COMIC BOOK HEBDO n°112 (06/03/2010)

Cette semaine, X MEN NOIR?

X MEN NOIR vol.1 : QUI A TUÉ JEAN GREY ? (Panini Comics, 100% Marvel)

Parmi les mondes en ramifications mis en place par Marvel afin d’ouvrir de nouveaux espaces de création se désincarcérant de la logique de l’univers régulier (Ultimate, What if ?, 2099…), le concept de « Marvel Noir » est l’un des plus alléchants, l’un des plus prometteurs en termes de qualité et de possibilités créatrices. Ce nouveau territoire entend reprendre la mythologie des super-héros les plus emblématiques de Marvel pour la plonger dans un contexte bien plus réaliste, situé dans l’Amérique des années 30, et entendant rendre hommage aux romans et films noirs d’un certain âge d’or… Chandler, Hammett, Bogart, Robinson : des noms qui résonnent comme des légendes. Le film noir américain est fortement teinté de polar, au point même que les deux termes soient souvent envisagés en synonymes, mais ce serait bien réducteur, car l’esprit « noir », c’est avant tout un regard sans concessions sur la descente aux enfers quotidienne de quelques individus au destin mal foutu. Les enquêtes policières, l’atmosphère de la prohibition, l’homme de la rue à la vie brisée et le détective privé qui se fait rectifier le portrait. La vamp mystérieuse et la partie de cartes qui finit mal. L’alcool et les rac-a-tac-tac des mitrailleuses. Tout une époque. Tout un pan de notre histoire, de notre culture. Une surprenante tentative de ce genre avait été faite chez DC Vertigo, avec un spin-off qui n’en était pas un de Sandman : The Sandman Mystery Theater, amorcé par Matt Wagner et Guy Davis. En effet, c’était plus une plongée dans le New York des années 30 afin de rendre hommage au premier Sandman des comics qu’une réelle série dérivée de l’œuvre de Gaiman. C’était rudement beau et assez passionnant. Ici, après un Spider-Man Noir, c’est au tour des X-Men de tâter de l’imperméable et de la sulfateuse. Plus de super-pouvoirs mais des feutres et des par-dessus. La bonne idée est d’avoir enlevé pour l’occasion le tiret de « X-Men », les « X Men » faisant alors furieusement penser aux G Men qui firent feu de tout bois notamment aux côtés de Dick Tracy. Après The Twelve, série très intéressante remettant à flot l’esprit des super-héros de l’âge d’or, on sent que ce fameux âge d’or retrouve un certain intérêt éditorial. L’apport d’Alan Moore se fait aussi sentir, puisque les différentes strates de sa narration dans Watchmen ont relancé certaines mises en abîme avec l’époque fondatrice des comics. Une influence notoire ici avec en appendice une suite de textes sensés se trouver dans des pulps de science-fiction de l’époque. Un procédé qui fonctionne bien sans pour autant accéder à la profondeur qu’avait insufflée Moore dans des ramifications à n’en plus finir… Mais ne soyons pas bégueules, l’ensemble d’X Men Noir est plutôt de belle facture et apte à engendrer différentes lectures intéressantes. Néanmoins, peut-être parce que j’en attendais beaucoup, ou trop, je n’arrive pas à dire que le présent ouvrage est un chef-d’œuvre. Intéressant, bien foutu, sombrement et talentueusement dessiné, doté d’une ambiance colorée résolument « noire », l’album fait passer un très bon moment de lecture, et l’on a hâte de tourner les pages afin de savoir ce qui va se passer. Les personnages et l’univers mutant sont bien transposés, et certaines idées sont brillantes. Mais malgré tout on reste un peu sur sa faim. On se dit que l’intrigue aurait mérité le double de pages pour s’exprimer totalement. Que ça pourrait être encore plus noir, moins anecdotique. Mais en synthèse, ne boudons pas notre plaisir de voir nos héros sous un nouveau jour, et d’espérer voir d’autres histoires fleurir afin de donner plus de consistance à cet univers. Un Wolverine Noir existe déjà, ne doutons pas qu’on pourra le lire en France si le concept trouve son lectorat. Mais au-delà de ça, on doit maintenant et plus que jamais se poser cette question primordiale : quand donc les éditeurs vont-ils enfin se lancer dans l’édition des grands classiques des comics du Golden Age ? Allez, quoi ! Vous sentez bien que c’est le moment d’y réfléchir sérieusement ! Que ce soit du côté DC ou Timely, il y a des merveilles à exhumer et faire revivre, pour ne parler que des plus évidents… À ce propos, je consacrerai très bientôt une chronique au travail de Fred Treglia et Jean Depelley qui publient de réjouissants fascicules reprenant certaines bandes de l’âge d’or américain (Univers Comics Unlimited).

Cecil McKINLEY

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