Un long destin de sang T.1

Même si Laurent-Frédéric Bollée nous avait déjà concocté quelques scénarios d’anticipation qui méritaient largement le détour (« Apocalypse mania » avec Philippe Aymond chez Dargaud ou « Ultime chimère » avec Griffo et consorts chez Glénat), il semble enfin entrer, au bout de vingt ans de pratiques, dans le cercle très convoité des scénaristes qui comptent aujourd’hui : ceci grâce à cette incursion dans le thriller historique et la tragédie classique qui se révèle être son travail le plus abouti jusqu’à ce jour !

Nous sommes en avril 1917, sur le front de l’Aisne ! N’en pouvant plus d’attendre l’ennemi et sans nouvelles de ses camarades, un soldat placé en observation retourne dans la tranchée : tous ses compagnons sont morts, visiblement exécutés. Il a juste le temps de photographier cette horreur aussi terrifiante qu’inexplicable, avant de subir une attaque de gaz qui va lui être fatale. Un an plus tard, les destins des différents protagonistes de cette surprenante bande dessinée (une féministe active surveillée par la police, un jeune soldat en permission qui va rencontrer sa marraine de guerre, un acteur qui tente d’échapper à la mobilisation, un imprimeur pacifiste, un député pas très clair, un journaliste découvrant les étranges clichés d’un Kodak retrouvé sur le lieu des derniers combats…) vont se croiser et se retrouver dans une ambiance oppressante : la capitale étant en train de subir les bombardements incessants des canons allemands…

C’est le dessinateur Fabien Bedouel qui a proposé aux dynamiques éditions 12 bis cette histoire assez déroutante, laquelle se déroule dans une période pourtant assez largement balisée ces derniers temps ; alors qu’il y a eu, pendant longtemps, une forme de blocage de la part des créateurs, lesquels redoutaient la comparaison de leurs créations avec les chefs-d’œuvre déjà réalisés par Tardi ou Pratt sur ce thème de la guerre de 14/18. Ensuite, Bollée s’est emparé habilement du cahier des charges, le transcendant en mettant en scène tout cet ensemble de personnages, et Bedouel en a profité pour confirmer, avec son graphisme très noir et brutal mais d’une rare intensité (très proche de ce que peut faire, par exemple, un Mike Mignola sur « Hellboy ») et avec son découpage très précis, tous les espoirs placés en lui lors de la sortie de son premier album : « L’Or et le sang », avec Merwan, Fabien Nury et Maurin Defrance, également aux éditions 12 bis !!!

Gilles RATIER

? Un long destin de sang T.1 : Acte 1 ? par Fabien Bedouel et Laurent-Frédéric Bollée
Éditions 12 bis (13 Euros)

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