« Dans les yeux de Camille » par E411 et Falzar

« Dans les yeux de Camille » n’est pas une chanson d’Arno, mais le premier album d’une série humoristique qui invite les lecteurs à découvrir un pays singulier aux mœurs étranges. Ce pays de onze millions d’habitants est pour nous à la fois proche et lointain ; on y parle plusieurs langues, on y fait et lit beaucoup de BD et on y est capable de se passer de gouvernement pendant plus de 500 jours ! Vous l’avez compris, il s’agit du royaume de Belgique dont la devise nationale demeure, malgré les divisions, « L’union fait la force ».

C’est à travers les yeux de Camille (que l’on ne voit guère, d’ailleurs dans l’album, tant ils sont cachés par une impressionnante frange rousse !) que l’on découvre la Belgique. Camille, adolescente parisienne qui compte 647 amis sur Facelook, est atterrée par la nouvelle que son père lui assène : ils vont aller vivre en Belgique ! Son père est né là-bas et il ne peut refuser la promotion professionnelle qu’on lui offre. Camille a beau argumenter (langue étrangère, surpoids possible à cause des frites, trop petit pays, pas de réseau …), rien n’y fait. Le déménagement pour Liège est programmé. Son petit frère, Merlin, est enchanté de partir à « Belgiqueland, le parc d’attractions le plus génial de la planète ! »

C’est la mort dans l’âme que Camille quitte Paris et ses amis qui la consolent à coups de citations, comme « D’ailleurs, de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus vigoureux ! ». Munie de la tablette et du portable qui ne la quittent jamais, elle compte bien garder le contact avec la vraie civilisation.

L’arrivée à Liège s’avère un peu compliquée. Il faut attendre les déménageurs qui se sont perdus « dans les subtilités linguistiques de la signalisation routière belge », faire connaissance avec les nouveaux voisins flamand – wallon, trouver la tenue adéquate pour la rentrée à l’école Zénobe Gramme, découvrir l’histoire mouvementée du pays, se faire de nouvelles amies, comprendre ce que sont les rawettes et apprendre un français étranger.

Jugez plutôt la détresse de Camille en lisant ce dialogue avec ses nouvelles amies :

« - Salut les filles !

-          On peut s’asseoir ?

-          Camille, je te présente Alice, doubleuse professionnelle !

-          Hého, t’exagères ! J’ai juste été pétée en math !

-          Pétée ?

-          … Et Sarah, la pire manche-à-balle de toute l’école ?

-          Manche-à-balles ?

-          La prochaine fois, vous savez ce qu’on fait, les filles ? On profite de notre heure de fourche pour s’acheter un sandwich à l’américain ! »

Alors, plus belge la vie ?

Cet album, signé par un scénariste belge bien connu, Falzar (alias François Dhondt), et un dessinateur allemand, David Evrard, au pseudonyme siglé E411, vaut largement quelques Guides du Routard. Les deux auteurs nous proposent une approche très drôle et tonique du pays qu’ils connaissent bien, par le biais de personnages immergés dans un nouvel univers. Construite sur le mode du gag par page, la narration est fluide, servie par des dialogues savoureux et un dessin efficace. Mais derrière cette apparente légèreté, E411 et Falzar abordent les questions essentielles, qui font partie du quotidien de la Belgique aujourd’hui : l’antagonisme entre Flamands et Wallons, la partition ou l’unité et la royauté.

Pour en savoir plus sur le nouveau pays de Camille, les auteurs nous proposent en bonus quelques pages extraites de « Belgopédia », dans lesquelles les lecteurs curieux trouveront toutes les explications utiles pour mieux comprendre la société belge.

Ce, pour attendre la suite des aventures de Camille …

Catherine GENTILE

« Dans les yeux de Camille » par E411 et Falzar

Éditions Renaissance du livre (13,50 €) – ISBN 978 2 50705 156 3

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2 réponses à « Dans les yeux de Camille » par E411 et Falzar

  1. Nyc dit :

    Juste pour signaler que David Evrard est bien le dessinateur, mais qu’il est belge, pas allemand…

    • Catherine Gentile dit :

      J’espère que le Belge, David Evrard, ne m’en voudra pas de cette erreur bien involontaire ! J’avais lu dans sa biographie qu’il est né à Cologne … Merci d’avoir rectifié.
      Catherine Gentile