« Apocalypse Manga » par Pierre Pigot

Pierre Pigot a choisi d’analyser le manga dans sa folie meurtrière. Il en a tiré l’essence même de ce que nous considérons comme l’apocalypse : cette notion judéo-chrétienne qui n’est en faite qu’une destruction globale de notre monde et de nos valeurs. Le Japon, avec sa situation peu enviable à la frontière de deux plaques tectoniques, offre, il est vrai, matière à envisager le pire…

C’est pourtant plutôt les horreurs de la guerre dans les œuvres de Leiji Matsumoto (« Cockpit ») ou de Keiji Nakazawa (« Gen d’Hiroshima ») qui sont mises en avant. Pierre Pigot, décris avec beaucoup de lyrisme ses observations de lecteur. Il fait le parallèle avec de nombreuses œuvres culturelles ou événements bien européens. Il offre une vision personnelle et une analyse poussée de tous ces mangas qu’il a ingurgités et qui collent à son sujet. Il faut dire que la fin de notre monde est un marronnier dans la culture picturale japonaise. Ce qui est dommage, c’est que Pierre Pigot ne va pas plus loin que quelques livres publiées en français par des auteurs reconnus. Il occulte, malgré tout, de nombreux cas flagrants d’apocalypse, comme cette terre de désolation présentée dans « Hokuto no Ken », pourtant publié chez nous par J’ai lu, puis Kazé Manga. Mais il n’oublie pas d’évoquer « Akira » de Katsuhiro Otomo, le premier manga ayant eu un réel succès hors de son Japon natal. Celui-là même qui a lancé la vague de publications que nous connaissons aujourd’hui. Il même fait un détour vers l’animation avec l’inévitable Hayao Miyazaki. Selon moi, il passe à côté de ce qui fait l’essence même de l’œuvre du maître en appuyant plus ses observations sur ses œuvres animées, alors que le manga « Nausicäa » regorge d’images apocalyptiques et aurait mérité une place bien plus importante. Cependant, il ne faut pas croire que seuls de « vieux » mangas y sont analysés. Même « One Piece », classique contemporain toujours publié fait l’objet d’un chapitre dédié.

Dans son précédent livre, « L’Assassinat de Mickey Mouse », Pierre Pigot avait traité la face méconnue de Walt Disney et de l’empire qu’il a créé. « Apocalypse Manga » décrit sur 256 pages le ressenti de son auteur à la lecture des plus grandes œuvres japonaises de la bande dessinée apocalyptique. Extrêmement bien écrit, il offre une analyse pertinente et non dénuée de bon sens. Partant du postulat que son lectorat est familier des mangas, il ne s’encombre pas d’illustrer son discours. Le sujet est bien choisi et le parallèle avec des œuvres d’art célèbres rend son argumentation encore plus intéressante, même pour un néophyte. Les moins littéraires des lecteurs de mangas feront abstraction des envolées lyriques qui pullulent dans cet ouvrage et rendent parfois son propos confus.

Comme nous l’avons déjà précisé, il s’agit d’un livre complément dénué d’illustration et qui se concentre exclusivement sur l’analyse factuelle des œuvres exposées. Voilà comment mettre des mots sur des créations picturales !

Il en ressort que le manga est avant tout un divertissement où la fiction s’inspire de la réalité. Une bonne manière de tordre le cou aux idées reçues : comme quoi, les lecteurs de mangas ou de bandes dessinées en général ne savent pas s’exprimer.

Gwenaël JACQUET

« Apocalypse Manga » par Pierre Pigot
Éditions PUF (22 €) — ISBN : 2 130 621 465

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