« Charly 9 » par Richard Guérineau [d’après Jean Teulé]

Voilà une formidable mise en cases et en bulles d’un roman historique sur le règne le plus calamiteux qu’eut à subir la France : celui de Charles IX, roi que Jean Teulé a surnommé avec humour Charly dans son roman paru chez Julliard, en mars 2011. Dans la bande dessinée, évidemment, le visuel fini par l’emporter sur l’aspect littéraire — ce qui est dans la logique des choses —, notamment grâce aux habiles changements de registre au fil des pages : le talentueux Richard Guérineau passant, sans ambages, du macabre au grotesque ou du réalisme au comique, pour imager les séquences cocasses et burlesques qui côtoient allégrement l’horreur des massacres et la violence de ce XVIe siècle…

L’écriture moderne et très crue de Teulé avait, d’ailleurs, conféré au roman une dimension tantôt comique tantôt pathétique, dont le dessinateur a réussi à rendre toute la substantifique moelle avec son adaptation très réussie : « Que ce soit au théâtre, pour le cinéma ou la télévision et, bien entendu, pour la bande dessinée, Jean Teulé n’intervient jamais sur l’adaptation. Il considère que son travail est terminé quand l’ouvrage qu’il signe est paru. « Charly 9 », le roman, est composé d’un long chapitre évoquant le massacre de la Saint-Barthélemy, puis de successions de séquences mettant en scène Charles IX. J’ai ainsi pu piocher à ma guise dans les différents chapitres que j’ai, quelquefois, agrémentés de détails inédits. C’est d’ailleurs amusant, parce que Jean Teulé, à la lecture de l’album, m’a dit qu’il y avait des passages dont il ne se souvenait pas. Forcément, je les avais rajoutés. », s’en amuse encore Richard Guérineau.

Charly accède au trône à peine âgé de dix ans, en 1560, et la régence est confiée à sa mère, Catherine de Médicis, qui ne va pas le ménager en cette période troublée où les guerres entre protestants et catholiques font rage : ces derniers acceptant très mal la religion réformée.

Après de multiples querelles et bagarres en tout genre, Catherine tente toutefois de signer une paix entre les deux partis en faisant épouser sa fille Marguerite, avec un protestant, le futur Henri IV. Mais les huguenots sont encore trop violents et trop importants à ses yeux. Aussi, après l’attentat contre Coligny, elle tente de convaincre son fils-roi, alors âgé de vingt-deux ans, de les éradiquer. Elle va même le pousser dans ses retranchements, jusqu’à ce que, en grande partie pour lui faire plaisir, il accepte d’ordonner le massacre de la Saint-Barthélemy : une boucherie dont il ne se remettra jamais !

Malgré les monstruosités qu’il commet, au fur et à mesure des anecdotes compilées dans l’ouvrage, on ne peut que plaindre ce pauvre Charles devenu fou au point de faire sa chasse à courre dans le palais, puis très malade, souffrant horriblement d’une maladie pulmonaire qui le fait suer du sang à grosses gouttes… D’autant plus que les ruptures graphiques proposées par notre dessinateur-adaptateur ne font qu’enfoncer le clou de la compassion : « Il s’agit de la quatrième adaptation en bandes dessinées d’un ouvrage de Jean Teulé. Or, il y a quelque temps, lors d’une discussion avec les responsables des éditions Delcourt, j’avais évoqué l’idée d’adapter une œuvre de l’univers littéraire de cet auteur. À ce moment-là, aucun titre ne correspondait réellement à mes envies, mais Jean était justement en train d’écrire « Charly 9 »… » nous déclare Richard Guérineau pour nous éclairer sur la genèse de sa prouesse graphique et narrative.

Par ailleurs, Teulé ayant parsemé son livre de quelques fac-similés de dessins d’époque, Guérineau s’est amusé à réutiliser le procédé, mais en jouant sur l’absurde et l’anachronisme.

Ainsi, le portrait royal est-il transformé par le peintre en une parodie de la couverture de « Western Circus » (une aventure de Lucky Luke) et le chapitre « Pâté de mauviettes » est-il idéalement mis en scène avec un dessin à la Peyo, tendance « Johan et Pirlouit » : « Après un « Chant des Stryges » [il reste encore trois albums pour clore la série] et un « XIII Mystery », c’était une bouffée d’oxygène pour moi de réaliser cet album dans un style semi-réaliste, limite tendance « gros nez » par moments. Et puis, le fait d’adapter une œuvre existante est aussi, pour moi, une étape vers l’élaboration d’un album en solo. », conclut ce dessinateur qui se verrait donc bien, un jour ou l’autre, devenir auteur complet…

Gilles RATIER, avec Laurent Turpin pour la partie interview

« Charly 9 » par Richard Guérineau [d’après Jean Teulé]

Éditions Delcourt (20 €) – ISBN : 978-2-7560-3352-5

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