« Boule à zéro T3 : Docteur Zita » par Serge Ernst et Zidrou

Nous voici de retour à l’hôpital La Gaufre (nom officiel : Le Goff), où Zita Sayyah vit depuis neuf ans déjà. La jeune fille, que malades et soignants appellent affectueusement Boule à zéro, est atteinte d’une leucémie particulièrement coriace. Elle a à présent treize ans et l’hôpital est le lieu où elle a vécu le plus longtemps. Il est devenu sa maison, elle en connaît tout le personnel, tous les services et les malades. Elle y est experte en vocabulaire médical et pourrait entamer un jour des études de médecine si Madame la Mort (c’est l’expression qu’elle emploie) lui laissait un peu de répit.

Tout le monde connaît Zita à La Gaufre et apprécie, sous l’apparente légèreté qu’elle arbore, son espièglerie et l’attention qu’elle porte aux autres.

On la reconnaît aisément, cette Boule à zéro : petite, menue, éternellement vêtue d’un pyjama rouge, souriante malgré la saleté qui la ronge, et pleine d’énergie les bons jours.

En attendant que l’ordinateur qui la relie au monde extérieur soit réparé, Zita sillonne la « maison » sur sa trottinette, son petit crâne lisse surmonté d’un gyrophare. Elle ne passe guère inaperçue ! Elle fait sa tournée, va acheter des nounours en gomme, qu’elle adore, chez Paco au rez-de-chaussée, salue à sa façon le buste du vénérable docteur Le Goff, fondateur de l’établissement, et rend visite à ses amis et aux nouveaux arrivants : madame 90% coton, en petite forme, madame la Baronne de la Serpillère, le vieux Youssouf, Happy Papy, mademoiselle Lelong, l’institutrice en retraite et la jeune accouchée et sa toute petite fille porteuse d’un bec-de-lièvre. Et puis, elle remonte le moral d’Évelyne, son amie de chambrée, atteinte d’une tumeur au cerveau et dotée d’une mère égocentrique et raciste.

Partout où passent Zita et ses bonbons nounours, renaissent l’espoir et le sourire. Une belle surprise l’attend à son tour.

Le sujet abordé dans cette série est difficile, mais Ernst et Zidrou évitent, avec une rare intelligence, les écueils qui auraient pu les guetter. « Boule à zéro », malgré la mort qui rôde dans les couloirs, est une magnifique variation sur la vie, sur la place de l’humain, sur l’entraide et la solidarité. Ils rendent aussi un bel hommage aux soignants, dont on connaît les difficiles conditions de travail.

Dans « Boule à zéro », on trouve des rires et des larmes, des moments difficiles et de jolis bonheurs et de la tendresse autour de Zita, splendide héroïne en sursis et en pyjama. Tout y sonne juste : personnages et situations, dialogues ciselés, dessin léger, dépouillé, efficace.

Pour prolonger le récit et le plaisir de lecture, on peut découvrir à la fin de l’album, « La Gazette de Zita », qui a enfin retrouvé son ordinateur.

Une série à prescrire largement, sans ordonnance, qui devrait être remboursée par la sécurité sociale !

 

Le tome 4, « Madame la Mort », est annoncé pour le début de l’année 2015.

La série a été également le point de départ d’une belle aventure humaine. Elle a initié la création de l’association « 2000 BD », née en 2012, lors de la rencontre entre les enfants malades de l’hôpital de Toulouse et Serge Ernst. Celui-ci a eu l’idée de distribuer « Boule à zéro » aux 2000 enfants atteints du cancer ou de leucémie hospitalisés en France, en Belgique et en Suisse. L’association « 2000 BD » a pour but de promouvoir la culture dans les hôpitaux, particulièrement auprès des enfants malades, des services oncologie, en proposant des BD, des rencontres avec des auteurs, des ateliers « découverte » et « initiation ».

Plus d’infos sur le site de l’association : www.2000BD.org

Catherine GENTILE

« Boule à zéro T3 : Docteur Zita » par Serge Ernst et Zidrou

Éditions Bamboo (10,90 €) – ISBN 978 2 8189 2549 2

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