« Marco Polo : le garçon qui vit ses rêves » T1 par Fabio Bono, Didier Convard, Éric Adam et Christian Clot

Dans une collection célébrant l’exploration, on ne pouvait laisser plus longtemps de côté celui qui illustre le voyage dans toute sa splendeur, réelle et mythique, sinon mystifiée : Marco Polo lui-même. Sur quelqu’un dont on a dit et écrit tant de choses, l’entreprise n’est pas si simple, semble-t-il, puisqu’il a fallu trois scénaristes pour retracer le parcours du marchand vénitien et qu’un seul tome n’y suffira pas, évidemment…

Marco Polo nait à Venise en 1254. Cette ville fabuleuse, synonyme de voyage, de commerce et de fête, ne lui suffira pas. Il lui faut l’abandonner quitte à revenir y mourir en 1324 après avoir bourlingué plus qu’il n’est raisonnable en ces siècles où les expéditions sont démesurément longues et dangereuses. Qu’est-ce qui pouvait pousser un jeune homme à prendre autant de risques et même à s’allier à des chefs de guerre d’une langue et d’une culture radicalement différentes ? C’est ce qu’il va tenter d’expliquer, de justifier, de « décrire » dit-il, dans les écrits auxquels il consacre sa vie après son retour en terre vénitienne dans un ouvrage désormais célèbre, « Le Devisement du monde », connu également sous le titre « Le Livre des merveilles ». 

En fait, le commerce oriental est déjà une tradition familiale. Mieux, alors qu’il a à peine 15 ans, son père et son oncle Niccolo et Matteo reviennent d’Asie centrale où ils ont rencontré l’empereur mongol Kubilaï Khan, petit-fils de Gengis Khan, et obtenu de lui le monopole de toutes les transactions commerciales entre la Chine et la Chrétienté.

C’est avec ce retour paternel que commence l’album mais ce n’est que deux ans plus tard, en 1271, que Marco Polo part avec son père pour un très long séjour. Il restera près de 25 ans en Asie, dont 6 ans consacrés à l’aller et au retour ! Sur place, se mettant au service de Kubilaï et au fil de différentes missions, il découvrira la Corée, la Birmanie, Sumatra, le Cambodge, le Viêt Nam… Excusez du peu ! Qui plus est, l’homme est polyglotte et d’Arménie en Mongolie, le voyage aventureux, aventurier, est ici parfaitement retracé (le tome 2 présentera les années chinoises et le voyage du retour). Entre la couardise des moines accompagnateurs et la vaillance des commerçants qui veulent avoir « les coudées franches pour commercer », Marco Polo est un brave et un guide infaillible que rien n’épargne : ni les déserts infernaux, ni les neiges redoutables, ni les combats ici et là… Entre légendes rapportées et les canulars bien huilés (l’affaire  des Caraunas !), Marco Polo fait face, fait fi. C’est un héros hors normes, mais quoi d’étonnant, c’est lui le narrateur. Il peut donc enjoliver et se glorifier.

Comme dans chaque album de la collection, Christian Clot propose un dossier très complet sur le héros du jour sans oublier pour l’occasion une page sur Kubilaï Khan. Il y rappelle que beaucoup se sont demandés si Marco Polo avait vraiment fait ce voyage et souligne qu’on peut sans difficultés justifier les erreurs de ses écrits sans condamner l’intégralité du « devisement du monde » ! À noter, enfin, que c’est un auteur italien, Fabio Bono, qui met en scène avec détail et réalisme, la vie de son vieux compatriote !

Alors, bon voyage…

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Marco Polo : le garçon qui vit ses rêves » T1 par Fabio Bono, Didier Convard, Éric Adam et Christian Clot

Éditions Glénat (14, 95 €) – ISBN : 978-2-7234-9530-1

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