisés dans des journaux parfois éphémères nés ces dernières années propose des histoires délirantes, irrespectueuses. Notons Nikola, Witko, Nicolas Poupon, Pierre Place, Rica, B-gnet, Olivier Texier, Laetitia Coryn, Fabcaro, Emmanuel Reuzé, Pochep, Antoine Ozanam, Rifo, Jean-François Caritte, Jürg, Loïs… qui renouent avec l’esprit d’équipe que l’on trouvait dans les titres de la nouvelle BD, au début des années 1970. La Revue dessinée assez Bobo, et Aaarg! plus popu : deux revues pour ceux qui apprécient la diversité… De quoi se plaint le bon peuple ? Il faut de tout pour faire le monde de la BD !

Henri FILIPPINI

La Revue dessinée n° 3, trimestriel, 228 pages couleurs et noir et blanc, 15 euros, en kiosque, librairie ou par abonnement (www.larevuedessinee.fr).

Aaarg ! n° 3, trimestriel, 200 pages couleurs et noir et blanc, 14,90 euros, en kiosque, librairie ou par abonnement (www.aaarg.fr).      

 

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2 réponses à Il faut de tout pour faire un monde…

  1. Paul Duflot dit :

    Monsieur Filippini,
    pourquoi ce ton légèrement condescendant à l’égard de La Revue Dessinée ? Ne confondez vous pas – comme beaucoup de gens – alternatif et écolo avec bobo ? Il n’y a pas que les bobos qui s’intéressent à la vie du monde et à l’avenir de la planète. Pour ma part, je suis loin d’avoir le niveau de vie d’un bobo, mais j’apprécie beaucoup ce magazine de grande qualité. Les sujets sont passionnants, originaux et très bien traités, et quand on en a finit la lecture on se sent moins con !

  2. Francois Pincemi dit :

    Monsieur Duflot (comme Cecile??)
    Je ne vois pas où il y a de la condescendance dans l’article de Monsieur Filippini (à part peut être la phrase avec le Télérama et le Libération sur la table basse du salon, car cela fait bien pour se donner un genre « branché » auprés des amis de passage. La revue dessinée présente du reportage sérieux en bande dessinée, c’est un concept intelligent, mais il faut être extrèmement endurant pour supporter cette lecture sérieuse, sans fantaisie et plutôt ennuyeuse. J’y vois l’esprit des documentaires instructifs de la chaine Arte des débuts, c’est tout dire si l’aspect soporifique est au rendez-vous. Du sérieux, des couleurs ternes (sauf pour la couverture de Mattioli). Bon, j’attendrai la compilation des meilleurs histoires, et je vais relire un vieux Lucky Luke de Goscinny pour me changer les idées après ce morne regard sur notre triste monde..