« Loup de pluie » T2 par Ruben Pellejero et Jean Dufaux

Rien ne manque au diptyque de Dufaux et Pellejero : les grands espaces, les saloons, les Indiens, un sheriff, des amours contrariées, un duel, une partie de poker, des bisons, quelques légendes… et la famille d’un magnat des chemins de fer, un certain Vincent Mc Dell, patriarche dont les fils ont l’esprit très ouvert. C’est bien le problème : en 1860, dans l’ouest américain, ça ne pardonne pas…

Dans la famille Mc Dell, même chez le patriarche, il n’y a en fait pas de réel problème vis-à-vis des Indiens. Les lois du commerce et du profit capitaliste savent outrepasser les contingences culturelles. En revanche, les fils ont le goût de la provocation : le cadet s’est épris d’une belle Indienne, Petite Lune, quand Bruce s’est fait pour ami Loup de pluie, lequel devient un ami encombrant : il a tué Ingus Limb, un Blanc, pour se défendre. Même en légitime défense,  c’est aux yeux des Blancs un acte abominable ! Alors Bruce le prend sous sa protection, mais le clan Cody traque le fuyard pour faire justice, la leur, expéditive ! Pour faire bonne mesure (ou démesure), ils enlèvent la sœur des garçons altruistes, la belle Blanche, une femme de caractère qui est d’ailleurs la narratrice de cette histoire. La relation des fils vis-à-vis des Indiens suscite des haines du côté des racistes pur jus dont l’Amérique du XIXème offre évidemment un pitoyable tableau. Chantage : ils rendront Blanche si on leur livre Loup de Pluie, lequel est introuvable (et parti chassé un bison blanc légendaire).

On en était là à la fin du tome 1 mais le second épisode complique la donne et les sentiments car il y a chez les méchants des cœurs tendres (c’est le cas du gros Julius) et chez les gentils, un beau Bruce qui n’est pas insensible à une fille Cody ; sans oublier des Indiens très remontés contre les Blancs, et réciproquement, ce qui floute totalement le manichéisme traditionnel des histoires de cow-boys. Cornélien, shakespearien, l’amour et la haine, le tragique et sa fatalité vont donc devoir jouer serré pour le seul plaisir de l’aventure, celui du lecteur.

Ce western sensible et dramatique, sinon mélodramatique, nourri de passions et d’esprit de vengeance, est aussi un spectacle remarquable car les teintes angoissantes de quelques sombres nuitées laissent souvent place à des couleurs chaleureuses qui composent des images d’une luminosité inédite, dotée d’un relief quelquefois éblouissant (au sens propre). Les tracés et contours épais caractéristiques de Pellejero contourent des aplats particulièrement efficaces. Tout cela donne à ces terroirs inquiétants ou aux canyons rocailleux, théâtre désert et fatal qui sert de décor final, des perspectives fascinantes, sans oublier les décors forestiers aux couleurs d’été… indien. Pourtant Pellejero sait parfaitement alléger son trait, le discontinuer, en proposant des scènes d’averse sans profondeur de champ, parfaitement  réussies. De fait, on peut parler grâce à Dufaux d’une galerie de personnages haute en couleurs, ces derniers mots s’appliquant évidemment à Pellejero !

Alors, bon voyage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Loup de pluie » T 2 par Ruben Pellejero et Jean Dufaux

Éditions Dargaud (13,99 €) – ISBN : 978-2-5050-1792-9

Galerie

Les commentaires sont fermés.