« Buddy Spirits » T1 par Gyuo, Miyuki Kishimoto et Yoshihiro Kuroia

Le Monthly Comics Magazine Hero’s (1) où est publié « Buddy Spirits » annonce bien la teneur de ce titre. Des héros qui pourraient sortir de comics américains. On y retrouve notamment des personnages au charisme fort, des filles aux courbes outrageusement exagérées, de l’action à chaque page, des morts violentes et bien d’autres clichés typiques de ce genre de productions. Voilà comment un sujet classique évoquant la destruction de l’humanité par des robots devenus fous devient du grand spectacle.

Dans un futur indéterminé mais proche, les robots sont à chaque coin de rue. L’humain a développé de nombreuses machines afin de le suppléer dans les tâches les plus ingrates. Malheureusement, ces robots, aussi sophistiqués qu’ils soient, peuvent tomber en panne. Pire, ils peuvent se retourner contre les hommes, même s’ils sont normalement programmés pour ne pas blesser les êtres vivants.

Le premier cas grave de rébellion d’un robot s’est passé devant les yeux de Yu Takizawa, agent scientifique de la police spécialisée dans la robotique. Dans une banque, une machine humanoïde s’est soudainement emballée et a commencé à tuer les personnes retirant de l’argent. En fait, elle ne faisait que remplir sa mission, protéger l’argent et empêcher quiconque de s’en emparer, même les usagers habituels de cet établissement. Qui dit robot potentiellement criminel, dit police adaptée à ce genre de situation. Sho Takizawa, frère de Yu, est un des officiers chargés d’intervenir dans ce genre de situations. Il est accompagné par Red, une machine ultra sophistiquée de type « Buddy ». Ces robots travaillent en symbiose avec les humains pour combattre le crime. Dans notre histoire, cette technologie est encore balbutiante. Seuls trois enquêteurs ont ce genre d’appareil qu’ils commandent vocalement et ils ne sont clairement pas encore au point. Il y a notamment un temps de latence entre l’ordre et son exécution. Oh pas grand-chose, mais ce qui ne pose pas de problème dans la vie courante peut devenir un vrai souci lors d’un combat. Le scénariste, Miyuki Kishimoto se sert de ce petit désagrément pour volontairement faire durer les scènes d’action. C’est ce qu’attend le lecteur, un maximum d’action et de combats haletants. L’histoire avance entre ces scènes, enchaînant violence pure et ballets gracieux entre l’homme et la machine. Plus tard dans l’histoire, on verra même apparaître un agent féminin dont la grâce naturelle sera outrageusement mise en valeur. Le dessin n’hésite pas à proposer des points de vue en contre-plongée pour mieux apprécier le postérieur ou la poitrine rebondie de la combattante. Elle est elle-même accompagnée par un « Buddy » à la morphologie féminine plus proche de « Sailor Moon » que d’ « Iron Man ».

Si beaucoup d’attention est donnée aux protagonistes de cette histoire, leur environnement est également soigné. Les buildings sont détaillés à l’extrême. Les enseignes omniprésentes, les routes ont des trottoirs, bouches d’égout, arbres, lumières, etc. Les véhicules sont futuristes sans être trop décalés par rapport à leur évolution plausible. Il y a clairement une armée d’assistants travaillant sur ces arrière-plans, dans l’ombre du dessinateur principal : Gyuo. Sur le rabat de la couverture, est précisé que l’artiste est extrêmement populaire en France et aux États-Unis et qu’il a œuvré pour les recueils Monthly Magazine Z chez Kodansha ou Young Gangan chez Square Enix. Personnellement, je n’en ai pas trace et « Buddy Spirits » serait, semble-t-il son premier manga professionnel.

C’est la première fois que Miyuki Kishimoto écrit un manga. Venu de l’animation avec des classiques plutôt destinés aux enfants tels « SD Gundam » ou « Gyrozetter », il est bien rodé sur le thème des robots. Il en reprend d’ailleurs ici tous les poncifs. Le but n’est clairement pas d’innover, mais simplement de divertir. Le scénario est traité à la manière des films d’action où l’intrigue policière ne sert que de fil conducteur. Les robots, censés être supérieurs en tout point aux humains, ont une part de faiblesse qui renforce leur côté attendrissant et dédramatisant. Les scènes catastrophes sont nombreuses et extrêmement violentes. On voit rarement la mort en direct, mais le sang gicle hors cadre et mêmes les personnes innocentes n’échappent malheureusement pas à ces machines folles.  » Tous égaux devant la mort  » semble être le mot d’ordre de cette débauche de cadavres. La mode étant aux enquêtes scientifiques, notre héros principal, Yu, travaille dans un laboratoire high-tech servant à analyser les causes des dysfonctionnements de ces machines. Un moyen facile et éculé de faire progresser l’intrigue et passionner le lecteur.

Un brin de spiritualité est même rajouté par le biais de l’ennemi : Exodus. Son logo étant orné d’une pomme et d’un serpent, référence ouverte à la Genèse biblique. Les robots seront donc « libérés » de leur servitude par ce mystérieux agresseur, tout comme le peuple hébreu l’a été par Moïse. C’est par le biais de nano technologie qu’Exodus inocule un programme permettant aux machines de se révolter. Comme dans de nombreuses œuvres japonaises, la mythologie chrétienne est ici utilisée pour renforcer le côté mystérieux et ténébreux de l’ennemi.

Avec déjà cinq volumes parus au Japon, « Buddy Spirits » se révèle être un bon divertissement. Certes, ce manga surfe sur des poncifs, mais il le fait avec brio. Ce premier tome se lit d’une traite, les informations nécessaires à la bonne compréhension de l’histoire y sont clairement définies. On s’attend à une série enchaînant les combats entre deux enquêtes. Servie par un dessin extrêmement soigné, agréable et clair,  » Buddy Spirits » s’annonce comme un titre riche en rebondissements.

Gwenaël JACQUET

« Buddy Spirits » T1 par Gyuo, Miyuki Kishimoto et Yoshihiro Kuroia
Éditions Tonkam (7,99 €) – ISBN : 9782756056302

(1) Monthly Comics Magazine Hero’s est un magazine japonais paraissant chaque premier du mois et publiant également d’autres séries très connues comme : « Ultraman », « Soul Reviver », « Hero Mask », « Kerberos in thé Silver Rain » et bien d’autres titres non encore publiés en France.

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