« Soul Reviver » T1 par Manabu Akishige et Tôru Fujisawa

Depuis la fin de « GTO », Tôru Fujisawa se concentre plus sur la réalisation des scénarios que sur le dessin. Et dans ce domaine, il est capable du meilleur comme du pire. J’ai été très déçu par le médiocre « Rose Hip Rose » ou par « Tokkō », alors que je classais « GTO », dont il assurait aussi le dessin, dans les meilleurs mangas publiés en France. Ici, point de professeur moraliste, mais toujours une chaude ambiance de baston avec des héros narquois et vraiment « trop » sûrs d’eux. Avec « Soul Reviver », Tôru Fujisawa nous amène au-delà de la mort, dans son univers peuplé de monstres plus démoniaques les uns que les autres.

Une jeune secrétaire vient d’être jetée d’un toit d’un immeuble par son patron et amant, par la même occasion. Celui-ci veut couvrir ses arrières et faire passer la victime pour une manipulatrice ayant détourné de l’argent pour son propre compte : si elle s’est suicidée, c’est pour éviter d’avoir à répondre de ses actes. Bien sûr, elle était la seule à pouvoir prouver qu’elle n’y était pour rien et que c’était l’homme qu’elle aimait qui se servait allègrement dans la caisse. Comme les morts ne parlent pas, une fois la jeune femme éliminée, les preuves le liant à ce détournement disparaissent avec elle. Malheureusement pour lui, deux jeunes, Jin et Clara, savent où se trouve la porte vers la sortie du royaume des morts. Ils peuvent donc, à la demande, ressusciter toute personne en quelques minutes, ou plus selon la complexité du parcours. En effet, à l’instar d’un jeu vidéo, ce monde est composé de strates dont il devient de plus en plus dur de s’en extirper, au fur et à mesure de la progression. C’est pourquoi vous ne mourrez pas qu’une seule fois, votre agonie est lente et à chaque trépas, vous vous enfoncez  vers un repos éternel bien mérité. Le monde des morts est bien évidemment peuplé de monstres et autres créatures errantes qui ne pensent qu’à trucider tout ce qui leur passe sous la main. Jin et Clara n’ont jamais failli à leur mission, ils osent un 100% de sauvetage réussi. Mais cette fois-ci, la mission s’annonce périlleuse, car la personne est déjà au 14e niveau. Pour la sauver, il faut pénétrer le monde des morts. Pour cela, ils se suicident afin de retrouver et accompagner, vers la sortie, les âmes égarées qui n’auraient pas dû trépasser.

On ne connaît pas encore grand-chose sur les deux héros. On sait seulement que Jin est un grand bellâtre à qui il manque un oeil, prix de son retour parmi les vivants : sa chevelure abondante masquant ce petit accroc. Il a apparemment été policier et manie avec brio les armes conventionnelles comme les plus incongrus : sabre, fusil, épée démesurée, bazooka, mitraillette, etc.. Sa comparse d’infortune, Clara, est une bimbo ne rêvant que de belles et grosses voitures. Ce travail, bien rémunéré, lui permet d’assouvir son envie insatiable de faire la bringue. Elle, c’est son coeur qu’elle a du laisser dans le royaume de morts. Pourtant, son sang circule bien ; ce qui reste un mystère pour le chirurgien qui l’a examiné. Une chose est certaine, il existe bien un monde de transition après la mort. On ne connaît pas encore sa profondeur, mais je doute que ce manga ne nous amène pas un jour en visiter les abîmes.

« Soul Reviver » reste un pur manga de baston au scénario un peu tiré par les cheveux. Cependant, c’est extrêmement bien construit et si le pitch est plus que succinct, le développement de l’histoire offre son lot de surprise tout au long de ce premier tome. Et ce malgré le fait que cette série s’annonce comme une simple succession de missions, comme c’est souvent le cas en mangas (« Get Backers », « Saint Seiya », etc.). Ici, le monde des morts est traité de manière originale. Il est en fait le reflet de la réalité dans laquelle le défunt vient de succomber. Une réalité dénuée d’humain, mais peuplée d’énormes monstres plus effrayant les uns que les autres. La personne ainsi décédée pense qu’elle se trouve toujours au même endroit et ne comprend pas tout de suite qu’elle est sur un chemin direct pour l’enfer. Manabu Akishige s’est visiblement fait plaisir en dessinant ces bestioles sanguinaires. Son dessin est très sage et pourtant dynamique. Du coup, il arrive à rendre attractives toutes ces situations cauchemardesques. Il use des plongées, contre-plongées et autres déplacements de point de vue qui rendent l’action bien plus prenante. Malgré l’apparente confusion qui peut régner dans les situations présentées, le dessin reste toujours très clair et compréhensible. Cela se lit très très vite et on ne s’ennuie pas.

Voilà, enfin, un bon cru de Tôru Fujisawa qui arrive se renouveler dans le genre action/gore qu’il affectionne tant. « Soul Reviver » reste pourtant un shônen classique, aussi bien dans le fond que dans la forme. Il faut le prendre comme un bon divertissement pour les amateurs du genre. Les autres passeront leur chemin, c’est une évidence.

Gwenael JACQUET

« Soul Reviver » T1 par Manabu Akishige et Tôru Fujisawa
Éditions Tonkam (7,99€) – ISBN : 978-2-7595-1126-6

© 2012 Tôru Fujisawa / Manabu Akishige / SHOGAKUKAN

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