COMIC BOOK HEBDO n°123 (29/05/2010)

Cette semaine, pleins feux sur la superbe exposition FRANK CHO qui se tient en ce moment à la Galerie 9e Art (jusqu’au 16 juin), avec en prime une petite interview de l’artiste, entre deux verres et quelques mets délicats. Cela valait donc bien un petit décalage dans le programme de cette chronique : nous retrouverons Transmetropolitan la semaine prochaine?

Si vous aimez le travail de Frank Cho, courez à la Galerie 9e Art afin d’admirer cette exposition, c’est la première fois que cet artiste a droit à une expo en France, grâce à la passion de Bernard Mahé qui a su non seulement rassembler des dessins et des planches d’une très grande qualité et d’un véritable intérêt esthétique, mais en plus éditer pour l’occasion un très beau catalogue immortalisant l’événement comme il se doit. Aux murs, des documents originaux de tailles assez imposantes où transparaît la direction que prend Cho depuis qu’il a travaillé sur les super-héros en même temps qu’il revisitait l’heroic fantasy, et maintenant qu’il a foulé le territoire redoutable des reines de la jungle… De Conan à Red Sonja, Shanna, en passant par New Ultimates, Hulk et même Flash Gordon, l’éventail est plus qu’agréable à regarder, et l’exposition s’apprécie d’autant plus qu’on prendra le temps de savourer toutes les richesses et les nuances qui nous sont présentées ici. Évidemment, si vous aimez Frank Cho parce que vous vibrez pour les pin-ups, les femmes plantureuses, les sauvageonnes, les femmes puissantes et glamour, vous vous doutez bien que les courbes de l’art sont encore une fois au rendez-vous… Mais bien sûr, l’intérêt des originaux est de pouvoir regarder le travail de l’artiste de près, afin de mieux comprendre sa technique, sa manière de dessiner. Avec Cho, cet intérêt prend tout son sens, ses dessins étant passionnants à regarder pour mieux saisir l’implication et le temps que met cet artiste à échafauder ses images. Vous n’avez que deux semaines pour aller admirer ces puissantes créations à la Galerie 9e Art dont je vous rappelle les coordonnées complètes: 4 rue Crétet 75009 Paris, M° Anvers ou Pigalle, du mardi au samedi de 14h à 19h. 01 42 80 50 67, www.galerie9art.com

Je vous invite maintenant à lire l’interview réalisée pendant le vernissage de cette exposition, où Frank Cho a aimablement répondu à mes questions pour votre site préféré:

McKinley: Bonsoir Frank Cho, c’est un plaisir de vous rencontrer à l’occasion de cette exposition, car vous le savez, nous sommes beaucoup en France à aimer votre travail, et pas seulement pour les super-héros, puisque votre série humoristique Liberty Meadows (Psycho Park, aux éditions Vents d’Ouest) est éditée chez nous depuis déjà quelques années.

Frank Cho: Oui, c’est vrai, je sais cela, et c’est bien!

McK: Liberty Meadows a été créé après votre première création en strips: University. Quand on lit Liberty Meadows, on ressent évidemment votre sens de l’humour et du glamour que vous ne quittez pas totalement lorsque vous abordez l’univers des super-héros, par exemple avec Bendis sur Mighty Avengers. Néanmoins, les intentions sont différentes. Aujourd’hui, après avoir expérimenté l’humour et les super-héros, y a-t-il un genre que vous préférez plus que l’autre, qui prend une part de plus en plus importante dans votre esprit quant à votre évolution artistique?

Cho: Ah… Question difficile… En fait, je crois que cela dépend des jours… Certains jours j’adore les super-héros, j’ai envie de travailler sur les super-héros, et puis d’autres où je préfère revenir à l’humour, à une méthode de travail plus personnelle. Cela dépend vraiment de mon humeur, mais j’ai quand même une prédilection pour l’humour, je crois.

McK: Justement, je parlais de votre collaboration sur Mighty Avengers où Bendis a insufflé un certain humour, décomplexant la dramatisation du récit par des apartés et des pensées quelque peu ironiques. Je suppose que vous avez apprécié!

Cho: Oh oui, j’ai vraiment aimé l’humour qu’a installé Bendis dans cette série, c’était super de travailler dans cet état d’esprit.

McK: Ces derniers temps vous avez beaucoup dessiné de super-héros. Avez-vous un projet en cours qui soit purement humoristique?

Cho: Eh bien je travaille sur une adaptation de Liberty Meadows en film d’animation, mais j’ai aussi un projet de strips humoristiques complètement différent de cette série, qui s’appelle Glory Roads et qui sortira l’année prochaine.

McK: Je suppose que l’humour n’empêchera pas la présence du glamour: que préférez-vous dessiner entre les deux?

Cho: Mmh… Encore une fois je crois que c’est l’humour, désolé, mais… seulement juste un petit peu plus, car évidemment que j’aime le glamour!

McK: Avez-vous eu peur, lorsque vous avez commencé à dessiner des super-héros pour les majors, après Liberty Meadows, ou bien était-ce un challenge excitant?

