« SUMOMOMO MOMOMO »

L’amour à sens unique : sujet de tragédie ou meilleure blague depuis l’invention du plafond, du pinceau et de l’échelle ?

Question pertinente au sujet de « Sumomomo Momomo », puisqu’elle constitue le sujet de préoccupation principal de la quasi-totalité des personnages de la série. Qui n’est pourtant pas une histoire à l’eau de rose : la pratique des arts martiaux arrivant en second.

Kôshi Inuzuka est un lycéen appliqué et consciencieux. Son père, expert en arts martiaux, tente en vain de l’endurcir : Kôshi n’aime pas se battre, a peur de la douleur. Il n’a de toute façon pas de temps à consacrer à l’entraînement : il emploie toute son énergie à réaliser son rêve, devenir procureur. Sa vie va pourtant être chamboulée par l’arrivée impromptue de Momoko Kuzuryû, jeune fille haute comme trois pommes et forte comme 10 hommes. En effet, les deux jeunes gens sont promis l’un à l’autre par leurs pères, tout deux chefs de clans ennemis en cours de réconciliation. Les ennuis commencent alors, car si Momoko est très éprise de Kôshi, la réciproque n’est pas vraie. De plus, les guerriers des deux camps ne voient pas tous d’un bon œil cette union et des personnages plus pittoresques et bigarrés les uns que les autres vont faire leur apparition, qui pour assassiner, qui pour protéger, ce futur chef de guerre si peu taillé pour le rôle.

Héritier de titres comme « Ranma ½ » ou « Lamu« , dont les dessins animés firent les beaux jours du mythique « Club Dorothée », « Sumomomo Momomo » est un exemple très classique de série d’humour à la japonaise. L’histoire n’est ici qu’un prétexte à mettre des personnages archétypaux dans des situations loufoques, la surenchère y devenant la norme. L’obligation de se conformer aux codes de ce genre n’est pas une contrainte simple à dépasser. Ici, une narration sans défauts, claire et lisible, compense un dessin inégal et une absence chronique de décors. La force du titre réside dans sa capacité à surprendre le lecteur. Les personnages, monolithiques puisque chacun n’existe que par une caractéristique majeure qui le définit tout entier, trouvent pourtant une épaisseur surprenante grâce à une savante alternance entre le rire et l’émotion. Car sous le ridicule, la tragédie n’est jamais loin, et c’est là que réside le talent de la mise en scène de Shinobu OHTAKA : dans chaque situation, il parvient à nous faire ressentir des émotions fortes et contradictoires. Faut-il rire ou pleurer devant cette bande d’adolescents, dont les membres se retrouvent sans cesse confrontés à des choix cornéliens, aussi importants à leurs yeux que sans conséquence pour le reste du monde ?

Comme un kiwi, dont la peau poilue cache une chair sucrée et pleine de vitamines, « Sumomomo Momomo » dissimule sous un graphisme assez moyen et convenu une perle d’humour et parvient à n’être ni lourd ni répétitif comme c’est trop souvent le cas de ce genre de comédie légère.

Martin Masson

« Sumomomo Momomo la fiancée la plus forte du monde« , ed. Kurokawa par Shinobu OHTAKA, 10 Volumes. Série en cours (12 volume déjà sortis au Japon).


Toutes les images sont © Shinobu Ohtaka / Square Enix Co. Ltd.

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