« Special Branch » T1 à T4 par Hamo et Roger Seiter

Depuis 2011, la série « Special Branch » a su sereinement trouver son public parmi les diverses sagas historiques ou policières déjà proposées par les éditions Glénat. Le dessinateur Hamo, également remarqué sur le 2ème cycle de « L’Envolée sauvage » (éditions Bamboo, 2012-2013), s’associe à Roger Seiter, auteur notamment des séries « H.M.S. » (Casterman, 2005 à 2011) et « Fog » (Casterman, 1999 à 2007) : on retrouvera ici les passions conjuguées du scénariste pour le mystère, le polar, l’histoire du XIXe siècle et les ambiances maritimes anglo-saxonnes. Sur un paquebot échoué, en démantèlement près de Liverpool, un cadavre vieux de vingt ans vient d’être découvert, portant sur lui la photo d’un haut gradé de la Navy. Voici une enquête pour la Special Branch, une ramification secrète (mais bien réelle !) des services de police anglais, qui utilise des techniques scientifiques très innovantes pour l’époque. Charlotte et Robin sont dépêchés sur les lieux pour élucider cette énigme…

Visuel du tome 1

Dès le tome 1, dont nous venons rapidement de fournir la trame de départ (laquelle trouve sa conclusion à l’issue du 1er cycle, dans le tome 3 de la série, paru en 2013), Roger Seiter revient dans les ruelles sombres de villes d’Angleterre qu’il affectionne tant, avec de nouveaux personnages d’enquêteurs frère et sœur. Ce couple sympathique constitue l’un des éléments clés de la couverture, dont la maquette est similaire pour chacun des 4 volumes déjà parus. Dans le tiers supérieur du 1er plat, les lecteurs font donc systématiquement la rencontre des principaux protagonistes, dont l’air sombre aiguise notre regard : il ne s’agit pas à l’évidence d’un simple couple mais d’enquêteurs dans une ambiance évoquant une atmosphère holmésienne. Les docks (mâts visibles en arrière-plan), les beaux quartiers puis les ruelles sombres sont évoqués comme autant de lieux suspects, potentiels terrains d’investigations criminelles de ces fins limiers dont on aura par ailleurs bien saisi le cadre temporel : l’Angleterre victorienne des années 1880-1890. Ce même cadre est suggéré par le tiers inférieur de la couverture : un paquebot transatlantique de type « steamer », perçu à trois étapes de son existence (démantèlement, navigation et construction), soit une progression qui suggère là encore le fil de l’enquête policière cherchant à « remonter aux sources ».

Visuels des tomes 2 et 3

Dans les trois premiers volumes de « Special Branch », le paquebot dont il est question (qualifié de « Léviathan » dans le titre) est un monstre des mers bien réel : soit le navire britannique Steam Ship (SS) Great Eastern, lancé en 1858 et démoli en 1889-1890. Avec ses 211 mètres et ses 27 000 tonnes, il sera le navire le plus grand de son temps (jusqu’en 1900), capable d’embarquer 4 000 passagers et 420 membres d’équipage. Jules Verne – personnage croisé dans le tome 2 – effectuera à son bord une traversée, lui dédie son roman « Une ville flottante » en 1871, tandis que Victor Hugo lui rend hommage dans un poème de « La Légende des siècles » (1859). De notables légendes accompagnèrent ce navire, telle la supposée découverte lors de sa démolition… de deux cadavres d’ouvriers emmurés vivants lors de la construction !

Le véritable Great Eastern

Illustration de Jules Férat et Adolphe-François Pannemaker pour "La Ville flottante" par Jules Verne (éd. Hetzel, 1872)

Dans le tome 4 (paru en janvier 2014), qui constitue un one-shot, nous retrouvons notre duo policier en 1892, alors que Buffalo Bill et toute la troupe du Wild West Show ont débarqué à Londres pour plusieurs représentations. Charlotte et Robin Molton font partie des quelques privilégiés à avoir reçu une invitation pour le spectacle. Mais leur plaisir sera de courte durée : un officier anglais, le capitaine James Paterson, est retrouvé mort transpercé d’une flèche lakota et c’est évidemment l’un des Sioux de la troupe de Buffalo Bill qui est d’abord suspecté. Mais les membres de la Special Branch ont suffisamment d’expérience pour savoir que, lorsqu’il s’agit d’un meurtre, il ne faut jamais se fier aux apparences… En couverture, la composition se joue des codes précédents, tous inversés : la couleur chaude prédomine (inversement aux couleurs froides des tomes 1 à 3) en accord avec le titre « Londres rouge » qui résonne tel « Une étude en rouge » (Conan Doyle, 1887) ou « Le Mystère de la chambre jaune » (Gaston Leroux, 1907). Les héros, accompagnés de personnages secondaires, ne semblent pas être de trop pour maîtriser par leur attitude la colère meurtrière de l’Indien visible dans la partie supérieure.

Précisons enfin que la « Special Branch » existe également bel et bien : unité spéciale de la police londonienne dès 1883, elle est aujourd’hui chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste dans l’ensemble du Royaume-Uni.

Roger Seiter et Hamo ont accepté de répondre aux questions suivantes :

Comment est né le projet « Special Branch » ?