Cho: C’était très excitant, mais en fait ce n’était pas vraiment un challenge, parce que j’ai grandi en lisant des comics de super-héros, et donc je connaissais bien cet univers… Gamin, je lisais Spider-Man, Wolverine, etc. En fait, c’est de faire de la bande dessinée humoristique qui a été très dur! Passer du strip comique au récit de super-héros a été facile. C’est plutôt de réussir à faire de l’humour tout court qui s’avère très difficile! Mais disons que maintenant, avec l’expérience, c’est un peu plus facile.

McK: Passons maintenant à Shanna qui me semble être un cas particulièrement intéressant dans votre parcours. Dans Liberty Meadows, à l’instar d’une série comme Calvin & Hobbes de Watterson, le strip dérive parfois sur des images qui sont des hommages à de grands archétypes de la science-fiction et du fantastique. On sent clairement chez vous une attirance pour le fantastique « exotique »: Tarzan, King Kong, et bien sûr toutes les héroïnes habillées en peaux de bêtes, dans la grande tradition des Sheena et autres reines de la jungle. Shanna me semble être l’aboutissement d’une croisée des passions, chez vous, mêlant le good girl art au fantastique de manière directe.

Cho: Oui, c’est vrai. Je dois avouer que je suis un grand fan de King Kong et Tarzan, et quand j’étais enfant j’avais dans un coin de ma tête cette image de la « Jungle Girl » qui revenait, me hantait. Ça a donc été naturel et important à la fois, de dessiner ensuite des filles de la jungle.

McK: On pourrait même dire qu’en faisant cela vous avez réalisé un fantasme…

Cho: Oui! C’est exactement ça!

McK: On pourrait dire aussi que Shanna est un véritable symbole, une incarnation de votre style, si l’on considère que celui-ci mêle souplesse, puissance et sensualité: ce sont exactement les caractéristiques de cette si sublime et fascinante et envoûtante héroïne…

Cho: Right!

McK: Après Shanna il y a eu Jungle Girl. Allez-vous continuer à dessiner des filles de la jungle, pour assumer vos fantasmes et titiller les nôtres?

(Rires)

Cho: Oui! Jungle Girl est morte, mais j’ai créé une autre héroïne de la jungle, complètement différente, dans laquelle j’ai mis beaucoup plus de choses personnelles. Je l’ai créée avec une réelle envie d’en faire un personnage bien à moi, qui rejoint mes envies les plus profondes, et à qui je vais pouvoir faire vivre exactement tout ce que je veux. C’est un projet personnel auquel je tiens et sur lequel je suis en train de commencer à travailler.

McK: De Liberty Meadows à Shanna en passant par les super-héros, on sent votre goût certain pour dessiner des créatures fantastiques, puissantes et sauvages. Dans Shanna, il y a bien sûr les dinosaures, mais d’une manière générale, vous semblez aimer cette démesure. D’où vous vient cette passion? Des comics, de la littérature, du cinéma?

Cho: Oh, du cinéma! Je suis un grand fan de King Kong, je vous l’ai dit, mais aussi de Godzilla!

McK: Ah!? Alors je suppose que vous connaissez le fameux film King Kong contre Godzilla!

Cho: Oh oui!!!

(Rires)

McK: Fantastique, non? (Rire)

Cho: Oh oui! C’était dingue, de voir King Kong et Godzilla ainsi!!! (Rire)

McK: Vous me confirmez donc que ces films de science-fiction où sévissaient d’énormes bestioles vous ont fortement influencé…

Cho: Oui, je suis un grand fan de Ray Harryhausen, Willis O’Brien, ou de films comme One million years BC avec Raquel Welch…

McK: Ah, mon Dieu, Raquel Welch dans One million years BC… Je ne m’en remettrai jamais (soupir)… Pensez-vous que ces films ont été plus importants dans vos influences que certains dessinateurs de comics comme Frazetta?

Cho: Frazetta ou Wally Wood ont été des artistes qui m’ont beaucoup influencé, mais mon héros a vraiment été Al Williamson… Mais il n’y a pas que cela, il y a aussi le travail de très grands peintres qui m’influencent beaucoup, qui m’intéressent, comme Waterhouse, par exemple. Je viens d’aller au Musée d’Orsay, et c’est formidable, de voir ces chef-d’œuvres!

McK: C’est la première fois que vous venez en France?

Cho: Oui! Paris est une ville vraiment très belle, incroyable pour regarder des œuvres d’art dans tellement d’endroits… C’est formidable!

McK: J’en suis ravi, et j’espère qu’avant la fin de votre séjour chez nous vous aurez encore l’occasion d’admirer de belles œuvres d’art dans les musées et les galeries…

Cho: Oh oui, merci beaucoup!

McK: Eh bien merci beaucoup aussi à vous, cher Frank Cho, d’avoir accordé cette interview pour BDzoom! Je vous souhaite une excellente fin de séjour en France…

Cho: De rien, c’était un plaisir, merci!

Cecil McKINLEY

Galerie

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