« Joséphine impératrice » T1 par Yumiko Igarashi et Kaoru Ochiai

2013 aura vraiment été une année Yumiko Igarashi en France. Coup sur coup, Isan manga a sorti deux superbes livres de cette mangaka : « Madame Bovary » et « Romeo et Juliette ». Elle est annoncée à Japan Touch à Lyon, début décembre, et maintenant sort son dernier titre « Joséphine impératrice » chez Pika. Pourtant son parcours en France a été quelque peu semé d’embûche. Elle fut découverte et adulée au milieu des années 1970, lors de la diffusion de la série d’animation « Candy ». Cette même série qui aujourd’hui est introuvable, que ce soit en manga ou en DVD, suite à un différend avec sa scénariste Kyoko Mizuki. Du coup, la pitoyable édition française, publiée au début des années 90, atteint une cote indécente pour un manga.

Les neuf volumes de « Candy Candy » parut en français et aujourd'hui complètement introuvables.

« Joséphine impératrice », comme vous vous en doutez, raconte l’ascension d’une jeune fille des îles qui va devenir l’impératrice des Français à côté de Napoléon Bonaparte. Le manga commence tragiquement par l’annonce de son décès pour remonter dans le temps où elle vivait encore sur son île paradisiaque de la Martinique. C’est cette colonie française qui l’a vu grandir sous le nom de Rose. Fille de bonne famille, elle vit une enfance paisible au milieu de la nature, entourée par ses sœurs, son frère, sa famille et ses amis. Promise en mariage à Alexandre de Beauharnais, elle se rend à Paris fin 1779. Elle imaginait la capitale comme une ville magnifique ou l’on s’amuse et vit dans l’opulence. Elle va déchanter dès que son bateau accostera après deux mois d’une longue traversée. Le temps est gris, il pleut, il fait froid et son futur mari, qui vient la saluer sur son destrier, repart aussi vite qu’il est arrivé. Heureusement, Agathon, le fils que son père a eu avec la domestique est toujours à ses côtés. Il veillera dorénavant continuellement sur elle.

Ce manga relate de manière extrêmement romancée la vie d’une figure illustre de l’histoire française. Dans la postface, Yumiko Igarashi avoue avoir profité de sa venue à Japan Expo en 2011 pour se documenter, afin de réaliser ce manga. Même si elle est à l’initiative de ce projet, elle s’est fait aider d’une scénariste pour écrire cette aventure : Kaoru Ochiai. Comme à chaque fois que l’on évoque la France, les Japonais voient surtout le côté romantique des personnages. Rose est belle, elle est pleine de vie, même si le sort s’acharne sur elle. Néanmoins, en femme forte, elle sait se montrer à la hauteur et ne pas se laisser abattre. Un peu comme Candy en son temps. Les amateurs de l’héroïne blonde retrouveront  tout son charme dans « Joséphine impératrice ». Les mimiques sont les mêmes, sa bonté et sa compassion envers les plus faibles sont identiques, et ses yeux pétillent avec tout autant de malice.

Après plus de 30 ans de carrière, le trait d’Igarashi est toujours aussi vif. On reconnaît immédiatement la longue chevelure ondulée de ses héroïnes. Les toilettes magnifiquement mises en image. Son cadrage dynamisant le récit. Son trait fin, tout en douceur, semblant glisser sur le papier pour ne réaliser que des courbes parfaites. Dans ce manga, l’action est permanente, les faits, plus ou moins importants, s’enchaînent sans discontinuer. Le lecteur retrouve vraiment tous les dynamismes et la bonne humeur qui ont fait le succès de « Candy ».

Au japon, la série est encore en cours de prépublication, trois volumes sur les quatre prévus sont d’ors et déjà écrits. Napoléon n’apparaît pas encore à la fin de ce premier opus. On quitte Rose en femme forte, prête à réaliser ses rêves et obtenir son indépendance. Comme les Français qui, en cette période difficile, s’apprêtent à faire la révolution.

S’il est indéniable que la réalité des faits est loin d’être historiquement véridique, ce manga a tout pour plaire aux amateurs de récits épiques situés dans la France des rois et des empereurs. Yumiko Igarashi s’est pourtant bien documenté sur son sujet et décrit avec une certaine justesse la France d’avant la Révolution. Elle montre clairement les mœurs de ces nobles qui abusent du peuple sans aucune conscience de la gravité de leurs gestes. Une belle histoire servit par un dessin un peu désuet, mais tellement classique qu’il en devient indémodable.

Gwenaël JACQUET

« Joséphine impératrice » T1 par Yumiko Igarashi et Kaoru Ochiai
Éditions Pika (7,50€) – ISBN : 2811612637

Josephine © Yumiko IGARASHI / Visions/2012 AKITASHOTEN

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