« Braise » T2 (« Enfants indignes »)

Dans cette deuxième partie d’un tout, divisé sur le plan éditorial en quatre tomes, les deux enfants Prune et Janus ont pu échapper aux griffes de Braise.

Braise est un mystérieux chat bleu-nuit, au langage tarabiscoté, qui racole les orphelins pour les inciter à le suivre dans un univers « suprafantasmallégorique » où dansent jouets et sucreries avec, en prime, la promesse d’y trouver une tendre et aimante « Maman » : mais tout cela est évidemment bien trop beau pour être vrai ! Et il semblerait que le pire soit encore à venir car ce monde souterrain, où le frère et la sœur ont été entraînés, reste un terrain dangereux dont il semble difficile de s’échapper. Ils vont alors rencontrer d’autres victimes du matou charmeur et hâbleur, lequel se révèle être finalement au service d’une horrible reine : et ces derniers, déjà des rebelles dans l’âme, sont prêts à tout pour sortir de cet enfer…

Voilà un enthousiasmant conte fantastique, aussi sombre qu’efficace, dû à deux jeunes auteurs à suivre de très près ! Le scénario, littéraire mais jamais ampoulé, de Bertrand Bouton (par ailleurs écrivain et romancier promenant ses récits aux franges du fantastique) est empreint d’un profond sens dramatique. Quant au dessin séduisant, sensible et sensuel, de Cédric Fortier (un ancien de l’école du Nil d’Angoulême qui a intégré, en son temps, l’atelier Sanzot devenu, depuis, Atelier du Marquis où il jettera les bases de ce qui deviendra « Braise »), il glisse progressivement vers l’horreur la plus absolue.

Bien entendu, c’est bourré d’influences (on pense irrésistiblement à « Alice aux pays des merveilles », mais aussi à « Pinocchio » et à tous ces contes ou légendes qui ont nourri notre imaginaire depuis l’enfance ou encore à l’ambiance onirique de certaines bandes dessinées du regretté Jean-Claude Forest), mais ce sont des influences bien digérées ! Quoi qu’il en soit, ce conte fantasmagorique et cruel séduit d’emblée par son style graphique et son langage soigné d’une rare qualité, même si, par moments, la narration est légèrement alambiquée : un petit défaut, bien pardonnable, de débutants qui ont quand même réussi, avec force et vigueur, à se distinguer de la masse des (trop ?) nombreuses parutions bédéesques de 2010 !

Gilles RATIER

« Braise » T2 (« Enfants indignes ») par Cédric Fortier et Bertrand Bouton
Éditions Dargaud (10,95 Euro)

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