« Le Monde perdu » T1 par Mauro Salvatori, Faina Fabrizio, Ronan Toulhoat et Christophe Bec

Roman d’aventure mythique écrit par Arthur Conan Doyle en 1912, « Le Monde perdu » fut aussi à l’époque inspiré par d’authentiques récits exploratoires : de nombreux squelettes de dinosaures avaient en effet été mis à jour dans les colonies d’Afrique occidentale et orientale appartenant alors à l’Empire allemand de Guillaume II. En 2013, sous la forme de l’hommage anniversaire envers l’œuvre initiale, c’est le prolifique Christophe Bec qui adapte à son tour pour les éditions Soleil ce récit référentiel, dessiné par un duo italien (Fabrizio Faina et Mauro Salvatori), tandis que la conception de la couverture revenait à Ronan Toulhoat (déjà connu pour la série « Block 109 »).

« Le Monde perdu » (le titre original « The Lost World », ayant cédé le pas à la version française déjà très connue du grand public) narre, comme nous l’avons dit en introduction, les aventures du professeur Challenger. Notons que le nom « Challenger » était déjà connu avant les années 1910, dans la mesure où il fut celui donné à la corvette britannique (le HMS Challenger) servant à la première grande campagne océanographique mondiale entre décembre 1872 et mai 1876. Ultérieurement, ce nom sera attribué en 1983 à la nouvelle navette spatiale américaine, jusqu’au dramatique accident dont elle fut l’objet en 1986.

Dans le récit de Conan Doyle, le professeur Challenger commence par faire l’acquisition d’un étrange carnet de voyage qui semble le fasciner. De retour d’Amérique du Sud, il remet subitement en cause les dires de la communauté scientifique concernant la disparition de toute vie préhistorique sur terre. Immédiatement réfuté et insulté par ses confrères, il défie son collègue Summerlee d’organiser une contre-expédition. Accompagnés par un chasseur de renom, Lord Roxon, et un jeune journaliste, Ned Malone, ils s’engagent dans un périple long de plusieurs mois, au-delà de l’Amazonie, avec comme seuls repères des croquis… Malgré les mises en garde, Challenger restera déterminé, prêt à tout pour prouver l’existence de ces monstres survivants, isolés sur un haut plateau : le monde perdu !

Recherches pour la couverture

Comme on le sait, « Le Monde perdu » est digne des grands récits exploratoires de l’époque, oscillant entre réalisme scientifique et invention pure, aux marges du fantastique et de la science-fiction. Le roman d’aventure, qui appartient au domaine de la littérature populaire a connu son âge d’or en Europe entre 1850 et 1950, en France et en Angleterre en particulier, au moment de l’établissement d’empires coloniaux, et aux États-Unis dans le contexte de la conquête de l’ouest : il est marqué en effet par l’exploration du monde dit « sauvage », sa domination par l’Occident et sa transformation par la technologie moderne. Dans cette même veine, citons les notables « Le Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne (1864), « Les Mines du Roi Salomon » (H. Ridder Haggard, 1885), « Le Livre de la jungle » (R. Kipling, 1894), « Tarzan of the Apes » d’Edgar Rice Burroughs (1912) ou « L’Atlantide » de Pierre Benoit (1919).

« Le Monde perdu » sera très vite adapté au cinéma dès 1925, et pour la télévision en 1992, 1999 et 2001 (« Les Aventuriers du monde perdu » (ou « Le Monde interdit ») par Stuart Orme, avec Bob Hoskins et Peter Falk). La bande dessinée n’est pas en reste avec, successivement, une version parodique en 1975 (par Nino, éditions MCL), une version par André-Paul Duchâteau et Patrice Sanahujas en 1990 (éd. Claude Lefrancq), ainsi que « Le Monde perdu de Maple White » par Anne Porot et Patrick Deubelbeiss (2 tomes chez Vents d’Ouest, 2004 ; cette version, assez fidèle au roman, sera intégrée dans la série des « Incontournables de la littérature en BD » chez Glénat en 2010. Notons encore que le même auteur a aussi réalisé « Les Mondes perdus de Conan Doyle » chez Casterman en 2008).

En relation avec la couverture imaginée par Ronan Toulhoat en 2013, il nous faut encore signaler un double renvoi romanesque et cinématographique : soit l’hommage du romancier américain Michael Crichton (« Jurassic Park » (1990) et sa suite « Le Monde perdu » (1995), œuvres qui seront adaptées en deux fabuleux films par Steven Spielberg (1993 et 1997). En 2005 enfin, c’est le cinéaste Peter Jackson qui signe une nouvelle version de « King Kong » (1ère version en 1933) en réintégrant sur l’inquiétante île de Skull Island de monstrueux dinosaures (les effets spéciaux faisant grimper la facture du film au budget record de 208 millions de dollars !).

Affiche pour " Le Monde perdu " en 1997

Affiche teaser pour "King Kong" (2005)

Le Rayon U (Jacobs, 1943)

Riche de tous ces éléments légendaires, le présent visuel reprend les ingrédients les plus évocateurs : une jungle dantesque et tentaculaire, les vestiges d’une civilisation précolombienne oubliée, une passerelle aussi (sur)naturelle que symbolique entre deux mondes (le connu et l’inconnu) et une groupe d’explorateurs déjà subjugué par l’extraordinaire vision s’offrant à eux. Dans une scène cadrée selon « l’image clé » du genre (le pont constitué du tronc abattu entrelacé de lianes étant déjà illustré notablement par les affiches teasers de « King Kong » (2005) ou celles de la version Disneyenne de « Tarzan » (1999 ; cf. article déjà réalisé : http://bdzoom.com/55296/bd-jeunesse/%C2%AB-alice-au-pays-des-singes-%C2%BB-t1-par-keramidas-et-tebo/ ), « Le Monde perdu » renverra le lecteur à ses rêves d’enfance : magnifier le présent par la rencontre avec un passé mythologique et une animalité hors-norme. L’Homme, le Temps, la Nature et l’Espace sont liés à jamais dans cette quête épique, digne de tous les « Challengers »…

Pré-version

Laissons les derniers mots de cet article à Ronan Toulhoat lui-même, qui nous explique plus avant la maturation de ce visuel :

« L’idée était donc de réaliser une couverture pour l’adaptation du « Monde perdu » par C. Bec, Faina et Salvatori. Rapidement, ce sont des images de « Jurassic Park » et de « King Kong » qui se sont imposées, matinées de rapports d’échelles énormes, comme peut le faire un Mathieu Lauffray.
J’ai également tout de suite cherché à composer la couverture de manière très graphique (contrastes forts, formes guidant l’œil du lecteur, opposition entre vides et détails).
C’est donc la version du pont végétal (qui comporte aussi un peu de l’ambiance du « Rayon U » d’E.P. Jacobs (1943) qui a fait l’unanimité. A partir de là, il me fallait pousser plus loin la peinture. A ce stade, il est nécessaire de préciser que la couverture est réalisée entièrement en technique digitale, c’est-à-dire sous logiciel Photoshop, à l’aide d’une tablette. A partir du rough, lui aussi numérique, il me suffit alors de faire monter l’image. De détailler, d’affiner les lumières, etc…
Puis de rajouter des éléments afin de mieux équilibrer l’image et, enfin, de choisir la bonne ambiance couleur.
»

Philippe TOMBLAINE
« Le Monde perdu » T1 par Mauro Salvatori, Faina Fabrizio, Ronan Toulhoat et Christophe Bec

Éditions Soleil (14,50 €) – ISBN : 978-2-302-03055-8

Galerie

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