« Le Troisième Testament – Julius T3 : La Révélation chapitre 2/2 » par Thimothée Montaigne et Alex Alice

Orchestrée par Alex Alice et illustrée par Thimothée Montaigne depuis le deuxième tome (2012), la saga « Julius » est une série dérivée de « Le Troisième Testament », ce 1er cycle étant déjà riche de 4 tomes publiés de 1997 à 2003. L’actuel deuxième cycle, débuté depuis 2010, raconte l’histoire de Julius Publius Vindex, un général romain devenu prophète du troisième testament dans l’Antiquité. Dans ce 3ème volet, la mission initiatique menée par Julius et ses compagnons, dont l’énigmatique Messie, atteint une jungle orientale luxuriante qu’ils croient être le jardin d’Eden. Mais les incertitudes et les périls mortels de ce voyage sans fin entament tous les espoirs…

Teaser poster (janvier 2010) pour annoncer la série

Dans le projet initialement développé par Xavier Dorison et Alex Alice depuis 1993, « Le Troisième Testament » était un thriller ésotérique moyenâgeux, du reste annonciateur d’autres succès littéraires parus au début du nouveau millénaire, tels le roman « Da Vinci Code » (Dan Brown, 2003) ou la série BD « le Triangle secret » (scénario de Didier Convard), précisément lancée en 2000 chez Glénat. Néanmoins, l’idée d’une « antésuite » (équivalent de l’anglicisme prequel, soit une histoire basée avant le récit d’origine) était logique pour les créateurs de cet univers complexe, renvoyant à un inévitable passé et aux accents tragiques de l’Histoire, dominée par la religiosité. Dans « Julius » (dont le premier tome fut dessiné par Robin Recht), le canevas initial – qui devrait se prolonger sur 5 tomes – est repris : une trame ésotérique, appuyée sur des récits apocryphes et doublée d’une intrigue à suspense grâce à une course-poursuite à travers divers pays, ceci jusqu’à une conclusion étonnante. D’un album à l’autre, les paysages changent au rythme des péripéties et des divergences philosophiques ou éthiques engendrée chez les principaux protagonistes : de même, en dépit des bons ou des mauvais chemins empruntés, c’est le genre-cadre qui se transforme, d’aventure en survival semi-horrifique, de roman historique en récit fantastique…

Le logo-titre

« Julius », titre inscrit en lettre capitales gravées de manière romaine (police Times New Roman !), renvoie volontairement les lecteurs à une incarnation archétypale du général romain, mélange physique semi-fictif entre Jules César et le véritable Caius (ou Gaius) Julius Vindex. Ce dernier, connu comme sénateur romain et gouverneur de la Gaule lyonnaise (légat), fomenta une révolte contre les excès de Néron en 67 après J.-C., mais fut rapidement écrasé un an plus tard, déclenchant toutefois une nouvelle ère d’importants troubles politiques. Ayant échoué, Vindex (le vengeur) se suicidera (ou sera contraint de le faire…) en 68. Dans la série, « Julius », général prestigieux, a été condamné comme esclave dans les mines de Judée pour avoir rêvé une Rome différente ; ceci alors que les Chrétiens sont martyrisés et que le peuple Juif se soulève à son tour, en une évocation de la Grande Révolte, de 68 à 73, qui se clôturera par la destruction de Jérusalem et la prise de la place-forte de Massada en 74.

Couverture T.1

Couverture T.2

Recherches de couverture (huile sur toile)

Recherches de couverture par informatique

Visuel finalisé d'Alex Alice pour le tome 3

Du tome 1 à l’actuel tome 3, les couvertures successives – réalisées par Alex Alice – illustrent de manière convaincante les différents grands thèmes empruntés par la série : l’histoire romaine et la période antique (casque impérial de centurion, arborant son panache rouge, et vue générale sur Rome), le chemin de croix emprunté par le nouveau Messie, ses disciples et l’adversité bestiale. Les trois visuels illustrent également les évolutions du temps (hiver/neige, chaleur/désert et orage/pluie diluvienne) : des contrastes violents, comme autant de contraintes supplémentaires et de chocs thermiques successifs pour les acteurs de cette saga aux accents cinématographiques dignes d’un péplum comme « Ben-Hur » (W. Wyler, 1959). Parmi les références ou citations des auteurs, n’oublions pas « La Dernière Tentation du Christ » (M. Scorsese, 1988), « La Passion du Christ » (M. Gibson, 2004), « Gladiator » (R. Scott, 2000) et « L’Homme qui voulut être roi » (J. Huston, 1975).

Recherches d'ambiances et références couleurs pour le tome 2

Sur les trois visuels, notons d’abord que l’angle de vue initial (tome 1), en plongée, cède la place à une vue en contreplongée légère pour le tome 2 (physique voûté sous le soleil ardent) puis à une vue plus contrainte pour le tome 3 (homme devenue une proie fragile et le jouet de Dieux foudroyants). Mais voyons surtout, alors que le décor du monde connu disparaît peu à peu en arrière-plan (l’Inde, sa jungle et les contreforts himalayens du tome 3 n’étant pas soulignés en couverture), que c’est un homme qui se voit conférer dans chacun des cas et de manière symbolique une aura divine : ce rôle de primauté glisse d’un protagoniste à l’autre, au gré d’un Destin ironique et cynique, qu’il s’agisse d’un consul ou d’un général digne de devenir Princeps (Premier du Sénat), d’un prédicateur charismatique ou d’un guerrier barbare vindicatif. Par le fer, la flamme ou l’eau, tous semblent cependant mettre en péril le système impérial prédominant qui, pourtant, coiffe leur univers tel une inévitable épée de Damoclès ou, pour prendre une autre image évocatrice (et plus anachronique !), un couvercle de cocotte-minute : mais lequel saura au final véritablement vaincre ses propres périls et triompher… avec gloire, et sans crise de Foi ?

Original encré de la 37ème planche par T. Montaigne pour Julius T.3

Julius...

À l’heure actuelle, les auteurs se sont déjà attelés à la réalisation minutieuse du tome 4, soit 62 pages riches de combats épiques autour de Jérusalem. La légende continue…

Philippe TOMBLAINE

« Le Troisième Testament – Julius T3 : La Révélation chapitre 2/2 » par Thimothée Montaigne et Alex Alice

Glénat (13,90 €) – ISBN : 978-2723494700

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