Hamo : « Roger Seiter est historien de formation. Il s’intéresse particulièrement au XIXème siècle en Angleterre et a notamment exploré cet univers au travers de la série « Fog ». 8 albums sont parus chez Casterman, avec Cyril Bonin au dessin. J’étais étudiant en illustration lorsque j’ai lu cette série, que j’ai beaucoup appréciée. Par la suite, j’ai commencé ma carrière (également chez Casterman) avec la série « Noirhomme ». Une histoire sombre teintée de fantastique, avec Antoine Maurel au scénario. Après ces 3 tomes parus, je cherchais de nouveaux collaborateurs.

Et c’est par l’intermédiaire d’un ami commun que Roger et moi avons été mis en contact. Roger m’a alors proposé « Special Branch », un polar victorien, dans la lignée de « Fog ». Le projet était déjà sérieusement engagé chez Glénat et cherchait encore son dessinateur. Après quelques essais, nous nous sommes lancés dans l’aventure. Cette enquête en trois tomes s’appuyait sur un fait divers réel, présenté dans un reportage de la BBC : des corps d’ouvriers auraient été retrouvés dans la double coque du Great Eastern, lors de son démantèlement. Roger a alors imaginé une intrigue mettant en scène le corps momifié d’un inconnu, sur lequel on a retrouvé la photo d’un jeune officier de la marine Anglaise. Nous avons réalisé ce premier cycle assez rapidement, si bien que les 3 albums sont sortis sur 2 ans de temps. A chaque fois en début d’année.

Nous partons à présent sur une série d’one-shots. Chaque album constituant une nouvelle enquête. Le tome 4 est sorti en janvier 2014 et met en scène la troupe de Buffalo Bill, venue en Angleterre. On prépare actuellement le tome 5 qui verra les enquêteurs de la Special Branch voyager jusqu’à… Paris !».

Les héros : crayonné et aquarelle par Hamo

Comment s’est effectuée la genèse de ces couvertures, ainsi que les choix de compositions ?

Hamo : « Concernant les choix de composition pour la couverture, on ne peut pas dire que j’ai été influencé par quoi que soit. Je n’avais pas cette compo’ en tête avant de commencer les recherches, les roughs. J’ai dans un premier temps fait une petite liste des éléments qui caractérisaient la série et ce premier tome. J’en éliminé quelques uns, que je ne pouvais après réflexion pas placer (la momie par exemple). Pour au final ne retenir que l’essentiel : le titre, les 2 personnages principaux et le bateau. Pour placer ces 3 éléments, je suis parti du principe que le titre n’est pas systématiquement obligé de se trouver au-dessus /au milieu. Et c’est seulement à ce moment là, et sur base des 3 éléments, que la compo en question m’est venue.

La série se caractérise donc par ses couvertures à la composition particulière : deux illustrations horizontales, coupées par le titre, placé sur un bandeau en plein milieu de la page. C’est une idée que j’avais eue pour la maquette du tome 1 : Charlotte et Robin de face, en haut de l’image. Et le bateau en bas. L’idée était de poser l’ambiance de façon basique. C’est également moi qui ai composé le logo de titre (comme pour « Noirhomme », ma première série). Pour le deuxième tome, j’ai dans un premier temps voulu représenter deux personnages secondaires de cet opus : Jules Verne et son frère Paul. Mais l’éditeur m’a finalement encouragé à les remplacer par les héros (comme sur le tome 1). Du coup, sur le tome 3, on a continué sur notre lancée… En faisant tout de même attention à changer les ambiances et la position des personnages. Pour ce qui est des illustrations du bas, le principe est simple : l’enquête autour du bateau remonte dans le temps. Nous découvrons donc le Great Eastern en plein démolition (t.1), fonctionnel et à flots (t.2) et en construction (t.3).

Lorsque le premier cycle s’est terminé, l’éditeur avait suffisamment de recul sur le tome 1 (et de retombées positives) que pour vouloir relancer « une suite ». On a donc finalement opté pour une série d’one-shots. « Londres Rouge », le tome 4 de la série, a donc directement été mis sur les rails. Avec ce titre, une palette de couleurs chaudes s’imposait. Tout en contraste avec le premier cycle, qui partait essentiellement dans les bleus-gris. Restait à voir si on continuait avec la même composition de couverture. Finalement, on a décidé de placer l’élément principal de l’album en haut et les membres de la Special Branch en bas. Mais cette fois-ci, j’ai ajouté deux personnage aux côtés de Charlotte et Robin : leurs cousin Alexandre ainsi que le chef de la Special Branch (O’neill). Ce sont deux personnages qui prennent de l’importance au fil des albums et qui prennent part aux enquêtes. Cette composition générale sera plus compliquée à faire sur le tome 5 en raison du sujet traité (exposition universelle de 1889 à Paris).»

Mise en place des principaux personnages

Crayonné finalisé pour la planche 19 du tome 1 par Hamo

Philippe TOMBLAINE

« Special Branch » T1 à T4 par Hamo et Roger Seiter
Éditions Glénat (13, 95 €) :
« T1 : L’Agonie du Léviathan » (2011) – ISBN : 978-2-7234-7582-2
« T2 : La Course du Léviathan » (2012) – ISBN : 978-2-7234-8432-9
« T3 : L’Eveil du Léviathan » (2013) – ISBN : 978-2-7234-9039-9
« T4 : Londres rouge » (2014) – ISBN : 978-2-7234-9792-3

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